Le garçon qui savait tout

Le garçon qui savait tout
Auteur

Loïc Le Borgne

Edition

Mini Syros – 2015

Catégories : , , Étiquettes : , ,

Malo ne connaît pas grand-chose à Internet, il n’a même pas de téléphone portable. Il va pourtant faire la rencontre la plus folle de sa vie : en pleine campagne, il tombe sur Jehan, un garçon qui vient du futur. Son monde est ultra connecté, truffé de nanocapteurs. Chacun y est submergé à tout instant d’informations sur l’environnement, les gens qu’il connaît et même ceux qu’il ne connaît pas. Pour impressionner Maï, dont il est amoureux, Malo décide d’aller faire un tour dans ce monde du futur…

Mots-clés : amitié, amour, informatique

Présentation générale

Malo est un jeune adolescent de 12 ans, amateur de pêche et amoureux de Maï. Sa rencontre avec Jehan, un enfant du futur, va transformer sa vie. Entre, « nanotraceurs », « Brume des données » « connex », « biotag »…, il va découvrir un monde futur peu enviable dans lequel l’hyper connexion annihile la liberté d’agir et de penser.

Notre analyse

Un récit palpitant, bien mené dans le genre science fiction.
On pourrait être tenté d’assimiler trop rapidement le monde futur comme une sorte de retour à l’état sauvage dans un paysage transformé. L’illustration de la première de couverture nous y invite ainsi que différentes comparaisons en début de récit (un langage plus étrange que celui de Tarzan (p31)).
La description de la nature au-delà de la faille temporelle met en avant une évolution écologique quelque peu convenue même si elle reste d’actualité (réchauffement, pollution de l’eau…). La métaphore des papillons émetteurs de fausses données va dans le même sens (p60).
La référence au Livre de la jungle de Rudyard Kipling (p64) pourrait également être entendue comme une réflexion sur l’état de nature. Pourtant cette référence oriente plutôt la réflexion sur les caractéristiques des habitants et le caractère des personnages. En effet dans Le livre de la jungle les Bandar-Log, le peuple singe, sont présentés comme des êtres insensés, irraisonnés, irraisonnables, incivilisables On peut probablement y voir la caricature d’une civilisation hyper connectée où chaque information chasse la précédente, créant un babil continu et superficiel, et où chacun épie les autres (— Je t’ai appris toute la Loi de la Jungle pour tous les Peuples de la Jungle… sauf le Peuple Singe, qui vit dans les arbres. Ils n’ont pas de loi. Ils n’ont pas de patrie. Ils n’ont pas de langage à eux, mais se servent de mots volés, entendus par hasard lorsqu’ils écoutent et nous épient, là-haut, à l’affût dans les branches. Leur chemin n’est pas le nôtre. Ils n’ont pas de chefs. Ils n’ont pas de mémoire. Ils se vantent et jacassent, et se donnent pour un grand peuple prêt à faire de grandes choses dans la Jungle ; mais la chute d’une noix suffit à détourner leurs idées, ils rient, et tout est oublié. Nous autres de la Jungle, nous n’avons aucun rapport avec eux. http://kiplinginfrench.free.fr/TJB02.html). De même la référence à Shere Khan (p65) introduit parfaitement la perfidie d’Armand.
Au-delà de la présentation naturaliste du monde du futur, les réflexions sur le devenir sont bien construites et bien équilibrées. Elles portent essentiellement sur les limites d’une connaissance absolue et sur la nécessité de garder son quant-à-soi. Sans aucun doute le récit permettra des échanges sur la diffusion des informations personnelles sur les réseaux (quelles utilisations de facebook ?) sur les limites entre vie privée et surinformation.
On notera l’importance de la notion de confiance développée tout au long du roman. Dès le début de l’histoire Maï fait promettre à Malo de ne plus mentir « de rester la personne la plus honnête de tout l’univers » (p23). Le développement du récit repose sur cette notion. La connexion permanente ne permet pas le mensonge, la déconnexion, elle, le permet. La parole « juste » de l’humain est donc prépondérante pour conserver une relation humaine solide. La question de la séduction en lien avec l’honnêteté est d’ailleurs posée avec finesse lorsque Maï demande à Armand pourquoi il lui a offert la fleur de nénuphar (p24). Dans les jeux de séduction, que voulons-nous savoir, ou ne pas savoir ?
Au niveau du genre les paradoxes temporels sont assez clairement délimités. La fermeture de la faille temporelle est une bonne opportunité pour limiter les confusions temporelles au déroulement du récit. On pourra parler de causalité circulaire dans la mesure où les évènements des deux mondes sont mutuellement cause et effet l’un pour l’autre. La photo (p83) qui permet à Jehan de retrouver Malo est une photo qu’il a prise lui-même. L’invention des connex est largement facilitée par le fait que Malo en possède déjà. Les situations sociales des deux personnages principaux (Malo chercheur scientifique et Maï oratrice future présidente) sont quelque peu conventionnelles.
Sur son blog Loïc Le Borgne, l’auteur, propose un lien vers le site LIRADO pour prendre connaissance d’une critique de son livre. Le site LIRADO – http://www.lirado.com/garcon-savait-tout-loic-le-borgne/