Le prince et le grand chêne

Le prince et le grand chêne
Auteur

Bernard Villiot

Illustrateur

Pierre Breton

Editeur

Gautier Languereau – 2024

Dans un petit royaume sans histoire, un chêne majestueux faisait le bonheur de tous les habitants. Mais le prince héritier voyait en lui un ennemi. Un jour, les scies remplacèrent les chants d’oiseaux, l’arbre fut dépouillé, et bientôt, le royaume tout entier fut menacé.

Mots-clé : fable, nature-écologie, domination-pouvoir, sagesse 

Présentation générale

Voilà un beau et sombre album aux allures de conte médiéval, orné de dorures et de jolies enluminures. Il a obtenu le Prix Landerneau 2025.

Il était une fois, donc, un peuple de renards habillés comme des êtres humains dont le très vieux roi a tout le long de son règne bienveillant protégé ses sujets à l’ombre d’un grand chêne, devenu le symbole du royaume. L’arbre, plusieurs fois centenaire, magnifique, assure l’équilibre écologique du pays. Il protège la terre et les plantes de la sécheresse, il nourrit l’état tout entier grâce aux fruits et aux légumes que l’on cultive à ses pieds et que l’on récolte dans la joie : Tous étaient d’accord pour dire que l’arbre était un cadeau du ciel. Tous les habitants prennent grand soin de lui en échange. Le vieux roi, ce brave souverain, aime flâner modestement dans l’ombre du chêne et se reposer sous ses branchages, y écouter les oiseaux, le rire des enfants et les demandes de son peuple.

Mais hélas, quand le roi meurt, le monde bascule. Son fils monte sur le trône, se fait baptiser Ego 1er et ordonne que le vieux chêne soit transformé en une immense statue le représentant. En bon dictateur, il met fin à la réaction hostile de son peuple en faisant appel à ses soldats. Ceux qu’il considère maintenant comme ses serviteurs n’ont plus qu’à le craindre et à baisser la tête. Le grand chêne meurt sous les coups de hache, l’immense statue qui le remplace terrorise les habitants qui finissent par quitter le pays. Tout le territoire se dessèche et s’appauvrit.
Resté seul dans son royaume désert et hostile, le jeune roi comprend alors son erreur et se repent. Sous la statue qui explose un jour sous la colère orageuse du ciel, un gland sauvegardé par miracle a germé et commencé à pousser. Le roi troque sur le champ sa couronne contre un tablier de jardinier et prend la décision de s’en occuper avec le plus grand soin.

Notre avis

L’album vaut bien sûr pour le message qu’il délivre.

Il y a d’une part une réflexion sur la différence qu’il y a entre un pouvoir raisonnable et un pouvoir démesuré ; et sur les dangers d’un ego surdimensionné qui fait perdre toute raison et toute humilité. Le livre propose également une réflexion d’ordre écologique sur les risques qu’il y a à ne pas prendre soin de la nature et à l’exploiter jusqu’à épuisement pour des intérêts personnels et non collectifs. Ce qui fait évidemment écho aux enjeux politiques et financiers de notre époque qui ne prennent guère soin de la planète, de la nature et de ses ressources épuisables. Comme tout conte, Le Prince et le Grand Chêne a fonction de parabole. Le chêne, sa sève, représentent symboliquement la vie. Parallèlement, ce qui est dit des vertus de l’arbre est aussi tout à fait réel : sa capacité à conserver et redistribuer l’eau de pluie, à rafraîchir l’atmosphère en cas de grande chaleur…Il est bien question ici du risque concret de catastrophe écologique.

Mais ce qui a forcément attiré en premier notre attention, c’est la beauté des illustrations. Pierre Breton, coloriste de talent récemment disparu en 2025, féru de fantastique médiéval, signait là un merveilleux album jeunesse en tant qu’illustrateur. Le prix Landerneau à ce titre est amplement mérité. Le livre est de grand format, chaque page est encadrée de belles frises dessinées, toutes différentes. Elles évoquent les enluminures du Moyen-Age qui étaient destinées à mettre le texte en valeur, à « l’illuminer ». On ne peut pas mieux dire. Les personnages renards aux allures d’êtres humains nous renvoient aux codes de la fantaisie animalière médiévale. L’utilisation de la couleur dorée rend le livre brillant et somptueux. Certains morceaux de textes sont eux-mêmes encadrés d’une frise et les premières lettres des paragraphes calligraphiées en belles lettrines. Tout cela donne au livre des allures d’œuvre d’art. Les dessins de grande ampleur sont très beaux, riches de détails. Les paysages, les points de vue variés, les effets de lumière et d’ombre, les contrastes entre les deux règnes, tout cela participe à la richesse de l’album. C’est vraiment un très beau livre.

Nous en retiendrons cette merveilleuse esthétique. Et l’importance, l’urgence, du message : Pour protéger la vie, respectons le vivant, préservons la nature et vivons en harmonie avec elle. Egalement cette leçon d’humilité, ces questions que nous pouvons nous poser sur notre rapport au pouvoir, sur les vraies valeurs à protéger et sur les « ego » destructeurs qui peuvent menacer nos équilibres fragiles.
Même si nous avons trouvé le repentir du jeune roi un peu rapide, un peu attendu, il reste que Le prince et le Grand Chêne est un beau conte, superbement illustré. Le dénouement, pour les jeunes lecteurs, sera signe d’espoir. Signe d’utopie peut-être davantage pour les lecteurs adultes. En tout cas, la fin est une belle ouverture sur la possibilité d’une réparation, d’une réconciliation. Cousue de fil d’or…

Sur le même thème, lisons aux enfants le livre d’Olivier Tallec à l’Ecole des loisirs, C’est mon arbre ou encore Un peu beaucoup

C'est MON arbre - 1                       Un peu beaucoup - 1