Le malotru

Le malotru
Auteur

Bernard Villiot

Illustrateur

Léo Méar

Editeur

Editions Margot-2021

Au bout d’une longue rue, en haut
d’un gigantesque tas de détritus, vivait un malotru.
Un grossier personnage, barbu et bourru,
qui habitait une maison biscornue.
Quand on lui reprochait d’être
un mauvais exemple pour la jeunesse,
il répliquait :
« PARLE A MES FESSES ! »

L’éditeur propose sur son site une présentation sous forme de feuilletage

Mots-clés : écologie, liberté

 

Présentation de l’histoire

Le Malotru vit seul au bout du village, sur un tas de détritus. C’est un odieux personnage qui déteste les enfants et se moque de tout le monde. Jusqu’au jour où il se retrouve enfoui dans ses déchets et a besoin des autres pour s’en sortir. Cela l’amènera à devenir plus gentil et poli et à créer des liens avec son entourage tout en respectant l’environnement.

Notre avis

Le Malotru était jadis un vilain garnement mal élevé que ses parents n’ont jamais réussi à éduquer. Il était malpoli, capricieux, exigeant et grossier. En grandissant, il est devenu un ogre ignoble, sale, qui s’acharne sur les enfants et cherche à embêter tous les habitants. Evidemment, il s’est mis tout le monde à dos. Les enfants le craignent, les adultes ne supportent plus les odeurs épouvantables de ses déchets ni sa pollution sonore dont il abuse pour asseoir sa personne sur la ville. C’est le type même du « sans-gêne » qui se croit tout permis, qui empiète sur le domaine commun qu’il s’approprie et ne supporte aucune remarque.

Bien qu’il suscite le dégoût et la colère de ses voisins, personne n’ose s’attaquer à ce monstre qui effraie les enfants et est en fringale permanente et dangereuse.

Le langage du Malotru est très coloré et suranné, tout en étant provocateur et agressif. L’auteur a choisi un registre qui permet de montrer ce vocabulaire haut en couleurs tout en offrant la possibilité d’en rire. Il utilise les rimes, les assonances et les allitérations pour amuser le lecteur et faire de cette histoire un livre à lire à voix haute qui trouvera l’adhésion des jeunes enfants.

Il introduit un rythme de lecture qui mêle comparaisons osées et fronde mesurée : il se moquait des leçons de ses parents « comme de son premier caleçon », il refusait la politesse en en faisant « des tresses », préférait la puanteur qui est « mieux que l’odeur des fleurs », et répliquait aux remarques qu’il était un mauvais exemple pour la jeunesse par un tonitruant « Parle à mes fesses ! ».

Ce personnage en veut au monde entier et s’oppose à toutes les conventions. Sa situation, seul, en haut d’une montagne de détritus, le montre en dominateur des autres dont il n’attend rien et qu’il snobe de sa suffisance. Aussi quand il tombera et restera enseveli dans ses détritus, on y verra également la chute d’un « despote » qui perd son pouvoir et devient dépendant des autres qu’il a toujours méprisés. Il peut faire penser à Shrek ou à Moi, moche et méchant ou encore au géant d’Oscar Wilde.

Mais le Malotru va évoluer puisque cette chute va le noyer sous les ordures et qu’il va devoir faire appel aux autres pour sortir de cette situation. Les enfants auront là leur revanche car ils vont négocier leur aide contre de la politesse et de la gentillesse. On termine donc cet album sur une note optimiste et tendre qui permet à chacun de retrouver sa place dans une relation apaisée.

Si le texte est audacieux et peut choquer certains adultes, les illustrations qui l’accompagnent renforcent le caractère des personnages : petite tête sur un énorme corps et air renfrogné en permanence pour le Malotru, population courbée sous le poids des nuisances à supporter, enfants à grosses têtes rondes sympathiques mais effrayés par cet ogre qui les menace. Les couleurs chaudes et les traits fins et précis donnent une belle esthétique à l’ensemble. Les cadrages en plongées et contre-plongées accentuent le malaise et l’isolement pour montrer toute la place que prend cet anti-héros. Deux passages à la nuit, l’un quand il joue seul de l’hélicon devant un feu pour accentuer son pouvoir de nuisances et l’autre, en contrepoint, lors de sa chute dans du noir abyssal démontrent le talent de l’illustrateur, Léo Méar. Comme la multitude de détails qui animent ces tableaux et que les enfants aimeront identifier pour s’en offusquer ou s’en amuser. On remarquera aussi une histoire dessinée en parallèle : celle de la souris qui ponctue chaque texte : perdue dans un carton de détritus qu’elle va vider peu à peu pour y découvrir un mini-hélicon identique à celui du Malotru, elle va ensuite faire le ménage autour d’elle comme ce dernier va être obligé de le faire pour survivre.

C’est une bonne idée que d’aborder cette question du vivre ensemble par le biais de l’humour. Car ce Malotru qui fait peur à tout le monde et ne peut pas vivre avec le reste de la ville est acculé à changer pour survivre et comprendre alors qu’une harmonie est possible si chacun y met du sien et respecte les autres. Cerise sur le gâteau, l’écologie est présente et montre que l’environnement est également à respecter pour le bien être collectif.

C’est une histoire très morale sans être pesante dans ses injonctions. La tonalité humoristique du récit aide à faire passer le message et montrer que la politesse est une nécessité pour vivre en société.

Pour aller plus loin

On pourra aller vers des histoires d’ogres ou de géants méchants qui deviennent gentils grâce à des enfants comme :

Le geant de zeralda L'ogre odieux Le Festin des affreux

Mise en ligne, mai 2022