Un chat au travers de la gorge

Un chat au travers de la gorge
Auteure

Marion Achard et Walter Glassof

Editeur

Actes Sud Junior, coll lecture solo – 2021

Je m’appelle Timothée. Tim pour les copains et ceux qui m’aiment bien. J’habite dans un petit village, écrasé par la chaleur, où il ne se passe jamais rien. On s’ennuie un peu, surtout pendant les vacances. Heureusement il y a les parties de foot et les baignades dans la piscine de Valentin, mon meilleur ami. Le jour où de nouveaux voisins, dont un garçon de notre âge, ont débarqué, Valentin a vu rouge. Et mon chat Ika a bu la tasse. Fini l’ennui, bonjour le drame !

Mots-clés : amitié, rejet, émotions

Présentation générale

Timothée, le narrateur, habite dans un village du Sud où l’on s’ennuie un peu l’été sous la chaleur et les stridulations des cigales. Heureusement son copain Valentin a une piscine dans son jardin. Et puis il y a l’équipe de foot où ils se retrouvent entre copains et copines. Et puis son chat Ika. C’est donc un petit évènement notable lorsqu’une famille inconnue débarque au village pour emménager dans une maison jusqu’alors inhabitée. Ils sont trois, les parents et un fils qui tout de suite cherche à établir le contact avec Timothée et ses amis et demande s’il peut intégrer leur équipe de foot. Mais Valentin, Val pour les intimes, refuse catégoriquement sous prétexte que l’équipe est déjà complète. Celui qu’il appelle « l’Autre » est rejeté et renvoyé à sa solitude.

Quand on retrouve le chat de Timothée noyé dans la piscine de Val, celui-ci soupçonne tout de suite « l’Autre » d’être l’auteur du crime. « Je ne sais pas mais on n’avait jamais eu de problème avant qu’il soit là ». Histoire classique de l’étranger bouc émissaire. Mais quand Ikaréapparaît, on comprend que le chat à qui on a offert une belle cérémonie d’enterrement n’était pas celui de Timothée mais celui de la famille nouvellement arrivée, et on apprend que Val n’y est pas complètement pour rien…Grâce à l’intervention d’Alistair, le père de Timothée, Val va réussir à exprimer les raisons de sa colère et à présenter ses excuses à la famille de « l’Autre » dont on apprend alors le vrai prénom. Dans un climat pacifié, Eddy est accepté dans l’équipe de foot du village, à la grande satisfaction de Timothée.

Notre avis

Etrange titre que celui-ci, « Un chat en travers de la gorge », illustré par le dessin de couverture qui nous montre Timothée, Val et sa petite sœur, portant un chat à l’horizontale devant eux, tête, dos et queue au niveau de leur cou. Complicité de deux expressions imagées, entre « avoir un chat dans la gorge » et donc la voix enrouée, empêchée (par l’émotion ?) et « ça m’est resté en travers de la gorge », pour quelque chose de ressenti comme injuste, inacceptable et qui provoque des envies de vengeance. Mais finalement, ici, tout sera pardonné.

Le roman est court, découpé en sept chapitres, avec quelques illustrations sympathiques en pleine page et en noir et blanc, et une police de grand format, ce qui en fait une lecture aisée pour des lecteurs débutants. Les fins de chapitres suspendues donnent envie de se projeter sur le chapitre suivant : « Mais qu’est-ce qu’ils font là ? », « Mais si Ika est ici, qui est enterré là-bas ? », « Ah ben ça, a fait Alistair tout étonné. Pour de vrai ? »

Marion Achard écrit depuis 2012 des romans pour la jeunesse, édités chez Actes Sud Junior, notamment les aventures du personnage à succès Taloula.
Elle est également artiste de cirque, elle crée et joue des spectacles avec la compagnie Tour de cirque. D’où peut-être ce sens dynamique et très visuel de la narration quand elle écrit !

Les thèmes visités dans « Un chat en travers de la gorge » sont simples et généreux. Il s’agit d’apprendre à vivre ensemble, à partager l’amitié, à s’ouvrir aux autres, aux inconnus. Cela parle de la jalousie, de la colère et des préjugés qui parfois conduisent à commettre de grosses bêtises sans l’avoir vraiment voulu. Cela parle aussi de réparation, de pardon, de réconciliation et de la nécessité de parler ses émotions. Thèmes proches du vécu des enfants entre eux et qui donc les toucheront assurément.

Timothée, le narrateur, est un petit garçon très gentil, presque trop parfait peut-être, porteur de sentiments positifs. Il est spontanément accueillant vis-vis du jeune nouveau voisin, prêt à l’intégrer dans l’équipe de foot (où il y a des copains mais aussi des copines, et même si elles ne sont pas présentes dans l’histoire, c’est un petit détail qu’on apprécie…) Il tient à l’amitié de Val, ne comprend pas l’hostilité de son ami face à « l’Autre » mais ne s’y oppose pas vraiment. L’agressivité de Val, qui est le dominant du groupe, le laisse perplexe. Il va progresser dans sa réflexion grâce aux conversations qu’il a avec Alistair qui est un beau personnage de père. Il semble élever seul son fils. Il fait la cuisine et s’occupe du chat. Il a un petit côté romantique, quand il organise de beaux enterrements de chats en y jouant du ukulélé ou en y inventant des haïkus ! Il respecte la vie et la liberté de son petit garçon, n’est pas intrusif, mais il est attentif, ouvert à la discussion, et va inciter Timothée à réfléchir et à se positionner sans pour autant prendre la main. Ce papa, « il voit de belles choses même là où c’est moche » mais « quand il a décidé un truc, il a décidé un truc », il peut être « inflexible » dans ses « théories et ses principes », et avec lui, « il faut toujours se poser tout un tas de questions » Grâce à une seule question d’ailleurs, il permet à Timothée à commencer à ne plus douter de ses pressentiments. Est-ce qu’il trouve normal « qu’un seul décide pour tout le monde ? » Et Timothée va se mettre à réfléchir…

C’est aussi Alistair qui va sortir Val de l’impasse dans laquelle il s’est engouffré par jalousie, méfiance et peur d’être détrôné en amitié. Il va lui permettre de laisser parler sa sensibilité, que Timothée devine « sous ses aspects bourrus ». Il va mettre des mots lui-même sur la complexité des émotions humaines pour que Val réussisse à reconnaitre les siennes, à avouer sa grosse bêtise et à envisager de présenter des excuses aux voisins. Et leur avouer que, sans le faire exprès et sans vouloir le tuer, c’est quand même lui qui est responsable de la noyade de leur chat. Oui, parfois, on est en colère parce qu’on a peur ou parce qu’on est triste. Ou parce qu’on est stupide, mais Val ne l’est pas, pas plus qu’il n’est vraiment méchant. Nous restons dans une histoire gentille. Alistair est un fin psychologue. Quand Val prétend ne pas savoir pourquoi il était en colère, il insiste : « Mais oui tu sais… » Et alors, l’horizon s’éclaire. Jusqu’aux excuses, au pardon, à la fin de la culpabilité et au happy end. Les voisins sont de bonne composition, leur chat est quand même mort dans l’histoire, mais on dira que c’est le prix à payer pour leur intégration !

En résumé, un petit roman sans difficulté de lecture mais qui pose avec finesse le regard sur des émotions complexes qui ne sont pas que le propre de l’enfance.

Mise en ligne – Décembre 2021