Le Jardin d’Evan

Le Jardin d’Evan
Auteur

Brian Lies

Traduit par

Françoise De Guibert

Editeur

Albin Michel Jeunesse – 2019

Evan et son chien sont inséparables. Par-dessus tout, ils aiment prendre soin de leur beau jardin : tout ce qu’ils y plantent devient majestueux. Mais un jour, l’impensable se produit : le chien d’Evan meurt.
La vie s’arrête pour Evan, et son jardin lui devient intolérable. En proie à une colère terrible, il le saccage à coups de cisailles, avant de laisser les mauvaises herbes l’envahir et le transformer en lieu de désolation. Jusqu’au jour où une pousse sinueuse se glisse sous le portail, donnant naissance à une citrouille qui grossit, grossit…

Mots clés : deuil, émotion, jardin

Présentation

Un très bel album qui aborde avec délicatesse la question de la mort et du deuil. Outre une illustration soignée qui joue sur les formats, les couleurs, les lumières… le texte exprime en peu de mots mais de façon très juste l’évolution des états d’âme du Renard qui passe du bonheur au désespoir, de la colère noire à l’acceptation.

Analyse

Le jardin d’Evan est un livre fort. Des métaphores simples et profondes évoquent avec subtilité le sujet difficile du deuil. Le jardin est le révélateur de la vie et de la mort. Le travail de la terre, les plantations, les beaux légumes sont du côté de la vie. Les débris, les mauvaises herbes, la taille monstrueuse des buissons sont du côté de la mort. Ils correspondent à la phase dépréssive du Renard qui n’arrive pas à dépasser sa peine. Entre ces deux extrêmes s’immisce « une tige épineuse » avec « des larges feuilles velues et des vrilles tordues » que le Renard ne touchera pas.

La forme particulière du plant de citrouille prête à réfléchir à son aspect sauvage, peu domestiqué. Est-ce une herbe folle, une sorte de lierre ? Est-ce une plante potagère ? En tout état de cause l’auteur américain n’a certainement pas choisi cette courge au hasard. Le potiron est un symbole fort aux Etats Unis. Tout d’abord il est traditionnellement dégusté sous forme de tarte lors de la fête du Thanks Giving day en souvenir d’une période de pénurie alimentaire des pionniers. Ensuite il est devenu l’emblème de la fête d’Halloween, le moment où les vivants et les morts se rencontrent. Il faudra certainement informer le jeune lecteur de ces différents éléments. Il sera également nécessaire de préciser l’importance donnée à la culture de la citrouille Outre-Atlantique et d’indiquer l’existence de concours de citrouilles géantes dans de nombreux états.

L’histoire est triste, bien évidemment. Mais on notera que le mort touche un animal et non un parent ou un membre de la famille. Evan est un renard anthropomorphisé, il est vêtu, marche sur deux pattes. Son chien reste sur quatre pattes, il ne porte qu’un collier. L’album peut être une médiation lors de la disparition d’un animal de compagnie. Il montre les émotions fortes que peut engendrer la perte d’un compagnon à quatre pattes mais il montre également la résiliation lorsqu’on se tourne vers un nouveau compagnonnage. A la fin du récit le lecteur se trouve d’ailleurs directement confronté au choix du Renard par un habile jeu du texte et de l’image. Le coup d’œil du renard dans la boîte en carton interpelle le lecteur qui ne verra jamais la tête du chien, silhouette juste suggérée dans la voiture en dernière page. C’est une jolie fin qui ne dévalorise en rien les différents passages émotionnels du Renard.

Analyse des images

Les jeux de lumière sont remarquables tout au long du récit : une pleine lumière illumine la belle vie des deux compagnons jusqu’à la double page sur fond blanc de la mort du chien, la lumière tombante s’opposant à une lumière blanche, crue et diffuse de la mort ; le contre jour du renard qui regarde son jardin dans l’obscurité de sa maison ; l’absence de lumière franche tout au long de la période de deuil et enfin la lumière éclairante revenue en fin d’album.

Le travail sur les points de vue est également formidable tant il donne à comprendre les situations : un plan de profil et de dos pour la mort et le deuil, un plan rapproché lors de l’expression directe de la colère, des plans éloignés lors du deuil, puis une plongée pour montrer le plan de citrouille suivie d’une contre-plongée du renard qui regarde la plante, et un retour aux différents plans et présentations des premières pages.
Nous pouvons également valoriser la mise en image du personnage Renard que l’on voit sourire, lever la tête pour sentir le bon air au début du récit. Mais que l’on voit également abattu (tête baissé, regard vide, oreilles baissées), en colère (yeux et bouches fermés), désespéré (toujours en mouvement, oreilles basses, yeux cachés derrière des lunettes), apaisé (regard doux, attitude fixe), content (œil vif, bouche ouverte).

Pour prolonger la lecture

Albertus , l’ours du grand large (Laurence Gillot et Thibaut Rassat, Milan), est un livre qui parle également de la mort, et du deuil. Vous le trouverez une analyse de cet album sur notre site.

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Brian Lies présente différents titres sur son site personnel http://www.brianlies.com/. On y apprend que le jardin d’Evan (en anglais The Tough Patch) a déjà gagné différents prix dont le Cadecott Honor Book et ALA notalbe 2019.