le jour où j’ai grandi

le jour où j’ai grandi
Auteure

Madeline Roth

Illustratrice

Lucile Michieli

Editeur

L'étagère du bas – 2022

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Louve se réveille un matin avec le sentiment que, ça y est, il est temps pour elle de grandir. Elle se rend seule dans la forêt et, là, entourée de cette nature qu’elle connaît par cœur, elle réfléchit. Qui est-elle vraiment, qui souhaite-t-elle devenir ?
Le fil de ses pensées se déroule, elle songe à sa famille et à son père qui n’est plus là, à tout ce qu’elle voudrait leur dire.
Au pied de son arbre favori, elle écrit trois lettres dans lesquelles elle laisse tout ce qui pourrait l’empêcher d’avancer…

Mots-clés : famille, nature, intiation

Présentation générale

Le 31 décembre, Louve se réveille avec l’impression que cette nouvelle année qui arrive va lui permettre de grandir. Elle prend la résolution de tout changer et de décider seule de sa vie. Elle va en forêt pour y réfléchir et c’est son cheminement intellectuel que cet album nous propose de suivre.

Nos commentaires

Louve est à l’âge des changements, du passage de l’enfant à l’adolescente. Elle ressent le besoin de faire un point sur sa vie et de choisir elle-même comment la continuer. Elle opère une espèce d’introspection qui lui permet d’analyser ce qu’elle a vécu, de revenir sur « ces petits cœurs opposés qui semblaient s’affronter au-dedans d’elle », l’un l’incitant à agir et avancer, l’autre la retenant et lui conseillant de rester en place.
Ce matin-là, elle est sereine et décidée, elle sait qu’elle va puiser dans la forêt les forces qui vont l’aider à avancer seule et à prendre les bonnes décisions. Elle se rend auprès de son arbre préféré, un cerisier qui lui a servi de confident. En lui disant « Au revoir », Louve lui rappelle les moments qu’elle a partagés avec lui, ses exploits et ses chutes, ses trésors et ses repères.
Débarrassée de ce qui a fait son enfance, elle se pose enfin des questions sur qui elle est devenue. C’est une jeune fille solitaire et silencieuse et elle doit accepter cette part d’elle-même pour sa vie à venir. Mais elle doit aussi être en harmonie avec les siens ; pour cela elle écrit trois lettres : l’une à son père décédé, une à sa sœur partie de la maison et une à sa mère avec qui la communication est devenue un peu difficile. Dans ces missives, Louve leur donne tous les mots qu’elle aurait voulu leur dire sans l’avoir jamais fait, comme si elle se dépouillait du poids du passé mais les assurer de son amour.
Le retour à la maison est difficile. Louve est émue, elle pleure, elle a « une petite pique au cœur à l’idée de s’en aller, et comme une grande page blanche avec tout à écrire ». Elle peut maintenant commencer la nouvelle année sereine et grandie.

Notre avis

L’écriture de Madeleine Roth est délicate et poétique. Elle trace le portrait d’une jeune adolescente sensible qui cherche son chemin et veut choisir sa vie. La nature environnante est sa nourriture, elle puise ses forces dans les arbres, la rivière, les oiseaux et le silence pour réussir à assumer ses choix. Elle revoit dans cet endroit ce qu’elle a vécu et qui elle est devenue.
Le texte est très travaillé avec de jolies expressions qui interrogeront peut-être les enfants comme « toucher le silence », « elle pleure dans un sourire », « elle n’a pas de bouclier »…. C’est une belle façon de raconter la bascule de l’enfance à l’adolescence.

Les illustrations de Lucille Michieli n’ont pas fait l’unanimité de notre comité de lecture car l’héroïne y est représentée trop jeune par rapport au propos du livre. En revanche, la nature omniprésente montre bien sa symbiose avec Louve, dont le nom rappelle d’ailleurs son caractère un peu sauvage. Certains plans larges comme celui des berges de la rivière semblent même engloutir la jeune fille par leur végétation. Un plan zoom sur ses pieds illustre sa fusion avec le sol : « Quand elle marche dans la forêt, Louve est avec elle, rien qu’avec elle. » Des plans plus rapprochés insistent sur une connivence avec les animaux de la forêt et en particulier avec un oiseau. Celui-ci l’accompagnera ensuite jusqu’à son trajet de retour.
C’est ce qui est un peu décevant car les illustrations semblent de simples mises en images du texte alors que le contenu de cet album aurait mérité une autre approche, peut-être plus axée sur les émotions. De la même manière, l’utilisation des pages crayonnées en noir et blanc comme expression du passé laisse peu de place à l’interprétation.
C’est un peu l’ambigüité de cet album qui, par son format et ses illustrations pourrait s’adresser à de jeunes lecteurs, alors que le propos qui aborde la fin de l’enfance et l’envie de grandir concerne davantage les jeunes collégiens. Il permet néanmoins d’aborder ce passage avec les jeunes et de les inciter à exprimer comment ils vivent, eux, cet espace- temps charnière.