Le talisman
| Auteur-illustrateur | Ronald Curchod |
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| Editeur | Rouergue – 2025 |
Présentation de l’éditeur : Ce nouvel album de Ronald Curchod est un récit qui mélange le rêve et la poésie. Il s’agit d’un cheminement qui plongera le lecteur dans les magnifiques illustrations de ce peintre qui travaille avec la technique très classique de la tempera.
Mots-clés : fable, mystère
Nos commentaires
Rarement un album jeunesse ne nous aura autant questionnés.
Sa composition d’abord est insolite : grand format, travail uniquement en doubles-pages alternant texte et peinture. Les textes sont disposés d’une manière originale : un peu sur la page de gauche, davantage sur celle de droite. Cette dernière prend une organisation à chaque fois différente avec une police plutôt grande, de couleur bleue et très douce au regard. Les vers sont libres.
Le texte n’est pas un récit classique. Il se compose de quelques phrases, sans majuscule ni ponctuation, souvent découpé en deux ou trois lignes et disposé sans régularité. Nous voilà plongés dans un langage poétique, simple et facile à lire. Après chaque double-page de texte, une autre double-page illustrée nous projette dans le monde abordé précédemment avec une beauté et un univers incroyables.
L’histoire en elle-même est aussi étonnante. Elle prend le temps de se dérouler dans une forêt, avec un enfant, une fillette et un lièvre.
L’enfant dort, au pied d’un arbre ; il se repose. Soudain un lièvre passe tout près de lui et disparaît aussi vite qu’il était apparu. Le garçon se met à le suivre jusqu’à une plage où l’animal emprunte une barque dirigée par une fillette. La barque ne revient pas.
Intrigué, l’enfant revient le lendemain attendre le lièvre. Mais il ne passe pas. Le soir, le garçon retrouve néanmoins la barque vide qu’il prend pour se rendre sur l’île où la fillette a disparu. Il y découvre une église devant laquelle un feu brûle. A l’intérieur, de multiples statuettes de lièvres sont installées. A l’aube, l’enfant repart et rapporte la barque à la fillette qui l’attendait. Celle-ci lui donne un petit talisman puis s’en va.
Un saut dans le temps s’effectue alors, et nous retrouvons un vieil homme qui revient dans ces bois. L’environnement a changé. Il porte en collier le petit lièvre d’argent reçu de la fillette.
Raconté ainsi, l’intérêt de cette histoire est bien fade et de multiples questions restent en suspens : Où se trouve cette forêt magique et magnifique ? Quelle est la valeur de ce lièvre ? Est-il l’initiateur ou le dépositaire d’un culte inconnu ? Est-ce un rêve ou une fable ?
Il faut savoir se laisser pénétrer par ce monde imaginé par Ronald Curchod. Lire et relire doucement ses textes pleins de douceur, de sensations, d’impressions. On y parle de regard qui « caresse les couleurs de l’automne », de « l’épaule du vent », de « feuilles froissées » et « de brindilles brisées », de bateau qui « file silencieusement comme sur le ciel à l’envers », de « vaguelettes qui soupirent sur les galets », de « lune déjà suspendue qui aspire la lumière du crépuscule »… Quel langage magnifique ! L’adulte pourra prendre le temps de déclamer ce texte pour mieux faire sentir aux enfants la qualité de l’écriture. Elle est simple mais profonde et cela touchera sûrement les lecteurs. On s’y attarde, on entend le chant des passereaux et des hulottes, hiboux et petits ducs, on voit l’eau du lac « percée de petites étoiles pointues ». Et quand notre imagination ne suit plus les méandres de la narration, on tourne simplement une page et on ressent alors un choc esthétique par la beauté des peintures qui nous sont offertes. De superbes soleils couchants à travers les arbres, des ciels enflammés par des teintes éblouissantes, une nuit noire, profonde, avec un croissant de lune, puis bleutée et finalement éclairée par un feu lointain… : un déroulé de paysages incroyables !
L’auteur sait se faire poète et peintre pour nous transmettre son univers et passe de vers légers et joliment construits à des tableaux aux couleurs profondes. Le voyage auquel il nous invite le long d’une nuit semble propice à la découverte que l’enfant fait dans ces lieux inconnus. Cela peut être l’histoire d’une rencontre, d’un voyage initiatique, d’une transmission qui a changé la vie de l’enfant et lui a donné une force qu’il souhaiterait donner à son tour. De l’automne, nous passons à l’hiver, symbole de la vieillesse et de la mort pour le vieillard. C’est aussi la fin d’un livre qui guide tout au long de la vie.
Les adultes y verront la trace d’Alice au pays des merveilles, avec un lapin guide dans un monde nouveau. Les jeunes lecteurs interpréteront à leur convenance le sens des personnages et du talisman. Mais aucun ne pourra rester insensible à cette poésie.
Notre avis
C’est un livre magnifique et qui laisse des traces chez le lecteur. Il semble judicieux de ne pas le donner ainsi aux jeunes, mais de le leur « offrir », oralement et visuellement, dans un contexte approprié pour que cet ouvrage soit mis dans l’écrin qui lui convient. Ensuite, l’enfant pourra le reprendre seul ou accompagné, pour lire les textes, détailler les illustrations, exprimer ses ressentis. C’est encore trop rare de mettre à la disposition des jeunes un tel ouvrage qui ouvre les portes de la poésie. Il faut en profiter.
Pour aller plus loin
- Présentation de l’ouvrage en vidéo
- le blog de l’auteur
- Deux albums à retrouver dans la bibliographie Jeunesse proposée par le site Ricochet
