L’homme qui plantait des cactus

L’homme qui plantait des cactus
Auteur

Rémi Courgeon

Illustratrice

Vanessa Hié

Editeur

Rue du Monde – 2025

Gare aux épines, les enfants ! Le vieux Bacoco a entouré son manguier d’un labyrinthe de cactus pour ne pas qu’on lui vole ses fruits.
Mais c’était oublier la petite Asna !
Elle sait lire, un pouvoir que le vieil homme ne possède pas.
Alors lui vient une idée de génie afin qu’elle et ses amis puissent se régaler à volonté…

Mots-clés : amitié, lecture/écriture, relation adultes-enfants, individualisme

Présentation générale

Sur une île, tout en haut d’une colline, dans un lieu paradisiaque, il y a Bacoco et son manguier. Ce sont les personnages centraux de cette histoire. Bacoco est un vieil homme, solitaire, débrouillard mais qui est aussi « sec et avare ».

En effet, lui qui a grandi aux côtés de son manguier, lui qui aime tant ses mangues, il ne veut les partager avec personne. Ni avec les oiseaux et les makis de l’île, ni même avec les enfants du coin.
Bacoco a plus d’un tour dans son sac. Il élabore et met à exécution ses pièges pour éloigner tous les « prédateurs ». Il imagine même un plan « griffu » : il installe un labyrinthe de cactus, pour empêcher les enfants de voler ses mangues. Mais si quelques enfants déjouent ces obstacles épineux, ils se doivent de lui faire la lecture d’histoire, tout en respectant les conditions exigeantes du vieux.

Seule une enfant nommée Asna se montre aussi maline et résistante que Bacoco. Elle parvient à esquiver tous les pièges.

A mesure que la fillette reste sur les terres de Bacoco, elle découvre l’homme qui se cache derrière cet odieux personnage. Tandis que Bacoco apprécie de plus en plus la compagnie de cette petite fille impétueuse qui ne le craint pas. L’histoire se termine bien. L’amitié, la confiance et les partages sont les valeurs qui en ressortent.

Nos commentaires

Une histoire simple qui confronte un vieux bonhomme vraiment méchant aux enfants pleins de vie, notamment à une petite fille espiègle et volontaire. Le parti pris du lecteur ne fait aucun doute. Il faut que les enfants l’emportent et fassent plier cet adulte si mauvais. Oui, mais de quelle manière ? Comment adoucir un adulte aussi aigri ?

Le vieux n’a pas de nom. Le narrateur décide de l’appeler Bacoco parce que « Dans ce petit coin du monde, les vieux, on les appelle des « bacocos » ». C’est dire à quel point il manque de reconnaissance ! Il vit seul sur un petit coin de l’île. Son unique plaisir est de manger ses mangues. Bacoco ne supporte pas de les partager et il est prêt à tout pour éliminer les prédateurs. Il fait preuve d’une belle imagination en créant des épouvantails en forme de chat pour éloigner les oiseaux et une alarme en fil de clochettes pour éliminer les makis. Il a plus de mal à trouver une solution pour faire partir les enfants. Son labyrinthe de cactus lui demande beaucoup de travail mais c’est une réussite. Il a choisi des cactus déjà matures, plein de piquants. La page présentant les enfants, des aiguilles partout sur le corps, montre bien la panique engendrée par son installation infernale.

Quelques enfants arrivent néanmoins à trouver la sortie du labyrinthe. Mais arrivés sous le manguier ils se font prendre par Bacoco qui leur donne un gage : lui lire un livre « sans faute et en mettant bien le ton ». Pourquoi ce gage ? On pourrait croire que le vieil homme bourru, aigri, terre à terre, préfèrerait quelque chose de plus matériel. Alors, pourquoi lire serait une sanction ? Il est possible de penser que la lecture est, pour lui, un mauvais souvenir d’école. Il considère, peut-être à titre personnel, la lecture comme une chose désagréable, une punition. Il pense éventuellement que les enfants n’aiment pas lire. Ou bien Bacoco cherche déjà à se faire plaisir en écoutant une histoire. En tout état de cause cette demande étonnante est une étape du récit sur laquelle on peut s’arrêter pour émettre toutes sortes d’hypothèses sur ce que pense le vieil homme.

Asna est une « minuscule fillette » mais elle est très futée. Elle a « compris immédiatement le plan du labyrinthe ». Elle n’a aucun scrupule à se gaver de mangues devant Bacoco d’autant que le gage infligé lui plaît. Elle aime lire à haute voix. Elle voit bien que, au fil de ses visites, le vieux bourru s’adoucit et s’attache à sa présence. Asna accentue son avantage jusqu’à venir avec un panier à remplir de mangues pour ses amis. Elle risque gros mais elle a compris que Bacoco ne pouvait plus se passer d’elle car il aime trop les histoires et … Il ne sait pas lire. La jeunesse dynamique, généreuse, un rien effrontée, prend le dessus sur la vieillesse ratatinée et égoïste. Surtout, les histoires et leur partage l’emportent sur toutes les oppositions et toutes les discordes. C’est un bel éloge de la lecture qui permet de fédérer les générations et de s’ouvrir sur le monde.

L’album est souriant, joyeux. Les illustrations, essentiellement des collages sur fond blanc, apportent de la coloration et de la profondeur au récit. Bacoco est vraiment antipathique, surtout au début, mais la luxuriance de la végétation, les grimaces des makis, les sourires des enfants, les petites nattes dressées sur la tête d’Asna apportent gaieté et vivacité. La dernière double page qui montre Bacoco entouré de tous les enfants et d’une poule dans son hamac, lisant gentiment avec Asna et un maki contre lui est une ode à la lecture-plaisir. D’autant qu’un nouveau narrateur se mêle d’écrire la conclusion « Et en voyant tout ce petit monde, je me dis que la vie, elle devrait être toujours comme ça. » Une adresse aux lecteurs qui confirme le bonheur d’être ensemble et de lire !

Notre avis

Comme dans Le géant égoïste d’Oscar Wilde, un adulte idiot oppose un interdit brut et sans explication à des enfants. Comme dans le conte des mille et une nuit Asna, la petite héroïne, raconte à chaque vol de mangues une nouvelle histoire à Bacoco. Elle maintient ainsi le fil du récit et apprivoise le vieil homme.
L’homme qui plantait des cactus est un bel hommage à la lecture dans toutes ses dimensions relationnelles culturelles, émotionnelles. L’album montre que la lecture a le pouvoir de relier les lecteurs et les entendeurs grâce au bonheur de partager des mots, des mondes, des émotions. En fait il n’est nul besoin de choisir entre mangues et lecture. L’essentiel est de se régaler d’histoires !
Voilà un conte original, plein d’humour et de fantaisie, qui réjouira tous les lecteurs.

Pour aller plus loin

-Les éditions Rue du monde propose une présentation de l’album

Le géant égoïste d’Oscar Wilde dont nous avons parlé plus haut

Le géant égoïste - broché - Oscar Wilde - Achat Livre | fnac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

– Un petit roman pour les plus grands qui traitent de l’illettrisme d’un parent, Ni lire, ni écrire de Yves-Marie Clément.

Ni lire, ni écrire ! - 1