4 histoires à frémir debout
| Auteur | Michel Piquemal |
|---|---|
| Illustratrice | Joëlle Dreidemy |
| Editeur | Milan – 2024 |
Présentation générale
Quatre histoires courtes. A chaque fois un jeune garçon est confronté à une situation bizarre, étonnante, mystérieuse, angoissante… Il raconte son expérience et partage avec le lecteur ses troubles et ses émois.
Dans la première histoire, « TIC TAC BOUH ! », Ludo reçoit un cadeau inattendu sans connaître sa provenance : un clown mécanique. Or ce clown est étrange. Il déambule seul la nuit, il semble sourire… Est-il maléfique ? En voulant s’en débarrasser le garçon a un accident et se retrouve à l’hôpital… sans le clown. En est-il débarrassé pour autant ? Rien n’est moins sûr !
Il est question du lien avec l’au-delà dans la deuxième histoire, « ESPRIT, ES-TU LA ? ». Un garçon, un peu craintif, est embarqué dans une histoire de spiritisme par son grand-frère et sa grande sœur. A l’évocation de Jack l’éventreur le guéridon devant lequel ils sont assis se met à bouger. Le benjamin n’en mène pas large. Juste après le fauteuil du bureau de leur père se renverse. C’est effrayant. Mais le petit frère s’aperçoit qu’il y a trucage. Alors il renverse la situation. Il fait semblant d’incarner le tueur en série jouant une transe terrifiante. Cette fois ce sont ses frères et sœurs qui sont terrifiés !
La troisième histoire « L’ANTRE DU DEMON » commence par un acte de courage. Un jeune garçon décide d’explorer une grotte sujette à toutes sortes de croyances. Il veut ainsi contredire la légende qui dit que le lieu est démoniaque. Son expédition est périlleuse mais il réussit. Cependant, en voulant faire un selfie pour témoigner de la véracité de son exploit, il sent un souffle d’air, tombe dans le vide et se blesse. Heureusement il finit par retrouver la sortie. Il est sain et sauf mais il est bien étonné quand il regarde le selfie qu’il a pris. Qu’est-ce que cette ombre bien étrange derrière lui ?
Pour la quatrième histoire, « LA MAISON DE LA SOIF », nous entrons dans une maison abandonnée. Un garçon, tenté par des figues bien mûres et bien fraîches malgré la saison, franchit le portai interdit. Il mange un fruit et ressent étrangement un besoin inextricable de s’hydrater. Il va donc étancher sa soif au puits. Là, une musique hypnotique l’attire, l’attire, l’attire… Il grimpe sur la margelle du puits, prêt à sauter, quand il est brutalement tiré en arrière. Sa sœur, heureusement, a accouru pour le sauver.
Nos commentaires
Michel Piquemal ne trompe pas le lecteur avec son titre « 4 Histoires à frémir debout ». Chaque histoire est originale et fait réellement peur ! Le contrat de lecture est rempli. Mais pourquoi ce genre de récit ? A l’heure où la bienveillance est un maître mot dans notre société, effrayer les jeunes lecteurs ne semble pas pédagogiquement correct.
Ne nous y trompons pas, l’idée de faire peur existe déjà dans les contes traditionnels qui évoquent maints phénomènes terrifiants comme la perdition, la dévoration (Le petit Poucet ; Hansel et Gretel) voire la décapitation (Barbe Bleue).Différents professionnels de l’enfance s’accordent pour affirmer que, au travers de ces récits, les enfants se confrontent à leurs angoisses, déjà existantes. Ils les rencontrent, non pas pour les gérer, mais plutôt pour mieux les comprendre en y apposant des mots. Avec les personnages ils traversent des situations dangereuses, parfois vitales, tout en sachant que ça finira bien. Ainsi ils construisent le sentiment qu’il est toujours possible de s’en sortir et se sentent davantage prêts à affronter leurs peurs. Ils peuvent cultiver une certaine confiance en la vie et sur leurs capacités à réussir. Et ils se font plaisir car il est bien agréable de trembler quand on ne risque pas grand-chose ! Sur le site de l’éditeur Milan, Brune de Bérail, psychologue clinicienne, insiste sur l’importance d’une fin heureuse dans les fictions pour enfant.
Dans ce recueil les objets d’angoisse sont précis et les textes sont concis. Ainsi le lecteur cerne rapidement les problèmes sans être embarqué dans une spirale par trop inquiétante. La deuxième histoire du livre est certainement la plus rassurante, ce n’est qu’une farce qui pourrait correspondre à la morale : « tel est pris qui croyait prendre ». Les autres histoires tiennent davantage du genre fantastique. Le héros est toujours sauvé mais le doute persiste quant aux éléments surnaturels. Le clown peut-il reprendre vie ? Est-ce un démon qui a poussé le garçon ? Existe-t-il réellement un sortilège dans la maison abandonnée ? Le doute plane…
Toutes les histoires sont faciles à comprendre. Elles sont adaptées aux lecteurs qui commencent à lire de façon autonome mais aussi aux lecteurs plus expérimentés qui trouveront plaisir à lire des récits brefs et intenses. Elles peuvent être une bonne introduction au « fantastique ». Elles peuvent aussi enrichir l’expérience du lecteur sur la connaissance du genre littéraire et peut-être lui donner envie d’inventer d’autres aventures.
Tous les textes sont écrits à la première personne, permettant ainsi une identification rapide du lecteur au héros. Le héros est toujours un jeune garçon. Prénommé Ludo dans la première histoire, il n’est pas nommé dans les autres récits. Les illustrations pourraient laisser croire qu’il s’agit du même personnage dans les trois dernières histoires mais ce n’est pas une évidence. A chaque fois il y a une montée en tension dramatique qui aboutit à une chute très rapide au vu du format. La peur arrive très vite. Elle est basée sur la crainte du clown, la crainte de l’au-delà, la crainte du diable et la crainte du sortilège, des angoisses primaires classiques. La coulrophobie, la peur du clown, est certainement le thème le plus original. On le retrouve peu en littérature de jeunesse mais il est toujours de mise comme l’indique le site Le rire du médecin Les enfants connaissent les personnages, ils peuvent facilement appréhender les situations. Le vocabulaire est précis et riche. L’écriture est fluide. Tout est fait pour inviter les lecteurs à se faire peur en toute sécurité.
Les illustrations participent largement aux mises en tension. Chaque histoire associe le noir avec une couleur particulière, le violet, le vert, l’orange ou le marron. Les atmosphères diffèrent mais elles sont toutes sobres et froides. Les décors correspondent aux mots du texte. Les situations sont rapidement identifiables. Les gros plans marquent les temps forts des récits. Les postures des personnages sont vives et significatives. Les expressions du héros sont bien lisibles, notamment ses terreurs quand il a les yeux exorbités et la bouche grande ouverte. Il y a un côté cinématographique dans chaque nouvelle, tant dans le déroulement textuel que dans le déroulement illustratif.
Notre avis
4 histoires à frémir debout est un livre intéressant à plusieurs titres. Tout d’abord il offre des petits volumes de lecture. Aucun lecteur ne pourra s’y perdre. Ensuite les histoires proposées sont bien construites, bien écrites, pleines d’imagination. Tous les lecteurs trouveront matière à être motivés. Surtout il offre l’opportunité de lire des histoires qui procurent de l’adrénaline en sachant qu’elles finiront bien. La garantie de frissonner en étant confortablement installé… le bonheur !
Un petit livre plaisir à mettre dans toutes les mains !
Pour aller plus loin
• La collection Frissons chez Bayard jeunesse
• La collection Chair de poule Chez Bayard jeunesse
• Des livres sur notre site sur la peur du monstre, la peur du coucher, la peur des ombres, la peur de l’orage… https://assolire.fr/product-tag/peur/