Lucky Joey

Lucky Joey
Auteur

Carl Norac

Illustrateur

Stéphane Poulain

Editeur

Pastel – 2020

Joey l’écureuil vit avec sa famille dans un grand parc à New York. Rapide et agile, il aime son travail malgré les risques. Joey est laveur de vitres ! Du haut des immeubles, Joey rêve de voyages et de mariage avec Léna, son amoureuse. Tous les deux travaillent dur pour que leur rêve devienne réalité. Se laisseront-ils rattraper par les aléas de la vie ou la chance de Lucky Joey finira-t-elle par tourner?

Mots-clés : amourdestin 

Notre approche

La première de couverture de cet album attire d’emblée le regard. Un grand format. Des personnages inhabituels. Une scène onirique de la construction de New York dans les années 50 avec la poutre suspendue et la plongée sur les bâtiments déjà construits. Les couleurs pastel et le flouté de la ville apporte un aspect cotonneux et douillet. Le doux baiser de la femelle écureuil et le sourire radieux de son bien-aimé ouvrent à l’optimisme. Sans aucun doute le lecteur s’engage dans une histoire tendre entre deux petits animaux vifs et sympathiques.

Lucky Joey présente plusieurs niveaux de lecture. C’est une fable qui parle d’amour. C’est une histoire d’amitié qui promeut la cuisine comme l’art du partage. C’est un récit qui fait état des difficultés qu’on peut rencontrer dans le monde du travail comme les accidents, le chômage. C’est aussi un récit témoin d’une époque et d’un pays.

Les jeunes enfants découvriront au travers de très belles illustrations les péripéties et de Joey et Léna, deux écureuils amoureux de Central Park. Des lecteurs plus aguerris pourront y lire un récit davantage contextualisé qui raconte en partie l’Amérique des années 50.

Un superbe album. Des images prégnantes. Un texte chantant. C’est un plaisir de le lire !

Nos commentaires

L’histoire est simple dans sa construction et dans son déroulé. Joey, le personnage principal, est petit, sensible, doux, souriant, courageux, travailleur. Il suscite d’emblée la sympathie. Comme dans un conte il reçoit en héritage une espèce d’objet magique (la noix dorée) dont il ne connaît pas à priori le pouvoir. Confronté à une terrible épreuve de la vie, il doit trouver une solution. Grâce à son courage, son intelligence, sa persévérance et aussi à la chance il parvient à se tirer d’affaire.

Joey a un caractère positif. Il déclare dès la première page : « J’ai un métier que j’aime bien. Tous les jours, c’est mon jour de chance. Mon pays, c’est la chance. Appelez-moi Lucky Joey! ». Son rêve est de se marier avec Léna et de partir en voyages de noce. Mais un écureuil, c’est tout petit, surtout dans cette grande ville ! Que peut-il faire, confronté à des obstacles qui s’accumulent et aucune aide extérieure ? Heureusement il y a l’amitié avec l’ours et l’amour avec Léna, les deux éléments clés qui lui permettent de trouver une issue heureuse.

L’optimisme de Joey et sa réussite correspondent tout à fait au rêve américain. A hauteur d’enfant Joey envoie un message positif, croire en l’amour, en l’amitié et tout faire pour réaliser ses rêves. On peut également assimiler Joey à un self made-man, un homme entreprenant qui réussit grâce à son courage, sa détermination et son ambition.

Luckey Joey nous invite à pénétrer dans un univers citadin mais aussi animalier. Bien sûr il y a les écureuils de Central Park. Mais on rencontre aussi un crocodile, une oie, un blaireau, un ours, une dame lapine, un cochon… Chaque animal, anthropomorphisé, est dessiné de façon réaliste et expressive. Le jeune lecteur devinera d’emblée les caractères de chacun, la cruauté du crocodile, la douceur de l’ours, la tristesse de la lapine ou le dédain du rhinocéros.

Ces personnages entrent dans des catégories stéréotypées qui participent aussi au mythe du rêve américain. Le crocodile, le plus méchant, est prêt à dévorer Joey alors que celui-ci ne fait que son travail. Le cochon et le rhino ne font preuve d’aucune empathie. Le premier renvoie Léna à la première erreur sans tenter de comprendre quoique ce soit, le second se moque de Joey alors qu’il est vraiment au plus bas. Ces personnages montrent un individualisme flagrant. Ils dominent Joey quand celui-ci ne représente aucun intérêt pour eux. Par contre, dès que Joey commence à gagner de l’argent, ils se présentent sous un nouveau jour, prêts à l’accompagner dans son entreprise. L’appât du gain est leur motivation première, peut-être une conception actuelle de l’ogre ou du sorcier.

L’idée de dépasser les épreuves de la vie grâce à une recette magique de cookies est originale et bien choisie. Joey n’utilise ni la force ni la ruse pour se tirer d’affaire. Avec Léna ils travaillent, cuisinent et fabriquent un produit qui régalent les autres. Les écureuils peuvent ainsi monter un commerce de bouche pour partager des goûts, des odeurs, du bien-être. Les enfants connaissent le biscuit, issu de paquets industriels ou faits maison. Ils l’apprécient certainement et comprendront facilement le plaisir de le cuisiner pour le proposer aux autres.

Différents sites sur la toile proposent une histoire du cookie, biscuit emblématique des Etats Unis. Il aurait été conçu par hasard par un couple d’américains dans les années 30. Et il aurait été l’objet d’un accord commercial important de la marque Nestlé. Les biscuits ayant obtenu très rapidement une excellente réputation, Nestlé aurait proposé à Ruth Wakefiel, la cuisinière inspirée, tout le chocolat qu’elle souhaitait en contrepartie de la publication de sa recette des cookies sur l’emballage des tablettes de chocolat. Ce fait divers propre à l’univers américain a-t-il inspiré Carl Norac ? On peut le penser.

Nous avons peu évoqué le texte, d’une grande douceur, chantant et poétique. De nombreuses métaphores (« la robe de feuilles », « le costume d’écorce », « la pluie de noisettes aux caramel », « les ailes dans la tête », « escalader les rêves » …) nourrissent grandement l’imaginaire. Les nombreux dialogues animent les situations et enrichissent le rapport aux personnages. Le lexique est riche et assez complexe. Il faudra peut-être l’expertise d’un adulte pour mieux le comprendre.

Les illustrations sont à regarder encore et encore. Des vues en format paysage, des vues en format portrait. Des plongées, des contre-plongées. Des plans larges, moyens, rapprochés. Des vues d’ensemble, des focalisations sur un personnage ou des détails. Et toujours du mouvement ! Les couleurs pastel chaudes embarquent le lecteur dans une ambiance automnale proche du roux des écureuils. C’est doux et dynamique en même temps. Ces images sont vraiment le point fort de l’album.

Pour accompagner la lecture

L’école des loisirs présente l’album et en fait un résumé

Une autre présentation en s’appuyant sur les illustrations du livre. est disponible sur You tube

L’album nous fait penser à Alvin est un petit écureuil issu de plusieurs films et dessins animés. Il est facétieux, drôles, dynamique. Il n’hésite pas à sauter, danser, chanter…
 

Zootopie est un dessin animé très réussi qui présente un univers entièrement animalier très intéressant dans lequel se mêlent petits et grands, citadins et ruraux….

Nous ne résistons au partage de la photo emblématique des ouvriers sur une poutre lors de la construction du Rockfeller Center dans les années 30. Et nous vous proposons de lire l’article de l’Obs d’où est tiré cette photo.

Youtube propose des photos de Charles Ebbets d’un gratte-ciel dans les années 30… Très impressionnant !

Mise en ligne  – Avril 2021