Histoires du soir pour enfants très courageux
| Auteur | Nikolaus Heidelbach |
|---|---|
| Illustrateur | Ole Könnecke |
| Editeur | Ecole des loisirs – 2025 |
Ce soir, Céleste et Boris vont rester tout seuls à la maison pour la première fois. Avant d’aller au lit, Céleste demande à son grand frère de lui raconter une histoire.
-Qu’est-ce-que tu veux comme histoire ? Une pour bébés, ou une qui fait peur ?
-UNE QUI FAIT PEUR !!répond Céleste, sans hésiter.
-Bon d’accord. Il était une fois une dame sans tête….
Prenez votre courage à deux mains avant de lire ces histoires et préparez-vous à frissonner, mais aussi à rire !
Mots-clés : fratrie, peur, lecture-écriture
Présentation générale
Boris est le grand frère qui est responsable de sa petite sœur pendant l’absence de ses parents, sortis dîner chez des amis. Mais comme il voudrait profiter un peu de cette liberté pour regarder un film à la télévision, il veut se dépêcher « d’expédier » la lecture de l’histoire promise à sa sœur pour pouvoir regarder seul des films d’horreur à la télévision qui lui est pourtant interdite.
Malheureusement pour lui, sa soirée ne se déroule pas du tout comme prévu.
Comme promis, il commence à inventer une histoire très triste avec un fantôme et des dangers multiples, mais sa sœur l’interrompt car cela l’ennuie. Il décide alors de changer d’univers et passe à celui du crapaud énorme….qui n’émeut pas plus la petite. Le ton monte alors entre les enfants, le grand s’énervant de ne pas réussir à endormir sa sœur et la petite jouant à faire peur à son frère, à lui demander des détails impossibles, interférant dans la narration en cours ou pleurant à chaudes larmes. Le tout dans des situations extrêmement drôles qui sont croquées avec vivacité et expressivité.
Céleste cherche plus à jouer qu’à écouter les histoires de son frère et le retient près d’elle à cause de la promesse de lecture qu’il doit honorer. Le grand, au bout du rouleau, finit par lui dire de raconter elle-même celle qui lui ferait peur. Ce qui ravit la fillette qui lâche les brides de son imagination et invente un univers complètement déjanté. Quand elle a enfin fini sa narration, c’est son frère qui dort ! Elle le rejoindra pour rester dormir à ses côtés.
Nos commentaires
Quel plaisir que cet album ! Le lecteur est happé du début à la fin par cette double narration.
• La première est bien sûr l’histoire entre les deux enfants qui se provoquent, se querellent, se moquent l’un de l’autre autant qu’ils le veulent car les parents ne sont pas là. Cette partie est dessinée par Ole Könnecke sous la forme d’une petite BD type cartoon, alerte et vivante qui relate tous les dialogues entre le frère et la sœur. Il les illustre par un tracé minimal focalisé sur les expressions des enfants et par leurs paroles traduites en de multiples polices appuyant sur la colère, la joie, la dispute, la tristesse par des onomatopées ou de très courtes phrases. Ce sont des passages très théâtraux.
• La deuxième partie est constituée par les dessins de Nikolaus Heidelbach qui reprend les inventions de Boris pour les illustrer sur la page faisant face à sa narration. Ces illustrations-là sont magnifiques et fascinantes, et peuvent effectivement faire peur au jeune lecteur : enfant devant traverser une passerelle face à un fantôme effrayant, infante confrontée à une énorme plante carnivore ou dragon-monstre crachant le feu sur un enfant…Ces dessins sont de véritables tableaux, inspirés de Vélasquez, Anthony Browne ou Claude Ponti, d’une très belle qualité graphique, avec des coloris sombres et inquiétants et des créatures fantastiques originales.
Ces pages très différentes se font face, ce qui complète par une représentation graphique l’imagination très riche mais souvent horrifique de Boris et oppose l’immobilité des œuvres au récit de la soirée agitée et croquée avec légèreté et dynamisme. L’ensemble est humoristique et très original.
On comprend que cet album ait été primé à la Foire de la Littérature de Jeunesse de Bologne de 2025 et on espère qu’il plaira également aux jeunes lecteurs qui le découvriront.
Notre avis
Il y a beaucoup à lire dans cet ouvrage. Les pages de texte sont très fournies et les illustrations sont à détailler pour les mettre en relation avec les échanges entre les enfants. Cela se fera facilement pour des petits lecteurs qui pourront se retrouver dans la situation de base. En revanche, il sera un peu plus compliqué de dépasser ce stade pour réfléchir sur les attitudes des deux enfants.
Pourquoi Céleste fait-elle tant traîner ce moment ? (On peut penser à Shehérazade qui retient son mari par une histoire pour éviter le lever du jour et sauver sa tête)
Quels sont les états d’esprit de Boris et ses sentiments au fil de cette soirée ? Le lecteur perçoit-il son agacement, la perspective de son plaisir télévisuel gâché et sa patience aussi ?
Pourquoi la plus jeune ne s’intéresse-t-elle pas aux histoires inventées par son frère mais se régale de celles qu’elle invente elle-même ? Que cherche-t-elle vraiment ?
Quels sont les caractères que l’on sent poindre sous les attitudes de ces deux personnages ?….
L’adulte peut aussi chercher à inventer avec l’enfant les histoires illustrées sur les pages de gauche…ou celles que Céleste invente à la fin du livre !
Quant à la dernière page de l’album, elle fera sourire avec tendresse autant les adultes que les enfants qui penseront à tout ce que les parents ne savent pas mais que eux, lecteurs, connaissent !
Pour aller plus loin
• On pourra aller voir sur Internet des compléments d’information sur deux auteurs-illustrateurs qui ont de belles références : Nikolaus Heidelbach / Ole Könnecke
• On pourra aussi découvrir L’histoire de la petite fourmi qui voulait déplacer des montagnes de Mickaël Escoffier et Chris Di Giacomo /Frimousse Editions – 2008
Une mère s’apprête à raconter à sa petite fille l’histoire d’une fourmi qui voulait déplacer des montagnes. Mais l’enfant lui réclame plutôt une histoire de dragons. Finalement, c’est elle, grâce à son imagination débordante, qui finit par raconter l’histoire.
Un album original qui permet de vivre la construction d’une fiction. Le jeune lecteur appréciera également l’inversion des rôles entre conteur et auditeur (entre adulte et enfant).