Addi et sa coupe afro
| Auteur | Jali Madi |
|---|---|
| Illustratrice | Felicia Fortes |
| Editeur | Cambourakis – 2024 |
Addi n’a qu’une envie : dévaler la colline avec sa luge de course. Mais, pour grand-mère, qui dit neige dit bonnet. Sauf qu’Addi refuse qu’on touche à son afro. Et personne ne semble le comprendre, pas même les animaux de la forêt…
Mots-clés : randonnée, respect du corps
Présentation générale
Addi est un enfant turbulent qui a très envie d’aller faire de la luge sur la colline enneigée. Mais s’il accepte d’enfiler gants et écharpe, il refuse de mettre un bonnet. Les grands-parents qui le gardent, ne veulent pas le laisser sortir ainsi et essaient de l’obliger à en mettre un pour protéger ses oreilles. Chacun s’y emploie : grand-mère veut faire des tresses, Grand-père essaie sans succès de tricoter les cheveux ensemble pour qu’ils rentrent dans le bonnet. Car Addi a des cheveux épais et crépus qu’il est très difficile de mettre dans un bonnet de laine !
L’enfant parvient à s’échapper et tire sa luge jusqu’en haut de la colline. Chemin faisant, il rencontre différents animaux qui tous grelottent : le renard claque des dents et sa queue tremble, le hibou éternue, l’hermine et le castor se frottent les pattes pour les réchauffer et l’élan pleure.
Le renard, le premier, repère la chevelure de l’enfant qu’il prend pour de la fourrure et saute pour s’y mettre au chaud. Addi lui demande de descendre mais l’animal compte bien se réchauffer ici. Addi le laisse profiter de ses cheveux le temps qu’il monte sa luge mais en route, le hibou aperçoit la touffe de cheveux et, croyant que c’est un bonnet, vient s’y installer comme dans un nid.
Addi est agacé, veut chasser les deux animaux sans gêne qui prennent ainsi leurs aises sans son accord, en remuant fort la tête pour les faire tomber. Mais comme ils ont vraiment l’air frigorifiés, il les laisse un moment « chez lui ».
Arrivé tout en haut, le vent froid souffle fort là où une hermine et un castor se cachent pour se protéger de la bise. Ils chuchotent entre eux sur ce « bonnet » si particulier qu’ils voient mais l’enfant les entend et leur explique que ce n’est pas un bonnet mais ses cheveux. Et comme ils ne semblent pas le croire, c’est lui qui, cette fois, les invite à venir sauter dans sa chevelure pour le vérifier. Voilà donc tous les animaux calfeutrés dans l’épaisseur de ses bouclettes alors qu’Addi voudrait bien pouvoir faire sa descente en luge ! Et un dernier animal, et non le moindre, un élan, veut également se mettre au chaud sur sa tête.
C’en est trop ! Addi crie, chasse tous les animaux de ses cheveux et s’assoit sur sa luge pour sa glissade. Mais quand il voit que tous les animaux sont très tristes et gelés, il leur propose de le suivre dans la neige jusqu’à chez lui où il leur offre à chacun un bonnet bien chaud tricoté par Grand-Père.
Nos commentaires
Sous la forme d’un conte de randonnée, cet album aborde plusieurs points intéressants de la vie d’un enfant suédois. Car cette histoire est suédoise ! Ce qui explique la neige, le froid, le tricotage et les motifs de jacquards nordiques utilisés en intérieur de couverture.
Addi, les lecteurs le remarqueront très vite, est métis. Son papa est d’origine africaine (comme l’auteur, Jali Madi Susso qui vient de Gambie) mais ses grands-parents sont blancs. Joli mélange dans un pays si froid. Mais pas très pratique quand il faut enfiler un bonnet qui n’arrive pas à contenir toute sa chevelure épaisse et crépue. C’est pourtant une très bonne idée de soulever ce problème de consentement avec les cheveux : tout le monde s’acharne à le coiffer, le tresser, lui tripoter ses cheveux sans lui demander son accord ! L’enfant en est vexé, irrité, contrarié car on confond ses cheveux avec un bonnet, avec une fourrure, avec un nid….et aussi car personne ne reconnaît ses cheveux dans cette coupe afro qu’il apprécie. C’est pourtant son identité, au même titre que sa couleur de peau et il en est fier.
Mais Addi a aussi bon cœur et ne sait pas formuler un refus ferme car il voit que tous autour de lui, grelottent et que lui n’a pas froid avec cette épaisseur sur la tête qui lui tient lieu de bonnet ! Jusqu’au point limite où il ne sent plus s’appartenir, ne se reconnaît plus avec sa tête ébouriffée et « habitée ». Il leur ordonne à tous de déguerpir ! Puis, devant leur mine déconfite, il les invite quand même à une issue heureuse à cette rencontre en leur proposant une descente commune en luge et un bonnet-cadeau à chacun d’entre eux.
Une fin ? Et non ! Car dans la maison, Addi voit son papa qui vient le chercher et qui l’aide à démêler ses cheveux et à les coiffer….pour qu’il puisse sortir faire une descente en luge ! Sommes-nous revenus au point de départ ? Pas du tout ! L’enfant et son papa passent un pacte pour ne pas mettre de bonnet MAIS prévenir dès que le froid touchera les oreilles. Et là, toute la famille part faire une descente de luge : grand-père, grand-mère, Papa et Addi sous les yeux des animaux qui les regardent, au chaud avec leur bonnet sur la tête.
Mais alors, où étaient-ils tous ces animaux si, quand le papa arrive, ils ne sont plus là ? On peut penser que Addi, resté à la maison sans l’autorisation de ses grands-parents pour sortir tête nue, a inventé ou rêvé cette randonnée en attendant son père, à partir d’éléments dispersés dans la maison. Car effectivement, une figurine de petit élan se voit sur la commode, puis dans ses mains, un mini renard type peluche est posé sur une étagère, un hibou se trouve peint, encadré sur un mur, une hermine se love dans les bras d’une dame sur un tableau qui pourrait ressembler à La dame à la licorne….Moment suspendu.. .
Quand le papa arrive et résout le conflit avec les grands-parents, ils peuvent sortir ensuite passer un bon moment ensemble.
Notre avis
C’est une histoire malicieuse et riche qui étonnera les jeunes enfants et leur permettra de découvrir qu’il peut y avoir des rebondissements dans un récit, qu’il faut regarder les illustrations pour tout comprendre et qu’en dehors de la narration d’autres valeurs se cachent dans le texte.
On remarquera ainsi que certains clichés sont mis à terre : le grand-père tricote, le père coiffe l’enfant ; on peut habiter en Suède mais avoir des origines étrangères à ce pays ; des familles peuvent être métisses. Et également que des notions importantes tel le respect du corps de l’autre sont mises en avant. Les animaux se rendent compte qu’ils sont allés trop loin avec l’enfant. Ils s’excusent, demandent pardon : « Désolés d’avoir sauté dans tes cheveux ? Ca ne se fait pas. Nous promettons de ne plus jamais recommencer. » Chacun a le droit de choisir son apparence.
Pour aller plus loin
On pense évidemment à La moufle, conte de randonnée dans lequel, une moufle perdue par un enfant, est utilisée par des animaux comme abri contre la neige et le froid jusqu’à ce que…..
On peut aussi lire Roselionne de Nancy B.Pilon et Marish Papaya, Editions Alice Jeunesse Collection Primo- 2013