Le chien de Martin
| Auteure | Nadine Brun-Cosme |
|---|---|
| Illustratrice | Odile Santi |
| Editeur | Ed courtes et longues – 2025 |
Martin et son ami sont inséparables. Mais un matin, Martin arrive avec un chien, Tador. L’amitié des deux garçons résistera-t-elle à l’arrivée de ce nouveau compagnon ?
Mots-clés : amitié, émotions, lien homme-animal
Présentation
Le narrateur de cette histoire n’a pas de prénom. Il est l’ami de Martin, le voisin de Martin, le compagnon de jeux de Martin. Martin est son centre d’intérêt car ils sont inséparables. Et aussi parce qu’il admire Martin qui rend la vie « passionnante » car tout l’intéresse. C’est une amitié un peu exclusive qui les lie et les fait vivre dans leur monde. C’est vrai que Martin est un peu différent des autres élèves, il prend son temps, il adore lire, il a des lapins et il a « toujours quelque chose de nouveau à lui montrer ».
Mais un matin, Martin se fait attendre plus longtemps que d’habitude pour aller à l’école, et quand il sort enfin de chez lui c’est suivi d’un chien qui ne veut pas le quitter. Sans aucune explication pour son ami, Martin reconduit le chien chez lui puis le rejoint. Quelle frustration pour ce dernier qui se vexe un peu de ne pas en savoir plus sur cet animal !
Le lendemain, Martin complique leurs relations en venant à l’école avec son chien sans en avoir parlé auparavantà son ami. Evidemment, Martin et son chien Tador vont attirer l’attention de tous les enfants durant cette journée et notre narrateur va se sentir exclu et jaloux. Même si Martin lui propose de jouer comme d’habitude dans la cour, il refuse et reste dans son coin.
Puis c’est mercredi, le jour des jeux à deux à la maison mais là encore Martin invite un camarade de classe et ne propose pas à son voisin de se joindre à eux. Ce dernier trouve cela insupportable.
C’est alors que, en rentrant chez lui, Tador lui saute dessus dans son propre jardin ! Il en profite pour jouer avec lui puis retourne chez Martin, sous sa fenêtre pour lui montrer que le chien est venu le chercher. Mais Martin n’ouvre pas sa fenêtre et le chien repart chez son voisin.
La contrariété montant encore d’un cran. l décide alors de prévenir Martin que son chien est chez lui seulement après le dîner, car « ça lui ferait bien les pieds ». Une idée de vengeance se profile.
Le matin suivant, quand Il décide de lui ramener le chien, Martin «[l’a ]regardé d’un œil tellement mauvais que [il a] failli pleurer ». Voilà un beau malentendu qui s’installe entre les deux amis. Ils ne se parlent plus, ne se regardent même pas et rentrent chacun de leur côté chez eux.
Rancune chez l’un, tristesse chez l’autre, comment sortir de cette situation ?
C’est le chien qui va jouer le rôle de médiateur. Sentant que l’enfant, seul dans son jardin, est triste, il saute le mur pour aller le réconforter. Suit alors Martin qui a vu la fuite de son chien et ce faisant comprend que son ami est aussi attaché que lui à cet animal, ce que ce dernier lui rend bien. La joie revient, les trois amis maintenant jouent ensemble jusqu’à la fin de l’après-midi car aucun des deux n’a envie de se séparer du chien.
C’est Martin qui fait le premier pas en proposant que Tador reste chez son ami ce soir et que le lendemain il reviendra chez lui. « Et j’ai su que le chien de Martin, à présent, c’était notre chien. A nous deux. »
Nos commentaires
Petit roman de 30 pages, séparées en 7 chapitres très courts et illustrés, ce livre se lit facilement et convient parfaitement à des lecteurs débutants. Le thème porté est aussi particulièrement bien adapté à l’âge de ces lecteurs en abordant l’amitié d’un côté sensible avec toute la palette d’émotions que découvrent les jeunes enfants.
L’amitié exclusive d’abord, cette relation où des êtres fusionnent avec les mêmes goûts, les mêmes désirs et se donnent totalement à l’autre. C’est celle de Martin et son voisin au début de l’histoire.
L’arrivée inopinée d’un intrus entre eux va déstabiliser cette relation. Si Martin avait annoncé qu’il allait avoir un chien, ils l’auraient attendu ensemble et en auraient fait un partenaire de jeu de leur duo. Mais il a préféré créer une espèce de surprise qui a donné à son ami l’impression d’être dépossédé d’une partie de leur amitié puisqu’il ne lui a pas tout dit.
Et là, habilement, Nadine Brun-Cosme va faire monter la discorde en y ajoutant peu à peu des éléments : la venue du chien à l’école qui fixe sur Martin l’attention de tous les enfants en lui enlevant ce que le narrateur croyait posséder, puis l’invitation rituelle du mercredi qui s’adresse à un autre enfant que lui. Tout est fait pour qu’il se sente isolé voire rejeté. Le point ultime est bien sûr le quiproquo créé autour de la venue du chien chez le voisin et gardé la nuit pour se « venger » du manque d’attention qu’il ressent depuis plusieurs jours.
Toutes ces émotions sont connues des enfants qui les ont vécues un jour : désaccord, envie, rejet, tristesse surtout quand ces problèmes se vivent avec le « meilleur ami ». Ici, c’est le chien qui va résoudre ce problème. On pourra faire réfléchir les enfants sur ce qui a manqué dans cette relation. En effet, mettre des mots sur les émotions, exprimer clairement ses ressentis permet de comprendre ce qui se passe dans la tête de l’autre et de dépasser les malentendus.
Certains de nos lecteurs n’ont pas apprécié ce qu’ils ont vu à la fin comme une « garde partagée » du chien entre les deux enfants. Or, il n’est pas dit dans l’histoire qu’un système quelconque de garde sera mis en place à la suite de ces problèmes. Il faut plutôt prendre cette proposition de Martin comme un geste de réconciliation qui montre qu’il a compris qu’il avait été maladroit avec son ami et qu’il lui fait cette proposition comme réparation du mal qu’il lui a causé. Rien ne dit que cet échange perdurera. C’est pour un soir. Comme un ami peut confier sa console un jour. C’est la marque de l’amitié retrouvée.
Notre avis
Ce livre plutôt simple dans son contenu ressemble sûrement à beaucoup de ce que peuvent vivre les lecteurs de cet âge qui se reconnaîtront sans problème dans les personnages.
Martin est un protagoniste intéressant car il est très sensible, un peu décalé dans sa façon d’être et ses goûts différents. C’est un enfant calme et lecteur qui transmet ses émotions à son chien. Ce n’est pas le petit garçon très marqué dans son genre, agité et sportif qu’on trouve encore souvent dans les récits. Il a su réfléchir et revenir sur son attitude. A-t-il compris qu’une amitié, cela devait s’entretenir pour ne pas s’étioler ? C’est peut-être la conclusion qu’en tireront les lecteurs.
L’autre enfant sera davantage un miroir des émotions très marquées et bien définies qui devraient aider les plus jeunes à les mettre en mots et à les partager pour comprendre ce qu’ils ressentent.
Un petit livre plein de sagesse pour apprendre à nourrir ses amitiés et à en exclure des sentiments qui pourraient les détruire.
Pour aller plus loin
- Une belle histoire entre un enfant et son chien. L’absence de ce dernier lui permettra de comprendre la richesse de ce qu’il vivait avec lui Tom et moi de Nadine Brun-Cosme.

- Une amitié vécue de façons différentes selon le caractère de chacun des deux amis. On y retrouve la jalousie et le sentiment d’abandon mais la réconciliation aussi : Toujours potes de Smirit Holls et Steeve Small
