Le terrible effaceur

Le terrible effaceur
Auteur

Marie-Sabine ROGER

Editeur

Thierry Magnier – coll Petite Poche – 2015

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Dans une vallée tranquille, les maisons, les cœurs et les esprits sont ouverts et chacun vit heureux. Un jour le terrible Effaceur arrive. Armé de sa terrible gomme il impose sa loi, terrorise les habitants, efface les rires, la joie et même les couleurs ! Mais une enfant finit par se rebeller alors que les adultes, eux, se taisent…

Mots-clés : domination, peur

Présentation générale

Marie-Sabine Roger écrit dans des registres très variés, aussi bien pour la jeunesse que pour les adolescents et les adultes. Elle n’hésite pas à évoquer des thématiques difficiles telles que la différence, la maltraitance, la mort. Ses textes sont souvent forts, ils laissent rarement le lecteur indifférent. Elle se présente sur le site de la maison des écrivains et de la littérature comme un auteur qui peut aborder un sujet « de façon dure, réaliste, ou bien onirique, étrange, humoristique ou décalée » (http://www.m-e-l.fr/marie-sabine-roger,ec,221).

Notre analyse

Ici l’auteur choisit d’évoquer dans un style presque poétique un sujet complexe, le totalitarisme. La typographie, le rythme de l’écriture résonne comme une chanson à texte, une chanson à message avec un refrain noir et lancinant « Gomme, gomme ! Efface, efface ! Quand je passe, le jour trépasse. » L’aspect effrayant de « l’homme maigre et long comme un jour de misère, avec un regard de haine et de fureur » est facilement identifiable du fait de la redondance sur le caractère « terrible » du personnage et des multiples contrastes qui marquent son passage. Néanmoins le personnage est complexe. Certes il impose sa loi par la terreur mais qu’efface-t-il exactement ? Il ne s’attaque ni aux lois ni aux personnes ni même aux objets. Il s’attaque à l’immatériel, à la lumière, aux rires, aux couleurs…. bref à l’esprit humain. Ce livre évoque donc les enjeux du pouvoir sur un plan idéologique plus que politique. L’effaceur, en agissant sur le mental des Hommes, leur fait perdre l’Espoir. A l’instar de certains extrémismes religieux, il terrorise la population en imposant des conditions de vie austères, anxiogènes.
Jusqu’à la moitié du livre différents indicateurs laissent à penser qu’une réaction collective permettra de trouver une issue à l’intrusion de l’Effaceur (« Se réunir, lutter, prendre les armes » p 21.). L’escalade qui amène les Hommes à être terrifiés va très vite. On souhaiterait qu’ils trouvent une solution. Mais très (trop) vite ils se résignent. L’arrivée de « la petite » p25 est étonnante. Le choix de faire intervenir une petite fille pure et lumineuse pour effacer l’Effaceur peut sembler quelque peu simpliste voire surfait. Dans quelle mesure une petite fille, aussi brillante soit-elle, est en mesure d’éliminer un tel tyran ? Serait-ce de l’ordre du miracle ? Il sera intéressant de proposer un arrêt de lecture avant l’arrivée de l’enfant-sauveur pour réfléchir aux réactions possibles de la population. On appréhendera ainsi le personnage de « la petite » comme une clé littéraire qui permet de trouver une issue au problème dans un format très réduit.
Le texte se prête facilement à une lecture oralisée expressive. Sans aucun doute les enfants identifieront le personnage néfaste et ressentiront les craintes et les peurs des habitants. Comprendront-ils la symbolique des éléments supprimés par l’Effaceur pour imposer son pouvoir ? Ce n’est pas sûr.

Pour accompagner les enfants dans leur lecture

On pourra peut-être présenter d’autres livres qui traitent du despotisme comme Attatruc 1er de Dedieu. Cette fois le despote est présenté sous la forme d’un roi abominable et orgueilleux qui tente de devenir artiste peintre. Pour imposer sa loi il emprisonne ceux qui le gênent, voire il les supprime. Lui aussi connaît un destin tragique. (http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/33211-attatruc-ier)
Ou plus facile en lecture car sous forme d’album : Le petit Guili de Mario Ramos. Ici, c’est le lion qui, après son couronnement changea d’idées et décide des lois selon son humeur. Il décida un jour que les oiseaux ne pouvaient plus voler. Mais au fin fond du royaume, la maman de Guili éleva son enfant sans lui couper les ailes. Il ira alors voler la couronne du roi et chercher quelqu’un qui pourrait devenir souverain.

Pour échanger avec les enfants, voilà quelques images qui pourront lancer les débats

• Un trousseau de clés : quel personnage symbolise-t-il ?
• Une soirée au coin du feu : à quelle partie de l’histoire appartient-elle ? En quoi est-elle importante pour les villageois ?
• Un sourire : à qui appartient-il ? Quelle est sa force ?
• Des stores baissés : que représentent-ils ? Pourquoi les habitants ont-ils ce besoin de les garder fermés ?
Et des questions élargies pour alimenter les réflexions :
• Les hommes ne trouvent pas de solution pour contrecarrer l’effaceur. Pourquoi ne font-ils rien ? Qu’auraient-ils pu faire ?
• Dans quelle mesure une petite fille est-elle en mesure d’éliminer un tel tyran ? Quels ressorts utilise-t-elle ? Pourquoi l’effaceur se sent-il désarmé ?
• Face à un problème de domination dans le quotidien, quelles possibilités s’offrent pour y remédier ?
• Autre thèmes possibles à aborder : la solidarité, la liberté, la domination…