La lettre de Sasha

La lettre de Sasha
Auteure

Nathalie Bernard

Editeur

Thierry Magnier – 2025

Quand Sasha a rencontré une écrivaine en classe, il n’a pas osé prendre la parole. Alors, il décide de lui écrire une lettre pour lui raconter sa vie d’avant, avant les bombes, avant la guerre. Lui raconter aussi son voyage et son arrivée dans ce pays dont il ne connaissait rien. Sasha en est sûr : l’écrivaine pourra faire quelque chose de son histoire. Après tout, n’est-elle pas un peu mot-gicienne ?

Mots-clés : exil, lecture/écriture, origine, langage

Présentation générale

Ce livre est avant tout l’histoire véritable d’un enfant qui a dû quitter son pays en guerre sous les bombardements. Il est arrivé en France où il est scolarisé dans un collège de Dordogne. C’est à cet endroit qu’il a rencontré l’autrice, Nathalie Bernard, venue échanger avec des classes autour d’un livre qu’elle a écrit : « Les coquelicots de Claude Monet ». L’écrivaine a alors expliqué qu’elle avait rédigé cette histoire, juste après avoir rencontré une classe, pour un des élèves qui était absent car hospitalisé pour une maladie grave. Elle a inventé une histoire optimiste de guérison qui a anticipé le propre rétablissement de l’élève malade. Ceci a frappé l’enfant qui a demandé à l’autrice d’écrire maintenant un livre sur SON histoire, afin que celle-ci se termine aussi bien. C’est la base de ce petit roman qui a été construit à partir des dires de l’enfant.
Nous sommes donc dans une espèce de mise en abyme : l’écriture de l’autrice a alimenté le récit de celui que nous nommerons Sasha, qui a fourni le matériau à une nouvelle écriture de l’autrice. Le prénom de l’enfant a été changé, son récit a été légèrement modifié mais le fond reste malheureusement terriblement d’actualité : la vie d’un enfant arraché de son pays, de sa famille et de sa Culture pour se réfugier en France en attendant que la guerre s’arrête un jour.

Nos commentaires

Sasha décrit sa vie d’avant à laquelle il reste accroché. Une vie classique, avec sa maman, dans un appartement à balcon fleuri avec son chat, une console de jeux et des jouets. Une vie qui s’est écroulée brutalement dans un bombardement. Une fuite avec sa mère, un sac à dos, un géranium et un chat, à pieds dans la nuit, dans les cendres, les explosions et les odeurs de brûlé. Puis le train, d’autres trains et une arrivée dans un pays inconnu dont il ne parle pas la langue. Enfin un accueil, le calme, l’école et une envie d’arrêter ce cycle infernal de violence et de destruction.

Ce contexte, raconté à travers des yeux de l’enfant, montre la violence subie « Les cris, les sirènes, les alarmes, les chiens qui hurlent… », le bruit incessant autour de lui et la peur. Par des expressions très fortes, le cœur qui bat trop vite, la main serrée trop forte par la mère, on suit l’enfant en haletant comme lui pour arriver « trempés de peur à la gare ». On ressent tout autant l’espoir, la panique, l’envie de pleurer et l’attente dans le froid. L’autrice utilise des phrases courtes, comme des balles, qui marquent les bornes des différents épisodes de ce voyage qui n’en finit pas.
Puis, « Ici, on ne craint plus rien ». L’écriture s’étire à nouveau, se calme, se pose pour découvrir le nouvel endroit de vie. Mais la tête continue d’entendre les bombes. Ce n’était qu’un arrêt d’un soir, Il faut repartir plus loin encore.
Par de belles métaphores sur les rails, il reprend le voyage, moins angoissant, mais dont il ne perçoit pas le bout. L’enfant parle « de carte du monde qui s’est effacée », de « perte de la notion de temps », pense à son père parti se battre à la guerre. Quand il arrive enfin sur un quai où quelqu’un les attend, il n’y croit plus. Pourtant, c’est là qu’il va s’installer, retrouver la douceur des draps et le chant des oiseaux. Et qu’il peut aussi pleurer, enfin.

Sans illustration mais avec des images forgées mentalement au fil du texte, l’autrice donne une force incroyable à ce roman en opposant des « destructeurs de vie » à une humanité qui renaît et à laquelle on a envie de croire. Elle utilise un détour par l’écriture de Sasha, bien authentique, mais ajoute à son personnage la possibilité de prendre du pouvoir sur sa vie en le mettant dans une situation d’écrire à son tour son histoire pour en informer les autres puisqu’il ne peut pas encore les protéger de ce qu’il a vécu.

Notre avis

Comme tous les livres de la collection « Petite Poche » de Thierry Magnier, celui-ci est très court, séparé en petits chapitres de quelques pages. Il aborde un thème fort en le rendant accessible aux jeunes lecteurs. La guerre d’Ukraine dont ils entendent quotidiennement parler dans les médias devient une réalité car elle est racontée à leur hauteur. Pas de description horrible ou sanguinolente mais des émotions, des ressentis, des questions qu’ils peuvent tous comprendre. Il montre que ceux qui émigrent ne le font pas pour leur plaisir. Ils ont vécu des choses inimaginables et en gardent des marques indélébiles.

Un livre à mettre entre toutes les mains et sur lequel les échanges avec l’adulte sont indispensables.

Pour aller plus loin