Je m’appelle Wlodjimyerz

Je m’appelle Wlodjimyerz
Auteure

Rachel Hausfater

Illustratrice

Caroline Ayrault

Editeur

Casterman – 2021

Wlodjimyerz a un problème dans la vie…son prénom !

Dans son école, personne ne sait l’écrire, personne ne sait le prononcer.

En revanche, certains enfants savent très bien s’en moquer…

Mots-clés : langage, identité, rejet

Mais cette année, les choses vont changer : Wlodjimyerz va se trouver un nouveau prénom, parole de … Wlodjimyerz !

Présentation

Wlodjimyerz est un petit garçon pour qui le prénom est un problème. Personne ne sait le prononcer et il est vite déformé voire réduit à un diminutif ou un surnom insultant.

Némo en particulier, prend plaisir à se moquer de lui et à le harceler en permanence en entraînant avec lui plusieurs autres camarades. Ce qui fait que Wlodjimyerz prend son prénom en horreur, cherche à en changer, à le transformer et rêve d’un prénom français qui ne le ferait pas remarquer.
Car Wlodjimyerz est un prénom polonais, celui de son arrière grand-père, que sa mère a choisi pour l’honorer.

Heureusement, Wlodjimyerz connaîtra trois événements majeurs : Il ira en Pologne dans sa famille maternelle et se sentira très à l’aise avec son prénom dans ce contexte, Il fera la connaissance d’une élève galloise qui porte elle aussi un prénom à rallonge, il aura une maîtresse malgache qui porte un prénom très long et qui lui apprendra à être fier du sien.

Notre avis

Voilà un sympathique roman sur un thème original -mais pas rare dans la vie courante- qui apporte souvent des mésaventures aux enfants qui portent un prénom peu connu ou d’origine étrangère. Placé dans le pays d’où ce prénom est originaire, celui-ci perdrait toute originalité mais en France il se fait tout de suite remarquer.

Or un prénom marque l’identité et les enfants n’ont pas envie d’être différents des autres. Mal prononcé, l’enfant ne s’y reconnaît pas ; ignoré, il ne se sent pas exister. Les prénoms à l’école sont rapidement sujets à jugement et leur rejet amènent ceux qui les portent à réagir pour retrouver leur place. « Ca me fait si mal. Mal au cœur… » (p15) « Ce prénom, il me fait honte. » (p22)

La réaction première est souvent une défense qui reproduit le schéma subi : déformer le prénom de l’autre, en faire un surnom stupide, harceler l’autre en le poursuivant avec ces sobriquets.

Si cette défense n’est pas appropriée, on peut la comprendre au niveau de l’enfant. En revanche, les enseignants ne sont pas épargnés dans ce livre puisque l’autrice les fait réagir aussi très mal : ils n’essaient pas de prononcer le prénom, ils n’entendent pas les moqueries, ils ne voient pas la souffrance de l’enfant. Agissant ainsi, ils autorisent les autres enfants à les imiter, ce qui est plus que regrettable.

Faute de réussite pour faire cesser cette situation, Wlodjimyerz cherchera alors à changer de prénom, sans succès : « Mon prénom, je ne l’aime pas, pourtant c’est le seul qui me va. » (p29). Il se trouve alors dans une situation sans issue qui l’empêche de vivre sereinement.

Quant aux parents, ils ne comprennent pas la réaction de leur fils car pour eux ce devrait être un honneur de porter le prénom d’un membre de la famille qui a été un héros durant la dernière guerre. Il est porteur de leur histoire, de leur rapport à leur pays d’origine, des souvenirs de leur enfance. Toucher à ce prénom, c’est abîmer une partie de leur vie et cela les attriste beaucoup. Mais ils n’essaient pas beaucoup non plus d’aider leur fils car ils ne comprennent pas ce qu’il peut vivre.

Heureusement, le voyage qu’ils lui proposent en Pologne sera quand même le déclencheur d’une réflexion sur la valeur de ce prénom et aidera l’enfant à le considérer autrement en rentrant en France. « A la fin du mois, […] , je me sens triste mais plus fort aussi, plus riche, plus moi. » (p67). C’est ensuite une élève qui va apporter une autre pierre à la reconstruction de Wlodjimyerz : une correspondante galloise dont le prénom est au moins aussi compliqué que le sien pour des français. Elle lui montrera par l’exemple qu’un prénom, aussi compliqué soit-il, ne définit pas la personne qui est avant tout ce qu’elle fait.

C’est enfin une enseignante, la seule adulte qui va positivement réagir car elle est celle qui a été victime du même problème et qui va aider Wlodjimyerz à se réapproprier son prénom. Elle va également proposer une réflexion à toute la classe par des jeux autour des prénoms des élèves et une recherche sur les origines de ces dénominations. Ne plus se sentir seul dans cette situation va aider Wlodjimyerz à assumer son prénom car il est enfin soutenu.

L’épilogue sur l’atelier « scrabble » donne une valeur à la manipulation de toutes ces lettres rares dans notre alphabet mais existantes dans de nouveaux mots à découvrir et ouvre vers une autre façon de considérer la langue.

Ce livre donne ici un beau message à tous les enfants : le prénom est un héritage, un choix des parents qui lui donnent une valeur affective et il est important de le respecter même s’il semble bizarre ou improbable.

Il serait étonnant que, dans notre époque où de nombreux mouvements de populations brassent les origines des enfants, les élèves ne soient pas confrontés un jour à une situation identique à celle décrite dans ce livre.

Merci donc à Rachel Hausfater d’aborder ce problème, elle qui, en introduction de son roman, a soigneusement apposé la citation suivante :
Faut-il qu’il m’en souvienne,
La joie venait toujours après la peine.
signée de la façon suivante :
Wilhelm Albert Wlodzimierz Apolinary Kostrowicki
dit Guillaume Apollinaire.

On pourra faire réfléchir les enfants sur cette phrase, comme sur le nom du poète…

 

Septembre 2021