C’est qui les méchants ?

C’est qui les méchants ?
Auteur

Stéphane Servant

Illustratrice

Laetitia Le Saux

Editeur

Didier Jeunesse 2023

La mère Michel a perdu son chat ! Quelqu’un a voulu le manger, c’est sûr ! Qui a pu être assez méchant pour faire ça ? Les trois porcelets mènent l’enquête et les accusations vont bon train. La Grenouille, Maître Corbeau, une mouche, Boucle d’Or et Le Petit Poucet s’en mêlent. À chaque rumeur lancée, les porcelets foncent tête baissée pour donner une bonne leçon au méchant désigné.  C’est le gros ogre laid qui a mangé le chat, Nous on est les gentils et on le punira !  Les gentils, vraiment ?

Un album enjoué sur les dangers de la rumeur et de la délation, par les auteurs de Boucle d’ours et de La Culotte du loup.

Mots-clés : randonnée, jeu-défi, loup, rumeur

Présentation générale

La mère Michel a perdu son chat. Aussitôt, les trois petits cochons se présentent pour retrouver le voleur. Dans leur précipitation, ils ne réfléchissent pas et partent tels des shérifs ramener un présumé coupable. Mais la grenouille n’est pas l’assassin, ni le corbeau, ni le renard, ni l’ogre, ni le loup….qui est finalement celui qui aura vraiment retrouvé le chat et le ramènera à sa propriétaire.

Nos commentaires

Sur le thème de la bêtise et de l’arbitraire, Stéphane Servant s’amuse à mélanger des personnages de comptines, de fables, de contes ou d’histoires traditionnelles autour d’une enquête à la manière d’un shérif.
La structure répétitive de ce conte, sous forme de randonnée, va partir d’un fait, le chat disparu, pour lancer les trois petits cochons à la poursuite du voleur. Mais ces derniers ne sont pas futés du tout ! Leur réflexion est très terre à terre : si on a volé le chat, c’est pour le manger. Pour le manger, il faut une grande bouche. Qui a une grande bouche ? Cela ne peut être que « La grenouille à grande bouche » !
Ils partent donc au marais, accusent la grenouille qui se défend comme elle peut mais se retrouve  néanmoins aplatie un peu vite…puisqu’il n’y a aucun chat dans les environs. Les cochons doivent donc repartir ailleurs pour trouver le voleur.
Ils vont donc, sur le même principe, accuser le corbeau qui « a un long nez à renifler les chats », puis le renard « qui est un filou », l’ogre qui « a de grosses mains » et le loup « qui a une énorme bedaine ».
Ce dernier, ils en sont sûrs et certains, est le voleur puisqu’il porte un panier avec ….un chat dedans ! Mais le chat n’est pas mangé. Il est juste sur le chemin de la mère Michel à qui le loup le rapporte.
Et les trois petits cochons seront accusés par le loup d’être les méchants de l’histoire !

La randonnée élaborée est bien montée et fonctionne grâce à la dynamique du récit : structure, répétitions et typographie de l’album et humour.

Les cochons cherchent un coupable potentiel. Ils lui trouvent alors tous les défauts possibles qui confirment sa méchanceté et partent à sa poursuite sur une ritournelle qui reviendra à chaque épisode :
C’est la vilaine grenouille qui a mangé le chat,
Nous on est les gentils et on le punira !…..
C’est le renard rusé qui a mangé le chat,
Nous on est les gentils et on le punira….etc…

C’est l’occasion pour les enfants de pouvoir répéter cette formule et d’attendre de tourner la page pour savoir quelle est la punition qui sera infligée au coupable. La grenouille sera aplatie, le renard rossé, l’ogre ratiboisé ! Et ces sanctions feront rire les enfants comme toutes les accusations infondées qui les justifient.

Les onomatopées illustrées qui accompagnent le texte aident aussi l’enfant à parler, entrer dans le récit et faire des gestes associés dans une typographie qui va croissante et en plusieurs couleurs qui font vivre les actions :Bim,  BAM, BOUM !…parfois un peu trop vite…

L’autre force de cet album est l’utilisation des stéréotypes de la littérature de jeunesse, comme des clins d’œil faits aux jeunes enfants.

Car, les trois enquêteurs, sans imagination et sans intelligence, ne trouvant aucune trace du forfait et devant chercher un autre coupable potentiel, prendront comme argent comptant les propositions faites par d’autres animaux, ceux issus de contes traditionnels que les enfants ont déjà rencontrés : le corbeau accuse le renard, le Petit Poucet nomme l’Ogre, Boucle d’or dénonce le loup. Evidemment, chacun veut voir celui qui le menace, le mange ou le poursuit dans sa propre histoire être éradiqué à son tour. Sans percevoir cette délation de vengeance, les trois cochons inspecteurs repartent à l’action sans réfléchir.

A chaque nouvelle recherche, les voilà qui adoptent le code des westerns en placardant des affiches WANTED portant le portrait de leur accusé. Ils se sentent investis d’une mission qu’ils vont régler avec le sérieux et la réussite d’un shérif…Ils veulent être les justiciers de l’histoire et montrer leur importance dans cette histoire.

Mais, après plusieurs enquêtes infructueuses, ils ne savent plus où ils en sont et placardent trois affiches différentes en même temps (la sorcière, la grand-mère, l’ours), peut-être pour être sûrs d’avoir raison au moins une fois parmi ces trois possibilités !

Le plaisir de retrouver des allusions à des personnages connus comme la mère Michel et son chat, le corbeau et le renard, La grenouille à grande bouche, Le Petit Poucet, Boucle d’or , Le Petit Chaperon Rouge et Les trois petits cochons permettra aussi aux enfants de se remémorer ces histoires. Ce sera également l’occasion de se poser des questions sur les stéréotypes des récits : le loup est-il toujours méchant ? Le renard rusé ? L’ogre dévoreur d’enfants ?… et de réfléchir au danger de la rumeur ou de la délation. Certaines descriptions du texte, d’ailleurs, s’amusent à prendre le contre-pied des attendus du personnage : le renard qui n’aime que le fromage, l’ogre qui chasse les papillons uniquement, le loup qui protège le chat et mange la galette plutôt que la grand-mère.

Les enfants riront de bon cœur et se moqueront de ces justiciers plus bêtes qu’efficaces.

Car la tonalité du récit est enjouée, rapide, rythmée par les formulettes, les affiches, les questions au lecteur, les hypothèses et les corrections…. On s’amuse de ces hypothèses étranges, des déductions trop rapides, des échecs mérités. On réfléchit, avant de tourner la page pour compléter le prochain énoncé : Le méchant, c’est…. Et vérifier celui à qui on avait pensé.

Quand, à la fin, leur terrible machine judiciaire se retourne contre eux, les trois petits cochons n’ont plus la même assurance. Ils se retrouvent placardés à leur tour comme les méchants à rechercher pendant que la mère Michel a retrouvé son petit chat et qu’elle remercie le loup de toute l’attention qu’il a portée à son animal.

Les illustrations de Laetitia Le Saux qui connaît bien l’univers de Stéphane Servant, servent agréablement le récit par des couleurs vives et des tracés dynamiques, des éléments de rappels d’histoires comme les briques transportées par un des cochons alors qu’un autre porte des branches de bois, les camemberts au pied de l’arbre du corbeau, le Petit Poucet avec ses cailloux qu’il sème derrière lui…. C’est un bon complément pour les jeunes enfants qui ne lisent pas encore mais peuvent trouver sur les pages des détails qu’ils associeront à l’histoire.

Notre avis

Un nouvel album du duo Servant-Le Saux qui fonctionne toujours très bien en jouant sur une salade de contes humoristique qui alerte les enfants sur les méfaits des rumeurs et des accusations infondées.
Un plaisir pour tous, grands et petits.

Pour aller plus loin

On pourra reprendre les histoires auxquelles il est fait allusion dans le texte.

On pourra aussi aller lire ou relire les autres albums du duo Servant-Le Saux qui fonctionnent toujours bien avec les enfants :

Purée de cochons - 1 Boucle d'ours - 1 La culotte du loup - poche - 1