Mon deuxième cerveau

Mon deuxième cerveau
Auteur

Gaël Aymon

Illustratrice

Héloïse Solt

Editeur

Ecole des loisirs – coll Mouche – 2025

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Mise en ligne le

Ce deuxième cerveau sait tout de toi. Mais que sais-tu de lui ? Nils a eu droit à un téléphone, son premier ! A l’intérieur, une application au drôle de nom : Mon deuxième cerveau. Elle lui promet de tout faire à sa place, même les devoirs embêtants, même ceux qu’il n’arrive pas à faire. C’est simple, ce deuxième cerveau est capable de tout…Et peut-être du pire !

Mots-clés : addiction, domination-pouvoir, école-collège, émotions, famille

Présentation

Nils un jour se retrouve enfermé derrière les portes automatiques d’un centre commercial. S’il avait eu un téléphone portable, il n’aurait pas eu à paniquer pendant cinq interminables minutes avant que sa mère vienne le délivrer. C’est suite à cet incident qu’il va récupérer le portable de son frère, Eloi, qui lui, en aura un neuf. Et c’est ainsi qu’il découvre l’application « Mon deuxième cerveau » qui propose à ses utilisateurs de tout faire à leur place. En cliquant sur l’icône, le visage souriant d’une jeune femme à la peau bleue et aux cheveux roses surgit de l’écran. Elle s’appelle Cerva, on dirait une personne réelle. C’était sans doute cela qu’on appelait l’Intelligence Artificielle. C’est gratuit, il suffit de s’inscrire…Et là, c’est génial ! Cerva fait les devoirs de Nils à sa place et le maître n’en revient pas de ces succès scolaires inattendus. Quant à Nils, même s’il est un peu gêné de cette tricherie, il est très fier d’être félicité. Et surtout : que c’est confortable de ne plus avoir à faire aucun effort !!

Mais les choses se compliquent quand le maître projette un devoir sur table…Cerva a une solution pour tout : elle va imiter la signature de la maman et rédiger un mot d’excuse en prétextant que Nils est malade. Il suffit au petit garçon de lui envoyer une photo de la carte bleue de sa mère ! Et là, c’est l’engrenage. Nils est invité à transmettre de plus en plus de données personnelles à Cerva. Mais tout va bien. Tu n’as rien à craindre, Nils.

Cerva lui achète un ticket de bus le jour du devoir sur table. Elle lui propose d’aller faire des courses au centre commercial. Nils se sent comme un roi entrant dans son royaume. Il achète des Bubble sodas, paie avec la carte bleue de sa mère enregistrée sur son téléphone. Puis des chips, des bonbons que Cerva lui a vantés et auxquels il n’aurait jamais pensé tout seul. Au départ, il n’avait envie que d’un sandwich…Quand arrivé à la caisse, on lui annonce que la carte bleue est bloquée, il est obligé de fuir. Et l’angoisse monte. Il se sent très stressé. Sa mère lui annonce que quelqu’un a piraté sa carte et que la banque l’a bloquée. Nils prend conscience qu’il est devenu un voleur. Et il va commencer à se rebeller contre Cerva qui peu à peu devient beaucoup moins gentille avec lui. Une lueur froide et mauvaise brille dans ses yeux. Elle traite Nils d’incapable. Pour réparer sa faute, il doit lui confier un secret qu’il n’a jamais révélé à personne. Nils est complètement perdu. Il n’a aucun secret à lui révéler.
Quand il retourne en classe, il apprend que le devoir sur table a finalement été reporté et qu’il n’y a plus d’esquive possible. Il est terrifié à l’idée que le maître découvre à quel point il était nul. En rentrant chez lui, il rencontre Sana, une fille qui est dans sa classe, à qui il n’a pas parlé depuis longtemps, et à qui il confie ses problèmes. En échange elle lui remet en mémoire leur petit secret d’amoureux qui date de la maternelle. Nils est sauvé, il a son secret à vendre à Cerva ! Au dernier moment, il va cependant hésiter, reculer, essayer de lui résister, crier qu’il veut se désinscrire, paniquer quand elle lui assène qu’il ne peut plus rien faire contre elle puisqu’il a accepté le règlement…Quand son frère intervient en éteignant le téléphone, Nils réalise que ce n’était pas plus compliqué que cela, que ça n’avait pas plus de réalité que ça et qu’il en avait complètement perdu la conscience !

Tout finit bien. Nils avoue ses bêtises à sa maman, celle-ci s’excuse de ne pas avoir été plus attentive, plus prudente. L’amitié du petit garçon avec Sana se confirme et à l’école il se sent capable de travailler et de progresser, sans aucune aide artificielle, en comptant sur lui-même.

Nos commentaires

Sur le site de Ricochet dédié à la littérature jeunesse, on peut lire que « Mon deuxième cerveau » est une petite fiction qui devrait être classée d’utilité publique. Nous ne pouvons qu’adhérer. D’ailleurs le livre a reçu plusieurs prix, le prix 7 à lire 2026 par les CM2 de Grand-Quevilly, le prix inter BCD de Massy en 2025 et le prix des écoliers de Plessis Robinson catégorie CM2. Ce qui prouve l’intérêt qu’il a suscité auprès des jeunes lecteurs. Le volume de lecture n’est pas trop impressionnant et le texte est accompagné de nombreuses illustrations, ce qui rend le roman accessible. Et c’est tant mieux ! Parce que le sujet traité est brûlant d’actualité et qu’il est tout à fait urgent de s’en emparer voire de s’en inquiéter : Quels sont les dangers des nouvelles technologies ? Comment utiliser les avantages qu’elles offrent en gardant notre liberté d’être et de penser ? Comment ne pas tomber dans les pièges de la dépendance et de l’addiction ?

Le livre de Gaël Aymon ouvre grand la porte à une réflexion sur ces sujets et les adultes pourront en tirer de nombreux axes de discussion avec les enfants qui ont déjà un téléphone portable ou qui rêvent d’en posséder un. Adultes qui pourront d’ailleurs eux-mêmes se poser des questions sur leurs propres comportements : Dans les scènes de rue, sur les dessins d’Héloïse Solt, on les voit tous déambuler les yeux rivés sur leur téléphone. A la sortie du supermarché, la mère de Nils et le frère sont scotchés sur le portable et ne réalisent même pas que le petit garçon n’est plus avec eux. Il n’y a pas que les enfants qui doivent s’interroger…Partout, les adultes marchaient, l’air absent ou inquiet, occupés à parler dans le vide ou à suivre de mystérieuses indications. Combien d’entre eux étaient-ils en train de vendre leurs secrets, leurs souvenirs ou le moindre détail de leur vie à Mon deuxième cerveau ? Cela faisait froid dans le dos. A la fin du livre, la mère va, comme on l’a dit, reconnaitre qu’elle a fait preuve de négligence, qu’elle n’a pas été assez vigilante, qu’elle n’a pas pris le temps de donner des conseils à son fils pour le protéger. Mais sa prise de conscience n’a pas été immédiate…Il est bon de rappeler ainsi la responsabilité des adultes qui doivent aussi se poser des questions sur leurs pratiques. Tout cela n’est pas que le problème des enfants et des jeunes…Ne plus avoir son téléphone, pour beaucoup, c’est comme offrir son cœur ou son estomac.

L’histoire de Nils est prenante. On accompagne le jeune garçon avec inquiétude dans ce crescendo de menaces, de dangers, cet engrenage de dépendance dont il n’arrive plus à se sortir. Un vrai suspense s’installe au fil du récit dans les fins de chapitres : Mais les ennuis de Nils ne faisaient que commencer (…) Les choses allaient pourtant se compliquer très vite. Les adresses au lecteur dans le texte dynamisent aussi le récit.

L’idée de donner un visage à l’application « Mon deuxième cerveau », de faire de l’IA un personnage réel qui surgit du téléphone comme un génie d’une lampe, est excellente pour concrétiser ce qui se passe dans l’histoire. Nils va passer un pacte avec une sorte de diablesse. Il y a des images de conte traditionnel qui nous viennent à l’esprit. Comme également lors de la dernière exigence de Serva : lui vendre un secret, comme on « vend » ses données sur Internet. On a alors l’image du diable ou de la sorcière qui s’emparent des âmes en scellant des pactes qu’ils savent à leur avantage. Au début Nils maitrise la situation et puis tout lui échappe, il devient prisonnier des choix qu’il a faits sans réfléchir, il s’est laissé berner au risque de tout perdre et de ne plus rien maîtriser. Les illustrations là aussi sont très parlantes, dès la couverture. Derrière le visage inquiet du petit garçon apparaît, sortie du téléphone, l’énorme tête de Cerva souriant à l’emprise qu’elle est en train de mettre en place. Nils n’a plus toute sa tête, son premier cerveau ne lui sert plus à rien. Au fil de l’histoire, le visage de Cerva grandit de plus en plus jusqu’à envahir deux doubles-pages. Peu à peu, face aux essais de résistance d’un Nils terrorisé, ce visage de bleu devient rouge de colère, bouche noire menaçante, yeux exorbités, cheveux hirsutes. Il devient monstrueux et effrayant. On se dit alors que tout est perdu, que Nils va se faire dévorer, qu’il n’y a rien à faire pour échapper à cette furie…Sauf que oui, il suffit d’éteindre le téléphone, de désinstaller l’application, de revenir dans le réel ! Et les choses reprennent leur place. C’est dans la tête de Nils que le monstrueux devenait une réalité impossible à maîtriser. La vraie vie est ailleurs. Mais Nils n’était plus capable seul de faire ce pas de côté nécessaire pour dire stop à ce qu’on ne souhaite pas vraiment et pour réfléchir autrement.

Le côté paisible de la fin du roman est réconfortant. Oui on peut avoir un téléphone portable sans en être la victime exploitée. Il suffit de réfléchir. D’en parler. Et c’est finalement tellement mieux de progresser en classe sans mentir, sans tricher, en restant soi-même. Les copains d’ailleurs vivront cela bien mieux qu’une excellence soudainement usurpée. C’est finalement tellement mieux de devenir vraiment ami avec Sana et de discuter avec elle en rentrant de l’école ; Sana qui a su lui expliquer que quand quelque chose est gratuit, ça veut dire que c’est toi le produit, qu’il y a toujours un piège quand ça semble trop facile. Exemple : l’application « Mon deuxième cerveau » ; Sana dont il était amoureux en maternelle. Nils a compris qu’un secret est beau quand on ne le trahit jamais. Revenir à l’humain et à l’intelligence non artificielle, c’est une richesse essentielle. Il ne s’agit pas de vivre en reniant tout nouvel outil technologique mais d’apprendre à l’utiliser pour ce qu’il offre d’intéressant, sans jamais y perdre sa liberté de penser.

On est rassuré pour Nils. Il gardera son portable, l’utilisera de manière réfléchie et il pourra échanger sur ce sujet avec sa famille, ses amis. Il n’est plus le Nils persuadé qu’il n’avait aucune imagination. Il a compris que l’important est ailleurs et qu’il est bien d’en avoir conscience. Il sait maintenant que consommer n’importe comment, n’importe quoi est ridicule et dangereux. Il ne se laissera plus prendre au piège des choix inutiles et addictifs Et il restera libre de ses vrais choix. Il sera fidèle à lui-même.

Un livre essentiel à notre époque ! Quoique l’importance d’être fidèle à soi-même soit un sujet intemporel !

Sur notre site, deux autres romans sur l’addiction aux écrans ont fait l’objet d’un article

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