Journal d’un chien de campagne

Journal d’un chien de campagne
Auteur

Olivier ka

Ullustrateur

Charles Dutertre

Editeur

Le Rouergue-2021

Wah ! Wah ! Wah ! Gus est un chien, un chien de campagne.
Le grand air, les bestioles et les pipis dans la nature, c’est la belle vie ! Dans la maison où il habite, il y a Douce, Petite, Jeu et Grogne. Il y a aussi un jardin qui fait trois lancers de bâton. Mais le jour où tout le monde part en vacances sauf Grogne, adieu la routine, les caresses et les croquettes à gogo. Gus va devoir apprendre à se débrouiller tout seul. Pour lui, c’est le début des ennuis et celui d’un incroyable voyage !

Mots-clés : lien homme-animal, amitié, point de vue

Présentation

Gus a la belle vie dans une famille qui prend bien soin de lui. Mais quand les parents et la petite fille partent en vacances et le laissent en garde à l’adolescent qui le déteste, il va se retrouver abandonné dans la maison ou le jardin et devra subir des nuits froides, des repas qui sautent et des coups plutôt que des attentions. Il va alors fuguer et partir en voyage en vivant des aventures pas toujours heureuses.

Notre avis

Ce récit est celui que le chien raconte lui-même, à sa hauteur, avec ses mots et ses expériences. C’est un régal de journal de vacances qui permettra aux enfants de comprendre la vision que peut avoir leur animal de compagnie avec une tonalité humoristique agréable, même si la fin se change en drame un peu trop fort à notre goût.

Gus est le narrateur. Il parle donc « à hauteur de truffe » et nous donne sa vision du monde qui l’entoure. Ses descriptifs sont de vrais morceaux de bonheur et nous obligent à nous glisser dans sa peau. Son regard sur les humains, le monde environnant et ses découvertes est vraiment succulent.

Les humains

Gus les différencie par un nom qu’il leur donne : Il y a Douce, la maman, pleine d’attentions pour lui, en lui procurant câlins et nourriture, Petite, la fillette qui chantonne, le fait sortir et lui brosse le poil, et également Jeu, le papa qui lui lance des bâtons pour le faire courir. En revanche, il déteste Grogne, l’adolescent, qui ne s’occupe pas de lui et est même brutal quand Gus le gêne. Cette façon de nommer les humains selon ce qu’ils sont, aide à l’identification des personnages et est toujours trouvée avec justesse.
Mais lors de son voyage, Gus rencontre aussi des humains beaucoup moins sympathiques qui vont interagir avec lui et représentent les traitements que les humains font subir aux animaux : Il y aura la maîtresse de Mirza qui lui donnera des coups de pieds, Poussette qui alternera sadiquement douceurs et sévices, les trois vieilles qui « le tripotent, le papouillent et le gratouillent » comme un jouet, sans compter tous ceux qui crient ou le frappent : « ça m’écrabouille, ça m’étouffe… », « Fous le camp d’ici, salle débile de chien pourri ! », « Tu es un vilain petit cochon ! », « Un truc que je déteste c’est quand ils s’en vont et me laissent seuls… »…

Sa découverte du monde

Sa fugue va l’entraîner loin de sa maison et lui faire découvrir des espaces et des animaux qu’il ne connaît pas, chevreuil, lièvre, jolies chiennes, méchants chiens, chats agressifs….Les milieux divers qu’il va traverser sont décrits d’après les odeurs, la température, la souplesse ou la dureté du sol,… l’occasion de porter un autre regard sur ce qui nous entoure. L’importance des odeurs est très bien montrée, que ce soit celle de besoins naturels ou des éléments végétaux comme le marché qui devient « une fête à ma truffe ». On comprend aussi que la vision du chien se situe au niveau du sol et donc que ses repères ne sont pas du tout les mêmes que ceux des humains. Il va reconnaître les gravillons de l’allée, les morceaux de mobylette qui traînent au sol, la douceur de son panier. Et les bruits auxquels il est habitué : la voiture, l’escalier qui craque, la viande grillée, les pipis des autres chiens…

Ses expériences

Elevé dans un milieu un peu clos dans lequel il a ses repères et ses habitudes, Gus va faire des expériences plus ou moins heureuses qui vont l’enrichir mais aussi le rendre plus méfiant face aux nouveautés. Il découvre le plaisir de transgresser les interdits, de ne pas se limiter dans ses désirs, de laisser parler son instinct animal. Il comprend aussi malheureusement que tous les humains ne se valent pas et essuie nombre de mauvais traitements qu’il ne soupçonnait pas.

Penser et ressentir comme un chien

L’auteur a cette force de nous faire entrer dans la tête du chien sans tomber dans l’anthropomorphisme. Il nous fait penser comme lui (les noms des humains, la façon de calculer les dimensions du terrain, l’appréciation des voix et des odeurs…) et parler comme lui : des phrases courtes, rythmées quand il est tout excité, des répétitions quand il est obligé de faire toujours la même chose (« Je marche…..Je traverse un pont…Je marche…je passe près d’un troupeau…Je marche… »), des hésitations (« Je vais faire pipi par là…Et puis non. Là c’est mieux. ..En fait, plutôt là, contre la souche… ». Et cela nous permet de ressentir ses comportements et ses émotions, ce qui est fort sympathique et plein d’humour pour le lecteur.

C’est un roman animalier qui plaira sûrement aux enfants, plein d’aventure, d’action et de sentiments. Le lecteur pourra s’identifier facilement à Gus, le héros-chien, et trembler ou gémir avec lui. Les situations proposées sont simples et facilement compréhensibles, avec des moments forts qui pourront tirer des larmes ou amener la révolte. En effet le dénouement est un peu trop violent à notre goût pour de jeunes enfants. Mais c’est aussi le reflet de ce que vivent nos animaux avec certains humains.

Pour aller plus loin

Les livres qui font parler les animaux pour mieux les comprendre sont nombreux dans la littérature de jeunesse.
On pense évidemment au Chat assassin d’Anne Fine (Ecole des Loisirs) qui a été décliné en de nombreuses aventures et qui a la même forme de journal.

Et il y en a d’autres….

 

On peut aussi revenir aux Contes du Chat perché de Marcel Aymé (Gallimard Jeunesse) dans lesquels les deux fillettes discutent avec les animaux de leur ferme et trouvent réconfort auprès d’eux.

Ou à Jefferson, de Jean-Claude Mourlevat (Folio Junior) un hérisson qui enquête sur la maltraitance animale.