Un grand jour de rien

Un grand jour de rien
Auteure-illustratrice

Béatrice Alemagna

Editeur

Albin Michel Jeunesse – 2016

« Qu’y a-t-il de pire que de perdre son jeu électronique dans un endroit où il n’y a strictement rien à faire ? »

Mots-clés : nature, ennui, relation parent/enfant

Présentation générale de l’éditeur

Dans une maison de vacances, un garçon « tue des martiens »… Monde virtuel du jeu électronique, ennui et pluie sont les compagnons de ses journées. Lorsqu’il sort, il part explorer la nature d’un œil bougon et laisse tomber sa console au fond de l’étang. Que va-t-il faire, privé de sa seule distraction ? Son désespoir ne dure pas. Peu à peu, il découvre autour de lui une nature magique, qu’il voit ou imagine animée de regards et de signes, d’une vie fourmillante et insoupçonnée. Le soleil perce enfin les nuages et, de retour à la maison, le garçon se sent prêt : à prendre la main de sa mère, à vivre les vacances…

Nos commentaires

C’est un livre calme et apaisant que nous propose Beatrice Alemagna. Un livre dans lequel il ne se passe rien mais où tout appelle à regarder autrement son environnement.

Le garçon qui arrive « à reculons » dans cette maison de vacances avec sa mère, sous la pluie, semble porter un poids qui n’est pas identifié tout de suite : l’absence du père. Il se trouve isolé dans sa tristesse et sa solitude, comme sa mère semble isolée devant son ordinateur.

L’envie de ne rien faire si ce n’est « tuer des Martiens sur la console », va déboucher sur une envie de découvrir le monde, de profiter du présent et de vivre en harmonie avec la nature.
Car, une fois sorti (par obligation), le transfert du jeu des Martiens à l’extérieur (sauter sur les cailloux pour les écraser) va vite déraper (à tous les sens du terme) puisque la console va tomber à l’eau et mettre l’enfant dans une situation de désespoir (la pire tragédie du monde !). Seul, dehors, sous la pluie, comme abandonné, il se sent perdu. Et c’est là que tout survient : les escargots auxquels il ose parler et qu’il va même toucher, les champignons qui lui rappellent des odeurs familières, la terre qu’il va explorer en enfonçant ses doigts dedans, la lumière du soleil qui lui donne un éclairage nouveau. C’est la découverte d’un monde inconnu avec tous les sens en éveil et l’ennui qui se transforme en envie.

L’envie donnant des ailes, le voilà qui se met à courir et tomber…mais la chute lui offre de nouveau une autre situation pour voir autrement : voir le monde à l’envers quand on a la tête en bas, le voir différemment, plus neuf et plus joli. Puis chercher d’autres points de vue : voir d’en haut en montant dans un arbre, voir au travers des cailloux ramassés et trouver d’autres sensations : renifler l’air, boire la pluie, observer les insectes, parler à un oiseau, s’éclabousser en sautant dans les flaques. Avec cette question : Pourquoi n’avais-je jamais fait cela avant ?

Cette attention à la nature le reconnecte à ses émotions. Il est maintenant prêt à retourner dans la maison, à retrouver en lui l’image de son père « et son sourire émerveillé », à écouter le silence plutôt qu’à le subir. Il garde alors pour lui ses merveilleuses découvertes et savoure avec sa mère ce que ses sens lui permettent maintenant d’apprécier : se regarder l’un l’autre, respirer l’odeur du chocolat, apprécier le silence.

Un album merveilleux , pas moralisateur, qui aidera les enfants à espérer un renouveau en appréciant les choses les plus insignifiantes qui les entourent, les plaisirs simples qui transforment un grand jour de rien en un magique incroyable jour de rien.

Les illustrations

Beatrice Alemagna a ce don de dessiner des environnements qui participent judicieusement aux ambiances de ses récits.
Ici, dès le début, cette arrivée sous la pluie dans la maison vieillotte et encombrée nous plonge dans une tristesse qui pourrait paraître lourde. Mais aussitôt, voilà les Martiens qui s’échappent de la console et sortent avec l’enfant au jardin. Elle nous donne à suivre alors la tache orange fluo de son poncho qui va colorer peu à peu les espaces parcourus au fil des découvertes de l’enfant.
Les dessins deviennent métaphores : j’étais un arbre perdu dans tempête / les gouttes cognaient comme des pierres sur mon dos/ les rayons du soleil tombaient comme une passoire géante… Puis l’apparition des escargots blancs va éclairer la palette, suivie par le rouge des champignons, le brillant de la terre, l’irradiation des rayons du soleil…On sent dans ces doubles-pages, un regain, un renouveau, un dynamisme, illustrés par une belle image d’arc en ciel qui colore l’horizon.

Les petites vignettes qui suivent accentuent cette impression d’action avec une expressivité du personnage qui est remarquable : sourire, yeux écarquillés, bouche ouverte avec langue sortie, éclaboussures de boue…Le visage s’éclaire tandis que le paysage s’illumine donnant un autre éclat à la vie.

Et le retour à la maison n’a plus les mêmes couleurs. On y sent la douceur du partage, la chaleur du chocolat, la tendresse des regards, la présence de l’absent.
C’est du très beau travail d’une qualité plastique et émotionnelle auquel les enfants seront sans nul doute sensibles.

Retrouvez cette histoire lue par l’autrice

Si vous aimez Beatrice Alemagna, nous vous renvoyons à un autre album présent sur notre site, Le merveilleux dodu-velu-petit , qui nous avait également séduits.

Le Merveilleux Dodu-velu-petit

Article mis en ligne le 19.11.2020