Je m’appelle Maryam

Je m’appelle Maryam
Auteure

Maryam Madjidi

Illustrateur

Claude K. Dubois

Editeur

Ecole des loisirs – coll Mouche – 2019

Avec ses parents, Maryam doit quitter le pays où elle est née. Elle va devoir dire au revoir à ses poupées. Apprendre à jongler avec la langue d’ici et la langue de là-bas. Manger des plats qu’elle n’a jamais goûtés. Découvrir un monde où elle sera une inconnue. Un monde où il faut tout recommencer. Jusqu’à ce que quelqu’un lui demande : « Comment tu t’appelles ? »

Mots-clés : exil, amitié

Présentation générale

Un livre fort, juste et subtil pour un tout petit format de lecture.

Maryam a 6 ans lorsqu’elle quitte son pays pour la France avec ses parents. Elle quitte sa famille, ses racines et elle se retrouve confrontée à une société dont elle ne connaît rien. Avec des mots simples et sensibles l’auteur donne à partager les émotions de la petite fille et son évolution jusqu’à la rencontre des autres.

Notre analyse

Maryam Madadji est une auteure reconnue. Elle a obtenu un prix Goncourt en 2017 avec son livre Marx et la poupée. Ce premier roman raconte déjà son histoire, son exil d’Iran avec ses parents. Je m’appelle Maryam est donc une adaptation de ce premier récit. Pour s’adresser au jeune public l’auteure a laissé de côté les aspects politiques et les engagements adultes pour interroger davantage l’émotion de l’enfant dans le quotidien du monde occidental qu’elle découvre. Je m’appelle Maryam est donc repris par de nombreux sites sur la toile, comme Télérama, France Info mais aussi ADT Quart Monde ou le site Infomigrants.

L’auteur a vécu ce qu’elle écrit. Sa langue maternelle est le Persan, elle ne parlait pas français en arrivant en France. Ses parents, opposants politiques, ont fui l’Iran mais le reste de sa famille (ses oncles, tantes, cousins, cousines…) est resté en Iran. La famille Madjidi s’est installée dans un studio dans le 18ème arrondissement en 1986. Dans une interview de François Busnel, Maryam Madjidi raconte qu’elle a d’abord intégré une C.L.I.N (Classe d’Initiation) à l’école, une classe spécialisée dans laquelle elle ne s’est pas du tout sentie intégrée. Elle fait part de l’importance de la connaissance de la langue pour trouver sa place, notamment de la fierté de ses parents quand ils ont pris conscience de sa maîtrise de la langue française.

Ce récit sur l’exil, l’immigration, l’adaptation à la France est une résonance directe avec un vécu et des souvenirs intenses. Sur le site infomigrants, Maryam Madjdi indique même qu’une de ces motivations est d’aider les jeunes enfants, dans la même situation qu’elle, à s’identifier et à se reconnaître. Cependant nous pensons que tous les jeunes lecteurs peuvent se reconnaître en Maryam ou au moins être en empathie avec elle. Les ressentis de la petite fille sont décuplés du fait de son manque total de repères mais tous les enfants connaissent le désarroi face à des situations incompréhensibles pour eux, le sentiment de solitude qui s’impose quand on pense être le seul à ne rien comprendre.

Le roman est découpé en quatre chapitres : Maryam ne joue pas, Maryam ne parle pas, Maryam ne mange pas, Maryam n’est plus seule. Le jeu, le langage, l’alimentation et l’échange avec les autres sont sans aucun doute les clés pour s’intégrer dans toute société. Chaque thème donne à réfléchir sur ce que vit particulièrement Maryam. Comment s’adapter quand on n’a plus de jouets, quand on ne comprend rien et qu’on ne peut pas s’exprimer, quand on ne connaît pas les aliments qu’on nous donne à manger. Maryam est très seule. Son auteure indique même qu’elle a vécu « une expérience fondamentale de la solitude ». Une chose est sûre, seule la langue peut permettre de s’exprimer pour créer de nouveaux liens. L’arrivée de la petite fille aux yeux doux et aux cheveux roux avec sa question « Comment tu t’appelles ? » et son insistance pour obtenir une réponse crée un effet libérateur sur Maryam qui accepte de se nommer.

L’écriture est délicate est sensible. Le récit est d’une grande force, sans jamais être lourd. Il n’y a pas d’explications interminables, la situation est factuelle : « Ici, c’est le pays où elle vit, où nous sommes. Là-bas, c’est le pays où elle est née, qu’elle a quitté ». L’usage de formes négatives successives justifient la posture de l’enfant de façon indiscutable : « […] elle n’a pas de jouets. Alors elle ne joue pas. » / « Maryam ne sait pas. Alors elle ne parle pas. ». Les métaphores sont simples, à la portée des jeunes lecteurs, elles permettent de bien comprendre les ressentis : « Dans sa tête deux langues parlent en même temps. Sa tête est énorme et lourde à porter avec ces deux langages qui se chamaillent à l’intérieur. » / « Sa tête est comme un gros ballon dans lequel les deux langues frappent ». De nombreuses répétitions aident à se persuader de la situation, lors du refus de prendre les poupées dans les valises par exemple, lorsqu’elle raconte comment les langues se croisent dans sa tête (« Et boum…. Et boum… et hop là…. Et hop là… »). Tout est fait pour comprendre que les choses se construisent avec le temps, au fur et à mesure. La fin est très bien vue. Elle est simple, positive et ouverte.

Les illustrations

Les croquis qui illustrent le livre sont remarquables. Ils passent du gris à la couleur lentement, laissant s’installer une douce luminosité au fil du récit. Les émotions de Maryam se lisent à chaque page grâce à une représentation fine des postures ou des expressions du visage de la fillette. On la voit triste à la première page, puis perturbée par tous les mots qui lui prennent la tête, isolée des autres et enfin joyeuse.

Pour accompagner la lecture

Différentes vidéos de Maryam Madjidi sont disponibles sur la toile, notamment un portrait chinois relayé par l’Ecole des Loisirs.

Le livre Mon chien, Dieu et les Pokétrucs traite également du thème de l’exil, mais cette fois à hauteur d’un enfant français qui accueille une famille d’exilés. Cette fois c’est l’enfant français qui parle. Cette lecture peut être un bon écho.

Mon chien, Dieu et les Pokétrucs

Article mis en ligne le 19.11.2020