L’empereur et son fils

L’empereur et son fils
Auteure

Catherine Pallaro

Illustratrice

Judith Gueyfier

Editeur

Didier Jeunesse – 2022

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Il était empereur. Son palais était somptueux, son empire immense, et son peuple l’aimait, mais l’impératrice et lui n’avaient pas d’enfant. Lassé qu’on lui réclame un héritier, il décide avec sa femme d’adopter. Les enfants de l’empire reçurent une poignée de graines : celui qui reviendrait avec la plus belle plante deviendrait leur héritier. Dans un lieu reculé, un jeune garçon tente de faire grandir les graines, aidé de son grand-père. Mais rien ne pousse. Le jour de la convocation au palais, il est bien honteux : son pot vide fait pâle figure aux côtés des myriades de fleurs des autres enfants. Mais le plus méritant n’est pas toujours celui qu’on croit…

Mots clés : sagesse, famille, courage

Nos commentaires

Ce conte est une nouvelle version d’un conte chinois adapté également en Afrique de l’ouest. Tout en gardant la trame de base de cette histoire, Catherine Pallaro a introduit des éléments qui donnent de l’épaisseur aux personnages : celui du couple impérial est fort. L’empereur refuse de répudier sa femme pour son infertilité et propose une solution alternative : l’adoption. La graine qu’il donne aux enfants est un symbole de fertilité. Et l’appel à tous les enfants du royaume montre l’esprit d’égalité qu’il veut mettre en œuvre.

Le corps principal du récit se déplace alors sur un enfant particulier, car orphelin, que nous allons suivre et qui va, avec son grand-père essayer de faire pousser sa graine. La présence de l’aïeul est importante car elle nous place dans cette même volonté de transmission que cherche l’empereur dans son successeur. Mais l’enfant est malheureusement, lui aussi, touché par une infertilité, celle de sa plante. Et malgré ses efforts que l’on suit peu à peu, sa plante ne croît pas. Cela mènera à un nœud narratif où les personnages se répondent en miroir et pour lequel il va falloir les faire se rencontrer.

Le grand-père se révèle être lui aussi une belle personne. Il veut tenir sa parole et incite son petit-fils à aller présenter sa plante à l’empereur bien qu’elle n’ait pas poussé. Mais l’enfant a peur du ridicule et se fait violence pour y aller. On suit donc son voyage jusqu’au palais, avec son envie de laisser tomber le pot pour qu’il se brise, avec le pot qui s’alourdit de son appréhension et son arrivée au palais parmi « une myriade de fleurs » apportées par tous les autres enfants. Le petit se cache derrière son grand-père mais celui-ci le dévoile, « rouge de honte ».

Cette rencontre dissymétrique, petites gens contre le pouvoir des grands, tournera à l’avantage des petits en valorisant leurs qualités. C’est l’impératrice qui terminera ce récit en expliquant la ruse employée. En effet, les graines données ne pouvaient pas pousser puisqu’elle les avait stérilisées. Elle reconnaîtra en l’enfant celui qui a su être humble, ne pas tricher et elle le choisira pour fils.

Les illustrations sont somptueuses, largement inspirées des motifs ousbeks qui leur donnent une coloration douce. Judith Gueyfier a fait le choix de laisser les visages en blanc et gris, comme crayonnés au milieu des couleurs finement appliquées, ce qui leur donne de la force et des expressions bien mises en valeur. On y sent l’insistance des conseillers, l’amour du couple impérial, la tendresse du grand-père pour son petit-fils, la déception de l’enfant et ses réticences. Et le magnifique portrait final de l’impératrice montre son affection et sa satisfaction.

Certaines doubles-pages nous immergent totalement dans les paysages, villes et costumes de ce pays (l’empereur contemplant son pays, le voyage des messagers à travers l’empire, les étapes du voyage, l’arrivée au palais, l’accueil de l’enfant dans sa nouvelle famille), nous aidant à comprendre son contexte géographique et politique. D’autres illustrations, sur une seule page, appuient sur la proximité des principaux personnages (visite des conseillers, anxiété de l’enfant, voyage long et difficile, joie de l’impératrice) et nous centrent sur leurs interactions et leurs sentiments.

Des détails agrandis, parsemés ça et là, montrent l’importance de certains éléments du récit comme les graines dans un bol, la relation entre le grand-père et son petit-fils, le pot de terre dans lequel rien n’a poussé, le nécessaire de voyage (baluchon, chaussures, nourriture et boisson), les mains jointes du couple et leurs visages radieux.

Enfin, de petites vignettes, sous forme de mini bandes dessinées mettent en images les actions qui sont données dans le récit.
Sans compter sur les différentes techniques d’assemblages de scènes, de superpositions de moments pour dérouler le temps et de décorations type enluminures qui magnifient les pages sans les alourdir.

Notre avis

Quel bel ouvrage ! Cette écriture est simple et donne un livre parfait à lire à voix haute. Les thèmes développés – l’humilité, la honte, l’échec, la sincérité – le sont d’une manière sensible et forte. On y perçoit aussi en creux une réflexion sur le pouvoir, le couple et la famille qui ne sont pas principales mais trouvent leur place facilement. C’est un bel écrin pour les compositions de l’illustratrice qui explosent en créant un environnement poétique et saisissant.

Les enfants n’auront pas de peine à s’identifier au jeune héros et sauront découvrir tout ce qui est dit par l’image en la détaillant peu à peu et en l’articulant au texte.

C’est un très beau livre, intelligent et porteur de valeurs importantes, que l’on aura plaisir à partager.

 

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Mise en ligne en novembre 2022