Où tu vas comme ça ?

Où tu vas comme ça ?
Auteur

Gilles Bizouerne

Illustratrice

Bérangère Delaporte

Editeur

Didier Jeunesse – 2018

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Fillette marche dans la forêt pour retrouver son papa. Soudain elle rencontre Loup, qui lui propose de l’accompagner : « C’est dangereux de se promener seule à la nuit tombée ! » Puis c’est au tour de Sorcière de débarquer. Et voilà qu’Ogre et Monstre rejoignent la nouvelle équipée…Fillette continue, toujours aussi insouciante, en apparence…

Mots-clés : randonnée, sorcière, monstre, ogre

Présentation générale

Une fillette rentre chez elle, à la tombée de la nuit, en passant par la forêt. Elle va y faire la rencontre successive du loup, de la sorcière, de l’ogre et du monstre. Tous veulent l’accompagner à rentrer chez elle, pour la sécuriser selon eux, mais surtout se disputent à l’avance pour savoir qui va pouvoir la manger. Mais la fillette reste calme, continue son chemin et c’est elle qui aura le dernier mot de l’histoire, grâce à un papa… extraordinaire !

Notre analyse

Ce conte de randonnée est plein d’humour et de suspens. L’histoire se lit autant dans le texte que dans les illustrations. La construction est faite sur des doubles-pages : page de droite la fillette qui avance et fait ses rencontres / page de gauche, les méchants qui se font des tours entre eux pour rester seuls avec l’enfant et pouvoir la croquer (le loup saute sur la sorcière, la sorcière lui jette un sort, puis ils provoquent tous les deux une chute pour l’ogre, qui lui-même essaie d’assommer le monstre). Il y a aussi sur cette page tout le petit peuple de la forêt qui tourne autour des principaux personnages, interagissant entre eux et faisant usage de conduites de séduction ou de rapports de force, comme un miroir de ce qui se déroule sur la page parallèle : l’araignée essaie de séduire par la musique le petit ver, les écureuils se provoquent entre eux à coups de noisettes, les petits vers sortent du tronc pour effrayer le pic-vert qui voulait les manger… : tout est à observer et commenter.
Au fur et à mesure de la randonnée, les étoiles arrivent dans le ciel pour montrer la nuit qui tombe et la lune, cachée derrière les nuages, sort peu à peu pour apparaître bien ronde, en « pleine lune » au moment de l’arrivée à la maison, pour que le papa puisse se transformer en loup garou et faire fuir les quatre méchants. Ceux-ci qui, en voyant le papa, salivaient d’avance à l’idée de dévorer et la fillette et son père se trouvent paniqués à l’apparition du loup-garou, qui devient leur prédateur. C’est une surprise totale qui enchantera les petits !
On notera que la fillette reste calme et souriante tout au long de l’avancée dans la forêt, ce qui tend à manifester que finalement c’est elle qui mène le jeu et attire les effrayantes créatures dans son piège, lequel se refermera sur elles à l’arrivée à la maison. C’est donc également un conte de ruse, qui illustre fort bien le proverbe « Tel est pris qui croyait prendre ». Mais pour être certain que tous les enfants le perçoivent, il sera probablement nécessaire d’insister sur les intentions cachées des personnages.
Pour tout apprécier, les enfants devront connaître les figures stéréotypées de la littérature de jeunesse que sont le loup, la sorcière, l’ogre et le monstre ainsi que leurs attributs, que l’on voit apparaître avant leur venue sur la page de droite : la queue du loup, le chapeau et le corbeau de la sorcière, le gourdin de l’ogre, les dents du monstre. Le loup-garou est certainement moins connu chez les jeunes enfants. Vous trouverez ci-dessous un petit résumé sur ce personnage.

Les illustrations

Comme noté dans l’analyse ci-dessus, les illustrations racontent autant l’histoire que le texte. Sous une forme naïve de dessins d’enfant, elles sont particulièrement bien adaptées à ce texte et utilisent des graphismes, des formes simples mais facilement reconnaissables. Les couleurs restent pastel ou même vives, donnant du peps et du sourire à l’ensemble alors que l’histoire pourrait être tragique. Ce qui renforce le ton humoristique. On notera que la fillette porte un pantalon sous sa jupe, ce qu’on peut interpréter comme un signe de sa duplicité : je ne suis pas une faible fillette et j’ai des ressources cachées qui vous attendent ?? Effectivement, elle n’a jamais peur et accepte toutes les propositions pour mener à bien son projet : ramener de quoi manger à son papa (CF. dernière phrase : Bon appétit Papa !). On peut y voir une complicité entre fille et père mais aussi une protection du père envers sa fille, capable de se transformer pour lui éviter des ennuis.
Il faudra sûrement reprendre le livre après sa lecture pour chercher avec les enfants dans les illustrations, tous ces détails qui pimentent le récit.

La typographie a choisi des couleurs pour bien identifier les paroles des différents personnages. Cela aide à l’identification des personnages.

Ce livre est un régal pour l’histoire, les illustrations et sa construction. Pas de doute qu’il séduira nos jeunes « non-lecteurs » qui pourront le feuilleter à souhait.

Pour prolonger la lecture

On pourra rapprocher cet album de « La bonne humeur du loup gris » du même auteur et dans la même veine.

Quelques données sur le loup-garou :
Un lycanthrope, plus connu en français sous le nom de loup-garou, est, dans les mythologies, les légendes et les folklores principalement issus de la civilisation européenne, un humain qui a la capacité de se transformer, partiellement ou complètement, en loup, ou en créature anthropomorphe proche du loup.
Cette transformation peut être due à plusieurs causes, comme une malédiction ou un rituel volontaire, et plus récemment la morsure ou griffure d’un loup ou d’un autre lycanthrope. Elle se déclenche généralement durant la nuit et à chaque pleine lune, condamnant le lycanthrope à errer sous forme de loup jusqu’au matin. Les histoires de lycanthropes sont mentionnées depuis la mythologie grecque, elles sont étendues à de nombreux pays européens, et plus récemment au monde entier. Les lycanthropes sont majoritairement décrits comme des êtres maléfiques possédant les capacités du loup et de l’homme à la fois, une force colossale, et d’une grande férocité puisqu’ils sont capables de tuer de nombreuses personnes en une nuit. Ils se rappellent rarement leurs méfaits nocturnes après avoir repris forme humaine.
Hormis par le recours à la chirurgie et l’utilisation de costumes, la transformation physique d’hommes en loups est impossible. Cependant, bon nombre de personnes, y compris érudites, y ont cru pendant des siècles et cette croyance perdure parfois encore. La lycanthropie est aujourd’hui scientifiquement reconnue comme symptôme d’une maladie mentale dans laquelle la personne se croit changée en loup, on parle alors de lycanthropie clinique.
Le thème de la lycanthropie est devenu un sujet de fiction moderne fréquent, abondamment repris dans les arts, les littératures fantasy et fantastique ainsi que l’audiovisuel, il est au centre d’un très grand nombre de films d’horreur et de sagas, bien que ces lycanthropes modernes puissent avoir des caractéristiques différentes des anciens, notamment leur vulnérabilité aux balles en argent et à l’Aconit napel aussi connu sous le nom de Aconit tue-loup2.(extrait du site https://fr.wikipedia.org/wiki/Lycanthrope)