Mignon

Mignon
Auteur - illustrateur

Jérémy Pailler

Editeur

Kaléidoscope – 2025

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Mise en ligne le

Dans la ville de Chocottes, habiter une maison hantée est une véritable fierté !
Malheureusement Germain n’a pas cette chance.
Chez lui, du sol au plafond, pas l’ombre d’un monstre ni d’un démon…
Mais cette année, pour la fête d’Halloween, Germain a un plan.

Mots-clés : peur, amitié

Présentation générale

Chocottes est une ville hantée depuis 1896 ! Les vampires, poupées maléfiques ou clown au rire grinçant font partie du quotidien. C’est même un honneur de les savoir terrés chez soi. Les écoliers s’en vantent, fiers de leurs monstres effrayants. Ils attendent Halloween avec impatience car c’est l’occasion de se faire vraiment très peur. En effet, lors de la nuit de frayeur, le 31 octobre, les enfants s’invitent entre eux et attendent que les croque-mitaines surgissent pour hurler à s’en briser les tympans. Un véritable bonheur !

Dans cette ambiance étrange où le fantastique se confond avec le quotidien, Germain, jeune garçon sans histoire, se retrouve isolé. Même si sa maison ressemble à toutes les autres, elle n’abrite aucun être surnaturel. Alors Germain décide d’agir. Un soir de pleine lune, il utilise une formule magique trouvée dans un vieux grimoire pour faire apparaître le plus terrible des monstres.

La formule fonctionne, mais l’être surnaturel mis à jour est bien décevant. Mi chèvre, mi chat, mi chien, tout vert et auréolé de vapeur de la même couleur, les yeux bleus, le regard doux, un bout de queue en forme de cœur, voletant avec légèreté, il est … trop mignon ! Il suit son nouveau maître partout. Il lui fait des sourires, des câlins, il émet des « Meow » adorables. Germain, fâché dans un premier temps d’avoir créé un être aussi gentil, finit par apprécier le petit monstre, dénommé « Glu », auquel il s’attache.

La vie devient douce pour Germain qui a trouvé un agréable compagnon. Mais il est néanmoins confronté à un problème majeur : croyant à la magie de son incantation, il a invité ses camarades de classe chez lui la nuit d’Halloween. Il est trop tard pour faire marche arrière et son monstre n’a vraiment rien d’effrayant. Que faire ? Il essaie de le déguiser, sans succès. Alors il le présente tel qu’il est à ses camarades qui commencent par se moquer avant de rire à gorge déployée. C’est là que tout bascule. La petite créature, fâchée pour son ami, se transforme en un terrible monstre aux yeux luisants rouges et aux crocs pointus. Les enfants sont littéralement terrorisés… et ravis.

Germain ne s’attendait pas du tout à cette métamorphose qui lui permet de gagner le respect de ses camarades. Mais il n’a cure du nouvel intérêt qu’il suscite. Il reconnaît en Glu un véritable ami et il n’a qu’une hâte, le retrouver après l’école.

Nos commentaires

L’univers de Mignon est décalé, hors du commun. Ici, les monstres ne sont pas décriés, ils sont mis à l’honneur. Toujours affreux, toujours effrayants, ils font partie du quotidien des habitants de Chocottes. C’est un monde à l’envers ! Mais c’est assez rassurant pour le lecteur projeté directement dans la fiction. L’environnement apparenté au genre fantastique étant permanent, il s’expose peu au choc émotionnel d’une mise en tension psychologique trop intense. Le récit propose bien d’avoir peur, mais sans risque de terreur. Tous les enfants, même les plus sensibles, pourront s’engager en toute confiance dans la lecture de l’album et s’amuser à avoir peur.

Halloween est évidemment la bonne période pour situer le récit. C’est l’opportunité de mettre en scène des citrouilles lumineuses au rire sardonique, des maisons hantées toutes tordues, des pierres tombales et autres éléments de décor symboliques. Les créatures horrifiques sont nombreuses, fantasmagoriques et menaçantes. Les enfants qui les évoquent dans le livre les craignent et s’en amusent en même temps. L’ambiance est à la fête dans ce monde imaginaire fantastique rempli de détails liés au jour des morts. La transformation de Glu en véritable monstre pourrait nuire à l’ambiance générale plutôt bon enfant mais il n’en est rien. Le jeu étant de se faire peur, cette métamorphose aussi impressionnante soit-elle, contribue au bonheur du public.

Germain ressent un sentiment d’échec lorsqu’il voit surgir la créature verte qu’il a appelée de tout son cœur. Pourtant son incantation nocturne est une réussite. L’ectoplasme qui apparaît ne correspond pas à ses attentes mais c’est grâce à lui qu’il va apprendre ce qu’est une amitié véritable. Au début le garçonnet rejette la bestiole qui l’agace, l’énerve. Il finit par accepter sa présence et par reconnaître sa gentillesse sans contrepartie. Il l’apprécie enfin pour son humeur égale et joviale et il prend plaisir à partager avec lui des moments de complicité et de jeu. La métamorphose spontanée et inattendue de Glu qui ne supporte pas qu’on se moque de Germain est une révélation. Germain prend conscience que l’animal n’est pas qu’une agréable compagnie. C’est un véritable ami prêt à le défendre . L’intensité de la relation qui lie les deux personnages apporte beaucoup de douceur et de tendresse au récit.

Le titre est vraiment très bien trouvé. Ecrit dans une « police d’Halloween » il introduit d’emblée l’antagonisme qui existe entre le sens du mot et l’environnement de la fiction. Il interroge également sur la qualification : qu’est-ce qui est mignon dans cette histoire ? Sans aucun doute, il est question de Glu avec son petit minois. Mais Germain est également adorable dans sa quête de reconnaissance. Et l’histoire elle-même est vraiment mignonne. Elle montre la possibilité de s’aimer d’amitié dans un environnement peu favorable. Elle montre aussi que l’appartenance à la norme n’est pas une obligation, il est possible d’être différent sans ressentir de honte. Rien n’est dit sur le devenir des quatre enfants moqueurs, et peu importe. Il n’est pas question de morale mais plutôt de valeurs. L’histoire montre que la gentillesse, le respect et l’entraide sont des bases importantes pour construire une belle relation.

Les illustrations aux crayons de couleur sont remarquables. Sur double-page ou sur page simple, sur fond sombre coloré ou sur page blanche, Jérémy Pailler emporte le lecteur tant dans la ville que dans la sphère des écoliers ou dans l’intimité du duo Germain – Glu. Les illustrations sont parfois angoissantes lorsque Germain pénètre dans la ville par exemple. Elles peuvent être mélancoliques ou mystérieuses selon les états d’âme de Germain. Elles sont amusantes notamment lors des scènes qui lient Germain et Glu. Elles expriment toujours une certaine pudeur, une espèce de distance avec les sujets, laissant une grande place à l’imaginaire du lecteur. Il y a de l’énergie dans le trait mais aussi beaucoup de douceur dans la coloration et de tact dans les figurations. C’est un régal pour les yeux.

Jérémy Pailler, fan de films de genre, offre à son petit héros, Germain, la possibilité de s’évader dans le monde de l’horreur grâce au cinéma et aux cassettes VHS. Dès la première de couverture son album est une invitation à entrer dans l’univers des films fantastiques et des films d’horreur des années 80/90. Ici le cinéma s’appelle Hémoglo-Bobine, les cassettes VHS ont pour intitulés Carrie, Piranha ou encore Waxwork. Des vêtements nous ramènent vers d’autres titres comme les deux jumelles habillées dans Shining. La bicyclette au début du récit nous fait évidemment penser à E.T. l’extra-terrestre. Quant à Glu, l’ectoplasme improbable, il pourrait être mis en lien avec Gizmo, le petit Mogway gentil dans Gremlins ou avec Maître Yoda dans Star Wars. Les références sont tellement nombreuses qu’il semble impossible de toutes les répertorier. Cela offre un niveau de lecture propre à réjouir les adultes invités, au même titre que les enfants, à partager les déboires de Germain.

Mignon est un album original, simple et riche de significations. Le découpage du texte en chapitres courts facilite la lecture. Les illustrations apportent un éclairage formidable au genre. Tout est fait pour parcourir l’univers du fantastique et de l’épouvante en frissonnant mais aussi en s’amusant. L’album parle à tous les lecteurs, quelques soit leur approche de l’imaginaire, quel que soit leur plaisir à avoir peur, quel que soit leur âge.

Ce livre a été déclaré « coup de cœur » à l’unanimité des lecteurs de l’association ! Une réussite !

Pour aller plus loin

– Jérémy Pailler possède un compte instagram.
– L’école des loisirs propose une bibliographie de Jérémy Pailler
– Dans Brutalone , Jérémy Pailler illustre dans un style très différent la construction d’une relation d’amitié.
– L’univers proposé dans Mignon nous fait penser aux romans de la collection« Chair de poule » des années 80.
– La librairie Mollat propose une interview croisée de Mickaël Brun-Arnaud et de Jérémy Pailler pour Le Croque-en-murs et l’ensemble du travail de création des deux artistes. Jérémy Pailler évoque son intérêt pour le cinéma.

– Deux autres histoires de monstres et d’amitié sont proposées sur notre site: Monstres et La bête et Béthany .