Arsène et la sorcière

Arsène et la sorcière
Auteur

Michaël Escoffier

Illustratrice

Clotilde Perrin

Editeur

Kaléidoscope – 2026

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Mise en ligne le

En ce premier jour de neige, Arsène et Bartoli sont d’humeur querelleuse. Après une dispute, Arsène quitte la tanière en pestant : « Puisque c’est comme ça, j’irai hiberner ailleurs ! » Mais le lendemain, il n’a toujours pas reparu. Bartoli, inquiet, part alors à sa recherche…il est loin d’imaginer l’aventure qui les attend !

Mots-clés : fratrie, sorcière, ruse

Présentation générale

Un prélude, six petits chapitres, un épilogue. Et nous voilà emportés entre conte et récit d’aventure. Arsène et Bartoli sont des frères oursons. Nous sommes au début de l’hiver ; il a neigé. Il va falloir hiberner en cohabitant, et ça commence mal ! Les deux frangins se disputent pour une broutille et Arsène, vexé, décide d’aller hiberner ailleurs, seul. Bartoli se dit qu’il sera bien tranquille sans lui, sauf que très vite il s’inquiète pour son frère qui ne revient pas, il en fait des cauchemars, et se décide à partir à sa recherche en suivant ses traces de pas dans la neige. Très vite il se perd et s’apprête à rebrousser chemin quand un chaudron à quatre pattes lui fonce dessus et s’écrase contre un arbre. Stupéfaction : c’est Arsène, transformé en chaudron ! Il raconte à son frère ce qui lui est arrivé quand il est tombé dans un trou et qu’il a atterri dans une caverne. Emmené par un chat à tête de hibou nommé Belphégor, il s’est retrouvé prisonnier d’une sorcière bien décidée à faire de lui une bonne couverture… Si elle pouvait en plus capturer Bartoli, ce serait encore mieux, avait-elle dit. Mais pas question qu’Arsène lui indique le chemin jusqu’à chez eux. La sorcière s’est vengée en le transformant…en chaudron. Et il a pris la fuite. Quand plus tard elle les retrouve tous les deux, elle jette un nouveau sort : elle les transforme en ballons pour les ramener chez elle et les enfermer dans une cage. Mais à deux, on est plus malin…Arsène et Bartoli réussissent à s’évader, à vaincre le chat-tigre et à réduire la sorcière en un nuage de fumée verte après l’avoir fait tomber dans la cheminée ! Finalement, hiberner ensemble, bien tranquillement, sans se disputer et avec tendresse, ce ne sera pas si mal…

Nos commentaires

L’objet livre est de belle qualité : couverture cartonnée, papier épais, reliure en tissu. Nous sommes entre le conte traditionnel et l’aventure à multiples rebondissements. Toutes les pages de l’album sont pleinement illustrées, le texte du récit est inséré dans les dessins et celui des dialogues est dans des bulles, façon BD. L’ensemble est écrit en cursive, dans une police d’une inhabituelle grande taille, cela prend certes beaucoup de place mais c’est certainement ce qui va en rendre la lecture plus accessible aux jeunes lecteurs dès la fin du CP, peut-être aussi aux enfants dys.

On trouve donc des éléments de conte, un cauchemar prémonitoire, un récit dans le récit, des aventures rocambolesques au rythme soutenu et faussement effrayantes, plutôt comiques au final. La sorcière et sa cage font penser à Hansel et Gretel ; la chute d’Arsène dans une galerie si profonde et le chat-hibou qui le conduit à travers un réseau de galeries jusqu’à la caverne peuvent évoquer Alice au pays des merveilles ; sans oublier le nom du chat-tigre : Belphégor ! comme le célèbre fantôme, petit clin d’œil aux adultes des années 60… Les formules magiques de la sorcière et les transformations qui se retournent contre elle en la ridiculisant feront écho à d’autres histoires. L’ensemble, riche en petits rebondissements déjantés qui ne font pas vraiment peur, est plutôt drôle : Arsène transformé en chaudron, les ruses ratées de la sorcière, ses formules magiques fantaisistes qui finiront par tourner mal (Ursilum Bartalok ! Ursilum Patakès ! Ursilum Bigachnouf !), les bruitages, ses ronflements quand elle dort et sa triste fin en complète débandade (boules de neige dans la figure, chute brûlante dans la cheminée puis évaporation en fumée verte) sont autant d’occasions de rire. Le comique l’emporte sur la peur jusqu’au final, méchamment réjouissant. L’album est un vrai bonheur à lire à voix haute !

Au bout du compte, c’est l’histoire d’une petite dispute entre frères : C’est moi le plus grand ! Non, c’est moi ! Les jeunes enfants s’y reconnaitront. Cette dispute a des conséquences inattendues. Et l’histoire se conclut en petit cocon douillet. La solidarité entre frangins a tout résolu, est venue à bout du chat-hibou et de la sorcière, et ils vont pouvoir hiberner ensemble et en paix parce qu’en fait, ils s’aiment beaucoup ! On relève quelques petits clins d’œil malicieux dont Michaël Escoffier est friand. Certes la solidarité joue un grand rôle dans cette histoire mais elle a peut-être des limites ; quand la sorcière, à la première boule de neige qu’elle reçoit dans la figure se met à crier Qui a osé ? Arsène et Bartoli s’accusent mutuellement. Pour détourner l’attention de la sorcière ou pour se « débiner » ? Et l’angélisme de la fin est revu et corrigé par le dessin en « post-scriptum » où l’on voit les deux frères qui se mesurent à une toise : C’est moi le plus grand ! Non, c’est moi ! Et c’est reparti !! Comme dans la vraie vie des fratries…On s’aime mais on se dispute !

Les dessins de Clotilde Perrin, dans les gammes bleu-vert-marron-blanc-noir, s’installent sans problème entre le texte du récit et les bulles. Les personnages sont expressifs, la sorcière est moche à souhait et bien ridicule à la fin, les deux oursons tout ronds sont bien mignons. Il y a des petits détails dans les décors qui se laissent découvrir : dans leur chambre, la photo des deux frères qui s’embrassent, les petites têtes de mort en déco chez la sorcière…

En conclusion, voilà une histoire à lire bien au chaud, adulte et enfant serrés l’un contre l’autre. Pour faire semblant d’avoir peur et pour bien rire ensemble à la fin, juste avant de dormir ! La sorcière brûlée dans la cheminée et transformée en fumée ? Bien fait pour elle !!

Pour aller plus loin

  • On ne présente pas Michaël Escoffier qui a écrit une centaine d’albums traduits dans le monde entier et qui a remporté de nombreux prix. On retrouve sa malice et son humour un peu noir dans plusieurs d’entre eux : La croccinelle et C’est pour qui?, par exemple.

La Croccinelle      C'est pour qui ?

La toute petite maison - 1