Frère de passage

Frère de passage
Auteur

Arnaud Tiercelin

Illustratrice

Aude Brisson

Editeur

Kilowatt-coll les Kapoches – 2019

J’étais arrivé chez eux le matin, Eric et Sylvie voulaient faire une photo. Parce qu’il ne fallait pas qu’on oublie ce moment. Et la photo, on la mettrait sur le frigo. Ils étaient tout souriants, leur nom leur allait comme un gant : famille d’accueil. Leur fils, Antoine, s’est vite éclipsé avant la photo. Il m’en voulait d’être là, chez lui mais je ne lui voulais aucun mal, moi.

Mots-clés : famille, amitié

Présentation générale

Nino a neuf ans et doit être placé dans une famille d’accueil. Sa mère est morte quand il avait deux ans. Son père, alcoolique, chômeur et dépressif n’est plus en mesure d’assurer son rôle de parent. Le petit garçon découvre cette nouvelle famille temporaire qui se révèle être très accueillante. Il découvre aussi sa nouvelle école et un maître qu’il trouve tout de suite formidable. Seul Antoine, le fils de la famille, lui fait la tête et n’a pas du tout l’air ravi de sa présence. Nino en est malheureux. Petit à petit, il va tenter de se rapprocher de lui.

Nos commentaires

Frère de passage  fait partie de la collection des Kapoches, de courts romans illustrés « pour le plaisir de lire seul(e) et aborder les aventures de la vie quotidienne. » L’auteur, Arnaud Tiercelin, membre de l’association de la Charte des auteurs et illustrateurs Jeunesse qui vise à promouvoir la littérature auprès des jeunes publics, a écrit des romans pour enfants et adolescents, des nouvelles, de la poésie, et des albums pour petits. Depuis 2009, sa bibliographie est bien fournie (cf le site ricochet)

Les dessins (couverture, têtes de chapitres et plusieurs pleines pages) sont d’Aude Brisson, simples et colorés.
Le roman est court, juste quelques jours dans la vie de Nico. Le niveau de lecture n’est pas compliqué mais les thèmes abordés sont lourds : la mort de la mère, la démission et la déchéance du père, la séparation, l’adaptation à une nouvelle vie qui rompt avec tout ce que l’enfant connait…

Et cependant, le livre est optimiste, juste, riche en émotion et en empathie, riche également de beaucoup d’implicite qui se devine entre les mots et dans les silences.

Le narrateur, Nino, est bien choisi. Il est intelligent, sensible, ouvert et gentil. Il sait mettre des mots sur sa situation, ses sentiments, sur ses souffrances (sa mère qui lui manque et dont il garde une photo sur lui, son père qui lui fait défaut mais contre lequel il n’éprouve ni haine ni colère…), et sur ses peurs. Il est lucide, d’une maturité certaine pour son âge, il essaie de comprendre les difficultés qu’éprouve Antoine à l’accueillir au sein de sa famille, il est à l’écoute des autres. Il ne force rien, s’ouvre aux possibilités de bonheur qui se présentent à lui dans sa nouvelle famille et à l’école. C’est avec tact et patience qu’il va savoir se rapprocher d’Antoine et ouvrir une brèche pour que ce dernier ait envie de l’accepter comme « frère de passage ».

La famille d’accueil est chaleureuse, les enseignants bienveillants, le père défaillant n’est pas jugé. Il y a dans ce livre beaucoup de douceur et malgré une situation de départ difficile, la suite et la fin sont lumineuses.

Dans une interview, l’auteur dit que la sensibilité, l’humour et l’amour sont les trois éléments fondateurs de sa personnalité. Que pour écrire ses livres, il questionne l’enfant qu’il a été, il convoque ses premières émotions, il essaie d’écrire « à la bonne hauteur de voix, « sans jamais tomber à l’eau. »

On le ressent en lisant « Frère de passage », qui n’est pas un récit clos et qui s’ouvre au final sur des possibles rassurants.
C’est un petit livre qui peut permettre aux jeunes lecteurs de comprendre ce genre de situation, d’imaginer ce que vivent parfois d’autres enfants. Et s’ils sont concernés, de positiver et garder espoir.

On pourra le rapprocher de « Mon chien, Dieu et les Pokétrucs » de Myren Duval (Rouergue 2018) qui traite le même genre de sujet, avec comme narratrice non pas l’enfant accueilli mais la petite fille de la famille d’accueil, qui dans un premier temps, elle aussi, est hostile et se sent envahie.