La montagne aux dragons
| Auteur | Mathieu Pierloot |
|---|---|
| Illustrateur | François Maumont |
| Editeur | Sens dessus dessous – 2025 |
Parties préparer une potion d’invisibilité, Salicorne et Médusa, tombent nez-à-nez avec un mystérieux vagabond, Julius, et son canard de compagnie, Brioche. Quand elles découvrent que le garçon a volé un œuf de dragon à des sous-gobelins, c’est le début d’une grande épopée pour ramener le bébé à sa mère, sur la mystérieuse et dangereuse montagne aux dragons ! Une aventure pleine de dangers, où solidarité et amitié leur seront tout autant utiles que courage et magie !
Mots-clés : fratrie, courage, domination-pouvoir, monstre, sorcière
Notre présentation
Tout commence par la présentation d’une famille de sorciers installés au cœur d’une forêt, la forêt des Contrées. Le vieil oncle, Oxalys, souhaite initier ses deux petites nièces, Médusa et Salicorne, à la préparation d’une potion d’invisibilité. En allant chercher les ingrédients nécessaires elles font la rencontre d’un jeune vagabond, Julius, accompagné de son canard. Le garçon finit par montrer ce qu’il garde caché dans son sac, un œuf de dragon volé par des malandrins, qui éclot sous les yeux émerveillés des enfants. Oxalys explique que la situation est grave : la mère dragonne doit chercher son bébé partout, il faut lui rendre son enfant avant qu’elle ne fasse de gros dégâts. Il est donc impératif de se rendre chez elle, au pied de la montagne aux dragons.
L’oncle est trop vieux, il est obligé de laisser les enfants et le canard partir seuls. Le plus court chemin est de traverser un lac désenchanté. La petite troupe grimpe sur une embarcation en espérant atteindre directement leur destination. Mais la barque est déviée par le vent et le courant. Les enfants se retrouvent sur une île étrange. Ils rencontrent des Croaxes, une peuplade hostile que l’on pensait disparue. La reine croaxe les condamne à mort. Ils sont enfermés dans une cage en attendant leur exécution le lendemain. Heureusement, le canard arrive à les libérer. Lors de leur fuite Julius tombe à l’eau et sombre dans les profondeurs du lac. Medusa utilise de la magie noire d’une grande puissance pour le faire revenir sur la terre ferme. Elle le sauve mais perd toute son énergie. Elle respire difficilement. C’est au tour de Salicorne d’agir en prenant soin de sa sœur avec plus ou moins de magie. Elle réussit à la ramener à la vie.
Tout le monde se retrouve sain et sauf au pied de la montagne ! La dragonne, en quête de son enfant, repère la petite clique. Elle est furieuse mais le canard arrive à lui faire entendre raison et elle se calme. Elle comprend la situation et ramène les enfants chez eux. Tout est bien qui finit bien !
De la pure fantasy avec son lot d’aventure et de merveilleux. Des personnages gentils et sympathiques, des situations périlleuses, un foisonnement de créatures et une fin heureuse. Tous les ingrédients d’une lecture plaisir sont réunis dans ce petit roman joyeusement illustré ! Un très bon moment de lecture !
Nos commentaires
Le livre est avant tout un bel objet. La couverture cartonnée, légèrement en relief, est une invitation à lire une histoire simple et pétillante de sorcellerie. Les personnages y sont représentés les cheveux au vent, le sourire aux lèvres. La « carte des contrées », à découvrir par le biais d’un pliage sur la page de garde, permet d’imaginer le monde merveilleux du récit avant même de lire les premiers mots. Le pliage parallèle sur la dernière page de garde, « Une saison plus tard », montre une scène de liesse rassurante qui confirme que tout se termine pour le mieux. Les chapitres sont présentés clairement grâce au fabuleux sommaire de la Montagne aux dragons. Les illustrations, nombreuses, dynamiques, éparpillées dans le texte ou en pleine-page voire même sur double page apportent une belle énergie et sont un appui non négligeable à la lecture. Comme des vignettes de BD elles expriment aussi bien les contextes que les actions ou les émotions. Elles sont un véritable agrément intégrant totalement l’humeur et l’humour du texte. La forme du livre est vraiment réussie. Des enfants peu confiants dans leur capacité de lecteurs ne peuvent être qu’encouragés à aller de l’avant. Les bons lecteurs, eux, peuvent se délecter à parcourir les illustrations au fil du récit.
Le texte présente de nombreuses références à des histoires connues de fantasy comme les trolls, les gobelins, le grimoire, l’œuf de dragon avec des écailles… De même Les pouvoirs magiques utilisés sont relativement classiques tels que l’apparition d’une barque d’un coup de baguette magique ou la convocation de fantômes pour éviter la noyade de Julius. Mais il y a aussi de jolies trouvailles. Les pifanlis, par exemple, sont des plantes carnivores heureusement moins dangereuses que les mandragores dans Harry Potter car elles s’endorment quand on leur chante une berceuse. Les vrais méchants de l’histoire, les Croaxes, sorte de grenouilles guerrières comme leur nom le laisse à penser, sont bien moins effrayants qu’un Voldemort ou un Sauron. Le bébé dragon n’a aucun pouvoir direct si ce n’est la production de fumées à l’odeur de poisson, un phénomène drôle et sans danger. L’histoire tient évidemment de la fantasy avec son lot de codes et de dangers, mais sans lourdeur. Le roman est bien équilibré dans son genre, entre tradition et improvisations diverses.
Le personnage le plus inattendu est sans aucun doute le canard, Brioche. Que vient-il faire dans cette histoire ? Pourquoi accompagne-t-il Julius ? Il faut attendre un bon moment pour comprendre que, évidemment, ce canard est lui aussi magique. Au début il n’est qu’un animal domestique, compagnon de route de Julius. Il cancane de façon intempestive, interfére dans les dialogues par des « coin » amusants. Il agit ou plutôt réagit lorsque les enfants deviennent captifs des croaxes. Cette fois son discours se densifie en un « coin coin coin coin coin » très expressif que Julius comprend, à son grand étonnement. La communication directe avec les enfants lui permet de devenir un personnage avec une conscience active. Il est formidable quand il sauve les enfants en volant la clé de leur cage et en les orientant pour quitter l’île. Il est encore plus étonnant quand il prête son corps à l’esprit d’Oxalys. Il permet ainsi à Salicorne de rentrer en contact avec son oncle pour trouver les ressources nécessaires au sauvetage de sa sœur. Brioche brille à nouveau comme médiateur quand il réussit à communiquer avec la maman dragonne pour tout lui expliquer. Ce personnage est une réussite. Petit, pataud sur ses pattes, il se révèle d’une grande utilité avec sa vision aérienne, sa discrétion et son intelligence. Décalé au début du récit où il fait plutôt rire, il devient, en fin de récit, un héros inattendu des plus sympathiques.
Les enfants sont aussi des personnages valorisés pour leur courage, leur sang-froid et leur esprit d’équipe. Médusa et Salicorne, les deux sœurs, forment un duo très sympathique. Elles se disputent mais elles savent se réconcilier. Elles adorent se moquer de leur vieil oncle. Elles réagissent de concert face à la naïveté de Julius en matière de sorcellerie. Elles sont très complémentaires dans leur réaction. Salicorne a pour caractéristique de ne pas supporter le mensonge et de ne pas savoir mentir. Est-ce réellement un don ? Les lecteurs pourront y réfléchir. Médusa est studieuse, elle est attirée par la magie noire sans forcément mesurer les dangers qui peuvent être engendrés par la puissance de cette magie. Là encore les lecteurs ont toute latitude à se faire une opinion. Leur différence de caractère donne du relief à leur personnage. Julius, lui, est un peu perdu, mais il apparaît toujours honnête et sincère. Il affirme qu’il n’est pas sorcier alors qu’il parle avec son canard. C’est étrange. D’où vient-il ? Que faisait-il dans le bois ? Là encore le livre nous réserve une surprise. Le journal de Brioche sur les trois dernières pages nous apprend que Julius est, en réalité, un héritier prestigieux qui a dû fuir sa famille et son château. La reine a confié son fils aux bons soins de Brioche qui devait emmener son protégé chez Oxalys. Voilà une nouvelle bien étrange… Il semble bien que ces premières aventures de Medusa, Salicorne et Julius ne soient pas les dernières !!!
Notons pour finir l’humour omniprésent de l’histoire. Les jeux de mots fourmillent. Les boutades émaillent les nombreux dialogues. Le canard est toujours là pour émettre un « coin » intempestif. Les situations prêtent souvent à sourire pour leur originalité. La pipe d’Oxalys émet de la fumée rose qui sent la gaufre chaude. Le bébé dragon, lui, sent la sardine, la crevette ou le cabillaud grillé quand il ouvre le bec. Le premier baiser de la dragonne à son petit s’avère être un filet de bave visqueuse et luisante répandu sur son crâne. Le texte est généreux en cocasseries de toute sorte pour amuser le lecteur.
En conclusion
Un récit de fantasy dans lequel on ne s’ennuie pas. Les personnages font plaisir à suivre. Ils sont énergiques, malins, solidaires. Ils traversent de nombreuses péripéties avec aplomb et courage. Ils aiment s’amuser et ils nous amusent.
La montagne aux dragons est un livre prenant, réjouissant, réconfortant. Il est comme un livre-doudou à garder sous l’oreiller pour faire des beaux rêves d’aventure et d’amitié.
Pour aller plus loin
La BNF propose une étude très fouillée sur le genre Fantasy (https://fantasy.bnf.fr/fr/decouvrir/)