La cabane de la fin du monde
| Auteur | Hervé Giraud |
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| Editeur | Thierry Magnier – 2025 |
Les enfants de la tour Périscope ont été prévenus longtemps à l’avance que la fin du monde arrivait. Presque deux semaines. Alors, ensemble, ils ont cherché quel serait le meilleur endroit pour assister et survivre au cataclysme final. Ce n’était pas facile, surtout avec Iliès et Solal qui sont tout sauf meilleurs amis entre eux à cause du fait qu’ils n’ont pas la même religion de foot : l’un est pour le PSG et l’autre pour l’OM. Malgré cet énorme problème, ils ont finalement trouvé l’endroit et construit leur cabane. Sauf que la fin du monde, même quand on est informé de la date où elle va arriver, on ne peut pas savoir comment ça va se passer. Et justement, ça ne s’est pas passé comme prévu.
Mots-clés : amitié, solidarité, différence, nature-écologie, relation adultes-enfants, peur
Présentation générale
Ils habitent la même tour dans le 13ème arrondissement de Paris, ils fréquentent le même groupe scolaire et ils sont copains. Même si c’est un peu compliqué. Il y a le narrateur qui refuse de cesser de croire au Père Noël. Il y a Joseph dont la religion est d’être portugais. Et puis Iliès et Solal qui entre eux se font la guerre du foot, l’un soutenant l’OM et l’autre le PSG. Il y a une fille, Anita, « madame Parfaite », que les garçons ne peuvent pas « saquer » à cause de ses talents de dénonciatrice. Il y a Rasta-Poule, un SDF du quartier que les garçons détestent aussi, qu’ils trouvent « abject », « relou » et bizarre et qui leur fait peur. Et puis les parents, en arrière-plan, mais bien présents et sur lesquels on peut compter si besoin.
Le petit univers des garçons bascule le jour où Rasta-Poule dans la rue se met à annoncer la fin du monde : Le ciel qui est de plus en plus bas va nous ensevelir ! L’arrivée de la catastrophe semble confirmée par les infos à la télé, une tempête approche…Pour nos petits aventuriers en herbe, le narrateur et son copain Joseph, cela va être l’occasion inespérée de réunir Iliès et Solal auprès d’eux. La question est : Comment survivre ? Très vite un plan prend forme. Ils vont construire une cabane en bois sur le toit de leur tour et ils y seront les rois du monde. S’ensuit toute une stratégie pour voler des palettes au Monoprix du coin, les planquer, les déplacer dans un chariot à la roue cassée, les monter au 23ème étage de la tour sans se faire dénoncer par Anita, agente secrète au service de l’ennemi. La solidarité se met en place pour installer la cabane ; comme prévu Iliès et Solal finissent par oublier leurs divergences sportives. Des questions importantes se posent : Il faut envisager de quitter le cocon familial et les parents pour toujours car la cabane est trop petite pour accueillir tout le monde. Les garçons seront les seuls survivants. Quelle sera la vie après l’apocalypse et est-ce qu’ils seront tristes quand leurs parents seront morts ?
Les évènements s’accélèrent quand la tempête se lève et qu’Anita s’impose et rejoint le groupe : On avait imaginé qu’on serait les seuls survivants et finalement on allait être les seuls morts. Quand ils se retrouvent coincés sur le toit et que le vent fait rage, c’est Anita cependant qui trouve le moyen de lancer des messages de SOS en bas de la tour, et c’est Rasta-Poule qui les sauve en montant ouvrir la porte qui donne accès au toit et qu’on ne peut déverrouiller que de l’intérieur. Celui qu’on détestait devient le sauveur…Happy end à la tour Périscope. La tempête, pour violente qu’elle ait été, n’était au bout du compte qu’un coup de vent. Rasta-Poule s’installe à son tour sur le toit, en totale intégration avec les habitants, il y cultive des légumes, y élève des poules et récolte du miel. Son drapeau Peace and Love claque maintenant là-haut à côté de ceux du PSG et de l’OM…
Nos commentaires
Ce roman d’Hervé Giraud est un de nos « coups de cœur » de l’année. Une des raisons en est ce ton enfantin si juste que l’on entend tout le long du texte. Nous sommes vraiment « à hauteur d’enfant » et c’est extrêmement savoureux. Dans plusieurs articles sur le livre sont évoqués le petit Nicolas, les héros de la Guerre des boutons et ces histoires d’enfants en goguette des années 60, 70. C’est vrai que le ton du récit évoque tout cela, à un lecteur adulte du moins, mais c’est écrit parfaitement en phase avec le monde contemporain, vu, vécu, ressenti et mis en mots par des enfants de maintenant.
Le livre se lit facilement, l’histoire est rythmée, elle tient en haleine. Un prologue, quatorze chapitres assez courts tous dotés d’un titre, un épilogue et voilà l’histoire bouclée avec efficacité, dynamisme et beaucoup d’humour dans les réflexions des enfants : le Mont-Blanc que Jospeh persiste à voir du haut de la tour parisienne, les frites qu’ils prévoient de manger crues faute de friteuse, le « kidnapping » des palettes, le jeu « ivresse de l’ascenseur » qui met à mal les adultes, les messages SOS emballés dans des pommes de terre, les discussions sur la technique pour embrasser les filles avec la langue…Et on pourrait citer beaucoup d’autres passages qui font sourire. L’humour de l’auteur a un petit côté provocateur car l’équipe de la tour Périscope, comme tous les enfants, font souvent des bêtises et même des choses interdites, en cachette des adultes. Le côté rocambolesque du livre est très plaisant. On a un petit peu peur mais pas trop, on rit, on comprend assez vite, au moins en tant qu’adulte, que nos petits survivalistes dramatisent la situation mais qu’ils sont à fond dans l’aventure que leur imagination d’enfants déroule sérieusement…et à fond la caisse !! Voilà une belle dynamique qui permet de dépasser les querelles et les préjugés.
Car ce n’est pas que l’humour qui fait la qualité de ce livre. A sa manière et au travers de ce qui se passe dans la tête de cette bande d’enfants, Hervé Giraud nous parle d’amitié, de réconciliation : Oui, on peut être amis malgré et peut-être même grâce à nos différences. De la même manière, il nous parle d’un « vivre ensemble » ouvert aux croyances et aux cultures différentes. Etre fou de foot, croire au Père Noël, être juif, arabe ou portugais, non seulement ça n’empêche pas les partages, les fêtes, la solidarité mais cela enrichit la vie. Voir les soirées familiales à la fin des matches : finalement, quelle que soit la culture des gens qui invitent, il n’y a pas tant de différences que ça dans les traditions. Voir aussi la fin du livre où tout le monde s’accorde et où les préjugés contre Rasta-Poule s’effacent pour l’accueillir en haut de la tour. Chacun est différent mais tout le monde trouve sa place pour bien vivre ensemble.
Au travers des discussions entre les enfants, l’auteur nous parle aussi de la manière dont ils perçoivent les ombres contemporaines, notamment les dérèglements écologiques, la peur de « l’apocalypse » : Comment serait la vie après l’apocalypse ? Est-ce qu’on mangerait du vomi de mort-vivant et du caca de chien ? Est-ce que les oiseaux voleraient à l’envers ? Est-ce qu’il y aurait encore du vent quand tout serait terminé ? Est-ce que les ordinateurs et les consoles de jeu fonctionneraient sans électricité ? Mais même si tout cela est évoqué, grâce aux touches d’humour et à la belle fin, l’auteur ne dramatise pas. Les horizons sont ouverts !
A cela s’ajoutent et se mélangent les soucis propres à l’enfance : les copains qui ne s’aiment pas, les SDF, les filles dont on est amoureux mais qu’on ne sait pas embrasser, le Père Noël remis en cause, Anita dénonciatrice mais peut-être pas tant que ça, les explications des parents sur les religions, la laïcité, les dérèglements climatiques, la Révolution des Œillets, ce qu’on apprend à l’école et ce qu’on en retient, la Reine des Neiges, l’Arche de Noé, la Tour de Babel…Je ne sais pas si on est heureux quand on est des enfants, mais il y a des choses qui nous rendent malheureux, c’est très grave. On sourit certes mais on est touché par la grande sensibilité sous-jacente du texte. Hervé Giraud sait parler des choses graves en les dédramatisant.
La citation des Shadoks en début de livre donnait le ton : Mieux vaut regarder là où on ne va pas, parce que là où on va, on saura ce qu’il y a quand on y sera.
Clin d’œil aux adultes qui auront plaisir à découvrir ce roman tout autant que les jeunes lecteurs !
Pour aller plus loin
Marie Moto : seule contre l’ouragan de Dorothée de Monfreid Seuil Jeunesse 2021.
Et aussi La tempête de Florence Seyvos et Claude Ponti chez Actes sud.
