La chanson de l’arbre

La chanson de l’arbre

Au cœur de la jungle poussait un arbre immense. Oiseau se sentait si bien dans ses branches. Mais l’automne arriva et il fut temps de partir. Oiseau, lui, ne voulait pas quitter son arbre. Alors, il écouta le chant des animaux. Il écouta la mélodie des papillons, la chanson du vent, des étoiles et de toute la forêt… qui l’encourageaient.
Un merveilleux conte, joyeux et réconfortant. Un hymne à la nature, à la découverte du monde et de soi-même.

Mots-clés : nature-écologie, nuit

Présentation

La chanson de l’arbre est un album très particulier. Non seulement il raconte une jolie histoire mais c’est aussi un livre poétique, une chanson illustrée, un livre jeu…

Le récit est simple. Un petit oiseau rouge vit dans un bel arbre au milieu de la jungle. La saison des pluies arrive. Il est temps pour tous les oiseaux de quitter leur nid pour « d’autres pays, d’autres parfums ». Or le petit oiseau s’inquiète pour son arbre. Que va-t-il devenir lorsque ses habitants seront partis ? (« Quand les pluies tombent à verse, qui s’abrite sous tes branches, qui fait bruisser les feuilles ? Qui caresse ton écorce et te berce le soir ? »)

Alors que tous ses congénères s’envolent vers de nouveaux horizons, le petit oiseau décide de rester. Après le silence de la nuit, il découvre les nombreux habitants qui vivent au sein de l’arbre et lui tiennent compagnie : les lucioles, les guépards, le paon, les singes, les caméléons, les papillons lui apparaissent au fil de son ascension. L’oiseau est émerveillé, rassuré. Il écoute le vent qui lui chante qu’il doit partir.A l’aurore, ébloui devant la beauté de la nature, l’oiseau entonne une chanson pour l’arbre avant de s’élancer dans le ciel. (« Quand les pluies tombent à verse, tout un peuple s’abrite sous tes branches. Il fait bruisser tes feuilles, il caresse ton écorce le soir. Quand je ne serai plus là, c’est lui qui te protègera. »)

On lit à chaque page, la puissance de l’arbre, la beauté des êtres vivants, la magie de la nature. Les illustrations de Coralie Bickford-Smith donnent une profondeur presque quasi mystique au récit. C’est stylisé, c’est beau !

Notre analyse

Il y a d’abord le livre en tant qu’objet. Un arbre éclatant de verdure tient le devant de la couverture, bien centré au milieu d’étincelles de feuilles et d’oiseaux. Avec ses différents petits personnages et son titre inscrit dans un phylactère cette première illustration (et celles qui suivent) fait penser aux peintures médiévales. Le papier est granité comme le tronc de l’arbre. L’ensemble est souple, invitant au feuilletage. Tel un minuscule troubadour le petit oiseau à l’origine du phylactère attire le regard avec sa couleur rouge. L’ensemble est lumineux.

La couleur est un élément très fort de l’album avec un code pour le jour et un code pour la nuit. Le jour est marqué par une couleur principale, le vert avec une palette très riche : vert tendre, vert bouteille, vert émeraude… Quand vient la nuit tout devient noir, bleu, rouge ou blanc. Cette fois les couleurs sont franches, tranchées et pourtant totalement en harmonie. Au-delà de la couleur l’auteure-illustratrice utilise une technique de graphisme très riche. Chaque élément représenté est rempli avec quantité de graphisme : feuilles, lignes brisées, lignes obliques, pointillés, tirets… Le mariage entre les couleurs et les choix graphiques donnent un style très personnel dont l’esthétisme ne fait aucun doute.

L’arbre est toujours planté, solide et majestueux au milieu de la jungle ou au cœur des pages. Son feuillage est épais, ses branches sont ondulées, son apparence graphique est remarquable. Quand vient la nuit l’arbre s’habille des couleurs de la nuit sans rien changer de ses formes. Il ne parle pas ni ne réagit. Il est là, stable, solide. Il abrite tout son monde dans le calme et la sérénité.

A l’opposé de la force de l’immobilité représentée par l’arbre il y a des forces dynamiques représentées par les oiseaux et le vent. Les oiseaux migrateurs, quand ils sont posés, font fusion avec l’arbre par leur couleur et leur graphisme. Quand ils s’envolent ils sont représentés en trois files indiennes sur fond blanc, comme trois traits pointillés qui traversent les pages. Le vent les accompagne par un graphisme bleuté oblique très aérien que l’on retrouve à la fin du récit lorsqu’il intervient auprès de l’oiseau rouge. Le texte épouse à chaque fois le mouvement, suivant le tracé des vols et l’orientation du vent.

L’oiseau rouge apparaît presque sur toutes les pages. En plan large c’est un petit point coloré, en gros plan c’est un oiseau comme les autres qui se différencie juste par sa couleur. Il est bien repérable sur le fond vert du jour, il est d’autant plus visible sur les fonds bleu et noir de la nuit. Au début de la nuit, le petit oiseau est seul, posé sur une branche basse de l’arbre, grandiose, dessiné verticalement sur une double page. Il ne voit pas encore tous les animaux-habitants de l’arbre situés au-dessus de lui. On retrouve la même construction de double page à la fin du récit pour marquer le jour qui renaît. Cette fois l’oiseau est au faîte de l’arbre. C’est là qu’il entonne son chant de l’arbre, juste avant de s’envoler.

L’espace et le temps de la nuit sont totalement féériques. Il y a d’abord les lucioles qui, avec leur scintillement, laissent apparaître une végétation rouge, aussi rouge que l’oiseau autour de l’arbre. Viennent ensuite les autres animaux introduits par un jeu astucieux du détail : un élément de leur apparence en page droite annonce leur présence sur la double page qui suit. Les léopards au graphisme mosaïque sont magnifiques. Le paon est éblouissant avec sa longue queue occupant toute une page. Les singes en pointillisme semblent sauter et voler. Les caméléons, l’un en positif, l’autre en négatif, sont mystérieux. Les papillons envahissent l’espace. Les animaux plus ou moins camouflés par le jeu graphique semblent totalement intégrés dans leur environnement.

L’album prête à l’observation et à la surprise. Outre l’étonnement de la découverte des habitants de l’arbre la nuit, le lecteur pourra s’amuser à observer la jungle avec sa diversité végétale et quelques animaux qui apparaissent à l’envie (singes, éléphant, gazelle…). Il pourra également s’amuser à repérer dans l’arbre tous les habitants cachés dans son feuillage.

Le texte est musical, les phrases sont courtes et rythmées, les mots font échos entre eux. Les énoncés sont simples mais aussi énigmatiques. Ils ont tendance à désorienter le lecteur dans la mesure où ils offrent peu de perspectives explicites. Chaque page interroge sur ce qui va pouvoir se passer ensuite.

Habilement intégrée aux illustrations, l’écriture apporte une véritable dynamique à l’histoire. Présenté sur une ligne oblique le texte suit le vol des oiseaux et souligne ainsi leur arrivée ou leur départ. Les phylactères qui habillent les paroles des animaux traversent les pages de façon aérienne. Leur forme offre une écriture rythmée comme l’écriture poétique. La narration externe est située dans des encadrés souvent en milieu de page comme des temps de pause, juste pour écouter et mieux comprendre.

L’ensemble texte-images forme un bel hymne à la nature sauvage sans sauvagerie que nous avons beaucoup apprécié en tant qu’adulte. La question qui se pose est la façon dont un jeune lecteur s’emparera de l’album. Est-ce qu’il aura envie de connaître l’histoire dans son entité ? Est-ce qu’il ne fera que regarder les illustrations ? Est-ce qu’il s’arrêtera uniquement sur quelques pages qui lui plaisent ? Il nous semble que Coralie Bickford-Smith donne justement à chaque lecteur la possibilité de se promener à sa guise dans son livre.

Pour prolonger la lecture

Un nid pour l’hiver de Bernard Villot illustré par Zaü, coup de cœur 2015, raconte une histoire d’oiseau dans la forêt avec des illustrations graphiques très réussies également. Mais ce ne sont pas du tout les mêmes gammes de couleurs !!!!!