Chat par-ci / Chat par-là

Chat par-ci / Chat par-là
Auteur

Stéphane SERVANT

Edition

Rouergue – coll Boomerang – 2014

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Alors qu’elle est immobilisée, le jambe dans le plâtre, une vieille dame échange des messages, par l’intermédiaire d’un chat errant, avec un inconnu du quartier. Serait-ce ce vieux monsieur, de l’immeuble d’à côté ? Sofiane est un garçon timide. Il rêverait de faire la connaissance de la fille du jardin d’en bas… Heureusement, un chat circule d’un jardin à l’autre… Drôle et émouvant, ce boomerang révèle bien des surprises. Celui qui écrit n’est jamais celui que l’on croit !

Mots-clés : amitié, solitude, courrier

 

Présentation générale

Deux personnages très différents, une vieille dame aigrie et un jeune garçon solitaire, vivent dans le même environnement géographique. Un chat de gouttière leur rend visite quotidiennement et leur sert d’agent de communication en transmettant des messages écrits anonymes. Les deux personnages ne se voient pas, ne connaissent pas leur interlocuteur. Ils se construisent, chacun de leur côté, une image de l’autre et de leur relation à l’autre au regard de leurs connaissances, de leurs observations et de leurs envies.

Notre analyse

La collection Boomerang propose un cadre narratif particulier : il faut que le récit soit écrit selon deux points de vue avec une rencontre au centre du livre. Les ouvrages de la collection ne sont pas de qualité égale. Parfois un point de vue s’impose à l’autre, d’autres fois le point de rencontre semble quelque peu superficiel. Chat par-ci, chat par-là nous a séduits pour son équilibre et l’émotion qu’il dégage.
En effet, Chat par ci-Chat par-là est un récit bien construit dans le cadre imposé de la collection. On peut entrer dans l’histoire d’un côté comme de l’autre. Le point de rencontre est ouvert et ne bloque pas les personnages dans un croisement figé. En fait le choix d’un jeu à cinq personnages (la vieille dame, Sofiane, le vieil homme, la petite fille et le chat) permet de ne pas cantonner le récit à un échange de messages directs. Une grande place est laissée à l’imaginaire (qui écrit ? Le chat est-il un messager direct ou une opportunité ? ). La fin (voire les deux fins) reste ouverte (quelles réactions vont avoir le vieil homme et la petite fille ? que vont-il dire, penser ?)
Outre les situations parallèles (ou symétriquement opposées) entre les deux personnages principaux on pourra s’intéresser à la similitude des caractères. La vieille dame, comme le jeune garçon, est assez renfermée et solitaire. L’enfant est assimilé à une huitre, « une perle enfermée dans une coquille ». La vieille dame s’assimile elle-même à une vieille chèvre. Chacun a du mal à s’exprimer. Le passage par la poésie est assez sensible. Il donnera peut-être l’idée d’aller chercher d’autres poèmes de chat notamment Le chat de Baudelaire dans Les fleurs du mal.
Le prénom du chat (Lunes / Lundi) tend à s’interroger sur la symbolique de la dénomination. Faut-il prononcer Lunès ou lune ? Est-ce que le lundi est un jour faste ou un jour néfaste ? La vieille dame affirme qu’elle appelle le chat « Lundi » parce que « les chats sont aussi laids que les lundis ». Quelques lignes plus loin elle dit néanmoins « qu’elle attend quand même Lundi ». Sofiane dit lui qu’il adore « les lundis et les chats ».
Quelques citations sur le lundi peuvent donner à réfléchir :
– Le dimanche, les enfants s’ennuient. Vienne vienne la semaine, Lundi mardi jeudi, Car la rue est toujours pleine De lumière et de bruit ! Chanson de C. Trénet
– Le samedi est terrible, le dimanche terrifiant, le lundi apporte le soulagement. Tout le reste est une affirmation stupide et malveillante. Le samedi, l’orage se prépare, le dimanche il éclate, le lundi, le calme est revenu. L’homme n’aime pas la liberté, tout le reste est mensonge, il ne sait rien faire de la liberté. Thomas Bernhard
Sans parler du lundi au soleil de Claude François ! ou du « A lundi, si le cœur vous en dit » de Lucien Jeunesse dans le jeu des mille francs !

L’écriture malhabile de la vieille femme pourra déculpabiliser plus d’un élève. Même âgée, une grande personne peut encore faire des fautes d’orthographe ! L’aspect humain et sensible du récit allié à la simplicité des situations peut donner envie de jouer des extraits en saynètes (la visite du médecin par exemple)
Le site ricochet propose un avis bien argumenté sur le livre : http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/52805-chat-par-ci-chat-par-la

Pour accompagner les enfants

La question du point de vue : La collection Boomerang des éditions du Rouergue est vraiment originale. Elle permet de réfléchir sur les points de vue. Nous vous recommandons, dans cette même collection, le livre Mon frère est un cheval d’Alex Cousseau. Dans ce récit le point de vue d’un jeune homme issu d’une famille pauvre lié viscéralement à un cheval est confronté au point de vue d’une jeune fille issue d’une famille aisée qui aime l’équitation et la liberté.
L’idée de regarder par la fenêtre et d’imaginer la vie de chacun n’est pas nouvelle. Alfred Hitchcock l’a bien décliné dans son célèbre film Fenêtre sur cours. Ici chaque personnage s’invente une histoire selon son angle de vue. Le roman policier La villa d’en face de Boileau-Narcejac est conçu dans le même esprit. Un jeune garçon, bloqué chez lui car plâtré, voit et interprète les événements qu’il observe de sa fenêtre.
La question de la communication : A l’heure de la communication instantanée utilisant des supports informatiques multiples il peut paraître intéressant de s’interroger sur les moyens de communication, leur rythme, leur code… On pourra également réfléchir à la connaissance des interlocuteurs hors de leur présence : comment les imagine-t-on, dans quelle mesure les messages sont-ils interprétés ?
La question de l’amitié : Il n’est pas toujours facile de se faire des amis. On pourra s’interroger avec les lecteurs sur les façons de créer des liens d’amitié, sur les risques à prendre pour entrer en contact avec l’autre, sur les différentes formes d’amitié….