Ceux qui décident

Ceux qui décident
Autrice-Illustratrice

Lisen Adbige

Editeur

L'étagère du bas – 2021

Un livre sur le pouvoir de dire non.

Dans la cour, un seul groupe d’élèves fait la loi:ce sont « ceux qui décident ». Un mot de leur part et tous s’exécutent : qui joue avec qui, quand, où et comment. Les autres, eux, n’osent rien dire et ne peuvent pas s’amuser comme ils le souhaitent… Pourtant, ils gardent le sourire et trouvent toujours une nouvelle idée de jeu, sans cesse copiée et reprise par « ceux qui décident ». Jusqu’au moment où ils en ont assez du pouvoir exercé par ce groupe. Ensemble, ils vont s’unir pour oser dire « non ».

Mots-clés : harcèlement, solidarité, amitié

Présentation de l’éditeur

Dans la cour, un seul groupe d’élèves fait la loi : ce sont « Ceux qui décident ». Un mot de leur part et tous s’exécutent : qui joue avec qui, quand, où et comment. Les autres, eux, n’osent rien dire et ne peuvent pas s’amuser comme ils le souhaitent… Pourtant, ils gardent le sourire et trouvent toujours une nouvelle idée de jeu, sans cesse copiée et reprise par « ceux qui décident ». Jusqu’au moment où ils en ont assez du pouvoir exercé par ce groupe. Ensemble, ils vont s’unir pour oser dire « non ».

Notre avis

Cet album qui s’adresse aux petits lecteurs peut aussi concerner les non-lecteurs par le thème qu’il porte. Il s’agit du harcèlement de la cour de récréation. On sait que si c’est l’endroit où les enfants peuvent respirer et se socialiser en dehors de la classe, c’est aussi le lieu de luttes de pouvoir, de violences verbales ou physiques, d’intimidations et de partage de territoire. Et cela dès l’école maternelle.

Dans cette histoire toute simple, il y a deux clans : celui des enfants qui imposent leur loi et les empêchent de jouer et celui de ceux qui sont brimés par « ceux qui décident ». Ces derniers sont peu nombreux (quatre) et s’opposent systématiquement aux autres qui ne sont que cinq. Ils utilisent pour cela deux types de domination : la soumission et la destruction.

D’abord, ils interrompent les jeux pour forcer les enfants à faire ce dont, eux, ont envie comme se balancer plus haut ou grimper plus haut dans les jeux. Ils veulent les asservir. Mais les autres, se pliant à leurs ordres, s’amusent encore davantage ! A la balançoire : « On se balance hyper haut. On s’amuse tellement qu’on manque de tomber », tout en haut de la tour : « On grimpe jusqu’au sommet. La vue est incroyable. Waouh… »

Ils les chassent alors de leurs activités : « Partez !… » « Maintenant, c’est NOTRE tour ! » « Descendez et disparaissez ! » …..

Puis, voyant que leurs injonctions, si elles font fuir les occupants ne les abattent pas, ils montent d’un cran dans la domination en cassant les cabanes que ceux-ci ont réalisées. C’est la force de l’échec et l’expression de leur frustration. Ils ne supportent pas que « les autres » s’amusent, qu’ils réussissent à jouer ensemble et à prendre du plaisir.

Il y a donc les dominés et les dominants, ceux qui acceptent mais qui investissent alors d’autres espaces en s’inventant de nouveaux jeux et ceux qui jalousent et pensent que leur pouvoir leur donnera du plaisir. Il n’en est rien.

Arrivé à ce stade de l’histoire, le lecteur est un peu sur sa faim, attendant qu’un adulte intervienne pour régler ce conflit. Mais l’autrice est plus futée. Elle va renverser la situation.

Elle va étoffer l’équipe des « obéissants » avec l’arrivée d’autres enfants qui se regroupent pour jouer au ballon en formant deux équipes. Si l’on est observateur, on s’apercevra que ces nouveaux arrivants étaient déjà présents sur les premières pages du livre mais en situation d’observateurs aux fenêtres de l’école ou de bâtiments proches. On identifie très bien les fillettes jumelles, une enfant frisée à lunettes, un petit aux cheveux roux… Il n’est pas dit s’ils viennent « en renfort » ou parce qu’ils sont attirés par les jeux mais leur présence aux fenêtres tout au long de l’album indique à la fois un sentiment de peur et de recherche de protection à l’intérieur en même temps qu’une observation attentive de ce qui se joue dans la cour. Quand ils arrivent, ils sont bien accueillis par les autres « On peut jouer avec vous ? Bien sûr, super ! » à l’opposé total de « ceux qui décident » qui ne savent que rejeter.

Là encore, « ceux qui décident » vont les chasser et prendre leur place. Mais, ils se retrouvent à jouer au football à quatre et cela n’a pas de sens. Ils s’en aperçoivent vite. Ils veulent une fois de plus utiliser leur domination pour obliger les autres, cette fois, à les rejoindre, car ils ont BESOIN d’eux.

Mais « les autres » réfléchissent » et refusent. C’est le moment de bascule de l’histoire.

Autant on pouvait leur interdire de faire quelque chose, les laissant démunis et impuissants, autant on ne peut les obliger à faire activement autre chose dont ils n’ont pas envie. C’est ce qui déclenche leur réflexion et finalement leur refus. Car c’est collectivement, qu’ils décident de refuser de s’associer au jeu et de s’affirmer contre l’autre groupe. Ils partent avec des allures joyeuses de cavaliers sur leurs montures, sourire aux lèvres. Ce départ, c’est eux qui l’ont décidé et cela les amuse et leur donne une revanche et une fierté : « Et soudain c’est NOUS qui avons décidé. »

Ce livre aborde d’une manière simple les oppositions entre deux groupes d’enfants et montre qu’on peut ensemble faire force ou solidarité. Et faire changer de camp le pouvoir, dont celui de dire NON en s’opposant à l’injustice. Il ne donne pas de réponse toute faite, pas de parole morale mais invite les enfants à réfléchir aux situations qu’ils vivent et à agir ensemble pour lutter contre des malveillances.

On pourra l’utiliser pour parler d’intimidation, de résilience et de l’importance du collectif.

La présence des enfants observateurs, l’absence des adultes dans ces jeux permettra aussi de réfléchir au rôle des témoins dans ce genre de situations. Pourquoi certains enfants regardent-ils de loin sans intervenir ? Pourquoi les adultes sont-ils absents ?

Si le propos de ce livre peut en rebuter certains, cet album n’est en rien effrayant. La domination d’un groupe sur l’autre est vite dépassée par ceux qui subissent et en conclusion, ce sont ces derniers qui sortent vainqueurs de ces altercations.

Un dossier pédagogique est mis à la disposition des parents ou enseignants sur le site de l’éditeur :

Le texte est très court mais incisif, alternant ordres et sentiments. Mais la tonalité est empathique envers ces petits qui ne cherchent jamais l’affrontement mais qui s’adaptent à la situation imposée.
La typographie amplifie la force du texte par des ordres en grands caractères gras PARTEZ ! GRIMPEZ !... qui se lisent non seulement comme des obligations mais avec une tonalité très agressive. En opposition, les réactions des « autres » sont sous une forme narrative, en de longues phrases positives et descriptives. Chez ces derniers, seulement deux mots sont également écrits en grand et gras : NON ! quand ils expriment enfin leur refus et NOUS de la phrase finale qui valorise le collectif.

L’illustration est faite aux pastels secs et à la gouache. Les pages sont très colorées autour des enfants mais très noires dans le dessin des immeubles et de l’environnement (arbres noirs, barrières noires, immeubles noirs, silhouettes noires…). Certains personnages deviennent également noirs quand ils sont dans une position d’observateurs ou de danger imminent.

De cet ensemble en couleurs vives, ressort nettement de la joie, de la vie, de l’amitié. Certaines pages montrent aussi des postures comiques ou des expressions originales qui rendent les personnages attendrissants. En opposition, le petit groupe d’oppresseurs apparaît toujours sombre, renfrogné, triste, avec de mauvaises intentions.

Les personnages sont aussi affublés d’éléments qui renforcent leurs caractères : casquettes, bonnets, masques et capuches pour les importuns, vêtements de couleurs, coiffures amusantes, tenues variées pour les autres.

Lisen Adbage nous propose un album simple dans sa forme mais extrêmement riche dans son fond. C’est une très belle réussite qui ne laissera aucun lecteur indifférent.

Pour aller plus loin

La paix de Françoise de Guibert / Editions Thierry Magnier : la mise à l’écart d’une fillette en cours de récréation par un groupe de filles.
C’est pas moi ! de Arnaud Tiercelin et Maureen Poignonec,/ Editions Kilowatt : intimidation d’un enfant par une bande de garçons.
Mon ami le banc de Emmanuel Darlay et Chloé Perarnau / Actes Sud Papiers (pièce de théâtre) : quatre filles terrorisent tout le monde dans la cour de l’école.

Mise en ligne – Décembre 2021