Le monstre du lac

Le monstre du lac
Auteur-Illustrateur

Léo Timmers

Traducteur

Laurent Bayer

Editeur

Cambourakis – 2022

Quatre petits canards décident de se baigner dans un lac. L’un d’eux s’inquiète : ne raconte-t-on pas qu’un monstre se cache dans ses profondeurs ? Mais il s’agit sûrement d’une légende. À moins que ?

Mots-clés : courage, monstre, peur

Présentation générale

Tout commence par une proposition alléchante : une promenade sur le lac. Tous les canards sont enthousiastes excepté Eric, le dernier canard, qui a entendu dire qu’un « horrible monstre » habitait dans le lac. Il craint de s’y promener. Les autres ignorent cette rumeur parce que, pour eux, « ce ne sont que des histoires ».
Les quatre canards s’engagent donc sur le lac, en toute confiance pour les trois premiers, de façon moins assurée pour le dernier. Et l’histoire lui donne raison (ou presque). Après avoir quitté la berge Eric jette un coup d’œil dans l’eau et que voit-il ? Un énorme poisson complètement monstrueux !
Eric panique, il met en alerte ses coreligionnaires qui ne voient rien, ne le croient pas et continuent leur route sans se détourner. A partir de là Eric va vivre une aventure fantastique dans un monde sous-marin incroyable, inimaginable et terriblement drôle.

De la fantaisie, de la joie, de l’humour à foison pour ce petit album aux illustrations savoureuses ! On ne s’ennuie pas avec Eric le canard ! Au contraire, on s’amuse et on apprend à vaincre ses peurs pour découvrir un univers fou juste jubilatoire !

Notre avis

Nous connaissions déjà Léo Timmers avec l’album Je veux qu’on m’aime , un coup de cœur de 2015 qui avait été sélectionné lors d’un jury Jeunes Lecteurs et pour lequel nous avions décliné différentes activités. Déjà nous avions été séduits par le style direct de l’auteur-illustrateur qui racontait une histoire intelligente, sensible et drôle avec peu de mots et sans habillage excessif. Le monstre du lac est dans la même lignée. Il y a peu de textes, les illustrations sont minimalistes ou foisonnantes selon des circonstances bien ciblées, l’histoire est simple et néanmoins pertinente.

Chaque double page est construite autour d’une ligne horizontale qui sépare le monde aérien et le monde aquatique : il y a ce qui se passe autour et sur l’eau, et ce qui se passe sous l’eau.

Le monde subaquatique tient une place prépondérante, au moins les trois quarts de l’espace. Et pour cause ! C’est ce qui se passe sous l’eau qui est le plus important et le plus incroyable ! Léo Timmers propose un monde peuplé de monstres plus farfelus les uns que les autres. Il a laissé libre cours à un foisonnement imaginaire, fantaisiste qui tend à la poésie.

Le premier monstre est une espèce de baleine-sous-marin cornue, avec des pailles colorées pour périscopes, des pattes et des yeux de grenouille, des nageoires en éventail, une montre à gousset… et des dents proéminentes. Fait-il peur ? Certainement un peu, au début. Mais quand il sort de l’eau et se présente à Eric avec un regard malicieux, un sourire charmant, le chapeau haut-de-forme à la nageoire, il montre des intentions tout à fait conviviales car ce monstre est éminemment gentil. C’est donc en toute confiance et avec beaucoup de curiosité qu’Eric le suit. Et la découverte des fonds marins n’a pas fini de le surprendre. Par un jeu de pliage simple et astucieux l’auteur offre au regard un plan large de l’univers subaquatique sur une quadruple page. Dans un environnement urbain avec Motel, métro, feux et panneaux de circulation entre autres vivent toutes sortes de créatures, de l’espèce de dragon cornu buvant une canette à la pieuvre cravatée bricoleuse, en passant par la dame poisson perroquet avec sac à main ou par le poisson aux nageoires en éventail et aux crocs acérés. C’est coloré, joyeux, vivant, plein de détails insolites. C’est farfelu et tellement plaisant à regarder ! Eric, le canard apprécie cet univers certes monstrueux mais surtout burlesque et ludique. Après la panique du début, il prend plaisir à découvrir et partager la joie de vivre sous l’eau. Comme le jeune lecteur, certainement.

Au-dessus de l’eau ce n’est pas la même chose. Les trois camarades d’Eric sont dessinés sobrement, seuls leur couleur les distingue. Représentés le plus souvent de profil, ils font penser aux canards en plastique d’une baignoire, glissant sur l’eau sans faire de vagues. Ils sont plutôt stoïques, gardant la tête haute et le regard horizontal. Ils ne deviennent expressifs qu’à quelques moments clés de l’histoire. La typographie et l’emplacement du texte tel des bulles de BD accompagnent de façon humoristique leurs réactions. Ils parlent parfois successivement pour dire la même chose ou ils hurlent en même temps le même mot. En fait ces canards n’ont pas de personnalité, ils pensent la même chose, s’expriment et réagissent de façon identique.

Comme nous venons de le voir, Léo Timmers marque bien les oppositions entre des univers différents mais aussi et surtout entre deux types de personnages : les personnages qui savent et ceux qui ne savent pas. Personne ne ment dans ce récit. Tous les personnages ont connaissance de la rumeur de la présence d’un monstre dans le lac. Eric le craint, les autres canards, eux, sont certains que le monstre n’existe pas. Seul Eric a la curiosité de mettre la tête sous l’eau pour voir de ses propres yeux ce qui se passe. De ce fait il est le seul à faire la connaissance des monstres, pas si effrayants que cela d’ailleurs. Ainsi l’auteur suggère l’importance d’être curieux, de chercher à savoir. Croire à une histoire n’est pas obligatoirement stupide, il est toujours utile de creuser, de prospecter pour mieux comprendre. Il en profite pour mettre à distance la figure du monstre effrayant au profit d’un être totalement bizarre, incroyable, intéressant à découvrir.

La notion de point de vue a toute son importance dans le récit puisque les jeux de mises en scène consistent à détourner le regard des trois canards de tous les événements importants vécus par Eric. Ainsi les palmipèdes ne voient pas le monstre apparaître à la surface, ils ne constatent que la disparition d’Eric et son incroyable réapparition. Au(delà du jeu de cache-cache suggéré, il sera possible d’interroger les lecteurs sur ce que voient, comprennent et disent les personnages, une aide certaine à la compréhension de situations pas si simples que cela. Cela expliquera facilement pourquoi Eric, fort de ses nouvelles connaissances, est en mesure de se moquer des autres canards en sortant de l’eau.

Sous un abord farfelu Le monstre du lac aborde de nombreux thèmes intéressants tels que l’importance de la connaissance, le fait de dépasser ses frayeurs pour savoir, l’arrogance des gens persuadés de tout connaître, l’importance d’être curieux… Le lecteur, même seul, pourra facilement s’amuser des expressions des personnages, des poissons insolites, des fonds marins impossibles… Le lecteur adulte prendra sans aucun doute plaisir à lire de façon expressive les quelques lignes dédiées aux dialogues mais il pourra également raconter cette histoire en y ajoutant ce qu’il souhaite. Tout est possible !

Qui est Léo Timmers

Les éditions Cambourakis nous donne quelques indications sur cet auteur-illustrateur né en Belgique qui écrit en néerlandais. Notons d’ailleurs la qualité de la traduction de Laurent Bayer qui a trouvé les mots justes.
Léo Timmers a un site personnel qui fait état de sa bibliographie et de ses nombreux supports de production.