P’tits gangsters

P’tits gangsters
Auteur

Anne Loyer

Illustratrice

Claire Gaudriot

Editeur

A pas de loups

Le meilleur ami de Dino s’appelle Jo, et son rêve, c’est d’être un gangster. Pas un voleur minable, non, un homme avec de la classe, un homme qui en impose. Pour se préparer à leur futur de hors-la-loi, les deux garçons se lancent des défis et s’amusent à frôler le danger de plus en plus près… jusqu’à la collision. Alors que le vacarme retombe, Dino parviendra-t-il à mieux comprendre son ami ? Un texte sensible qui parle en douceur de transmission et d’héritages lourds à porter.

Mots clés : amitié, bêtise

Présentation

Un texte court mais dense qui pose des questions importantes sur les conduites à risque que peuvent pratiquer les adolescents.

Analyse

Le ton est donné dès le début de l’histoire. Jo (Brahim) et Max (Dino) sont amis. Au début du premier chapitre Jo est « couché en travers de la chaussée. Les yeux ouverts sur son silence. » . Au chapitre 2 « L’ambulance est là ». L’auteur annonce d’emblée l’objet de son roman : un drame cru, sans volonté de plaire ou de séduire.

La succession des chapitres ancre le drame au cœur de la narration puisque le lecteur va suivre Max du lieu de l’accident au commissariat puis à l’hôpital. Au vu de la violence de la situation et de la dureté du ton il était possible de penser que la fin serait tragique, heureusement le dénouement, sans être heureux reste optimiste.
L’histoire d’amitié entre les deux garçons est une histoire de quartier, de tour, mais aussi une histoire de bande. Max déménage dans un quartier qu’il ne connaît pas, dans une tour surnommée « Prend-Garde ». Il rencontre Jo, un garçon dont la famille est connue dans le secteur, qui devient rapidement son meilleur ami. Les deux garçons n’ont pas le même rapport à l’école, le même rapport à leur famille mais ils deviennent inséparables. Une sorte de mimétisme s’installe entre eux, surtout Max tend à imiter Jo. Un jour Jo propose à Max un défi fou : obliger les voitures à freiner en traversant sur un passage piéton à la dernière minute quand il y a du brouillard. Et les deux garçons s’essaient et y prennent du plaisir.

Jo se sent « gangster », il est « fier comme un paon ». Max est moins sûr de lui mais il se trouve un certain courage, il a le sentiment de s’être dépassé, d’être allé au-delà des normes et des principes serinés depuis l’enfance. Même si les réactions des deux garçons diffèrent il apparaît que la prise de risque procure une montée d’adrénaline agréable. Cet état de fait ne peut être nié et il ne serait pas constructif de faire une leçon de morale au lecteur pour expliquer le mauvais fondement de l’acte. Il est plus intéressant de réfléchir à la motivation des acteurs : pour quelles raisons prendre des risques ? Et quels risques ?

Ici, la question de « cap – pas cap ? » est le moteur de l’action. Max s’interroge sur ses limites, il n’est pas sûr de contrôler la situation. En même temps il doit être capable de répondre au défi pour conserver et consolider son amitié avec Jo. Il s’agit certes d’un défi entre deux protagonistes cependant la situation donne à réfléchir sur les pratiques des bandes organisées avec leur rites d’intronisation et leur effets de groupe.

On pourra également s’interroger sur le dépassement de la norme évoquée par Max : qu’est-ce qui lui (nous) donne envie, parfois, de dépasser les normes ? A-t-il (on) le droit de dépasser les normes ou les principes éducatifs ? Pourquoi Jo tend-il à devenir gangster ? En cela une raison évoquée dans le livre, à savoir le rapport au père emprisonné, semble peu adaptée pour engager une discussion ouverte. On préfèrera réfléchir en termes d’évolution des normes et des principes, en termes de compréhension des interdits, en termes d’envies…

Le récit est écrit simplement avec un vocabulaire adapté. Nous nous sommes juste étonnés de la référence cinématographique à « Il était une fois l’Amérique » peu adaptée à l’âge des lecteurs présumés.

Les illustrations en quatre couleurs sont percutantes. Elles livrent des informations précises du texte sous une forme réaliste en utilisant différentes symboliques. Elles font penser à des messages publicitaires directs. Là encore il n’y a pas de détails ou de fioriture, il n’y a pas d’envie de plaire, juste la nécessité de raconter.

Pour approfondir l’analyse du roman nous vous proposons d’écouter un podcast de France-Bleue Limousin.