L’agence Pendergast – Le prince des ténèbres (T1)

L’agence Pendergast – Le prince des ténèbres (T1)
Auteur

Christophe Lambert

Editeur

Didier Jeunesse – 2019

L’Agence Pendergast est une organisation très secrète cachée sous Ellis Island. Sa spécialité est de repérer et d’intercepter grâce à ses supers agents chaque créature paranormale qui arrive dans le flot des immigrants. Sean Donovan, un jeune voleur de rue, filou et intrépide, pourrait bien être la nouvelle recrue de l’Agence et faire équipe avec Joe l’Indien cogneur et Célia la liseuse de cartes.

Mots-clés : action

Présentation générale

New-York fin du XIXème siècle. La ville est en pleine transformation. Des enfants volent pour survivre. Ils sont sous la coupe de bandes organisées qui les utilisent sans scrupule. Sean Donovan est un de ces enfants.
L’immigration à cette époque est très importante. Les habitants ne le savent pas, mais toutes sortes de créatures fantastiques ont déjà intégré le pays ou tentent d’y pénétrer. La plupart des paranormaux sont inoffensifs, mais d’autres sont très dangereux, ils veulent prendre le pouvoir. L’Agence Pendergast a pour mission de repérer ces individus pour les empêcher de nuire.

Ce premier tome de la série L’agence Pendergast plante le décor, présente les personnages et raconte avec brio le recrutement de Sean Donnovan. Une histoire palpitante !

Nos commentaires

Ce roman est avant tout un roman d’action très visuel. Dès le premier chapitre le lecteur suit le héros, Sean, dans une scène périlleuse de vol, de course poursuite, de cascade. En cinq pages on passe d’une rue paisible à une ruelle, une impasse, un escalier de secours, au toit d’un immeuble, à un saut dans le vide et enfin à une trappe libératrice ! La scène se déroule sous nos yeux comme si nous regardions un film d’action et d’espionnage. Nous ne sommes donc pas étonnés d’apprendre que l’auteur, Christophe Lambert, est professeur de scénario. Les lecteurs, fans de films de super héros ou d’animations bien rythmées (Les indestructibles par exemple), seront sans aucun doute facilement embarqués dans le récit.

Comme dans les fictions de Dickens, Sean n’a pas une vie facile. Il n’a pas de famille, il est pauvre, c’est un enfant de la rue. Pour survivre il doit répondre aux exigences de son tuteur, Bloody Bill, au risque d’être frappé voire blessé. A priori Sean n’a pas l’étoffe d’un héros. Mais il est vif, intrépide. Il est intelligent et il arrive facilement à s’adapter aux situations imprévues. L’Agence Pendergast propose de le recruter parce qu’il est rapide et malin. Mais devenir un héros demande plus encore. M Pendergast a confiance, il est sûr que le bon côté de Sean est « caché sous une couche de crasse et de mauvaises habitudes ». Il est vrai que Sean a pleine conscience de sa vie et de ses actes, mais il n’a jamais choisi. Le vol est pour lui un jeu, un art mais aussi le seul moyen de survivre. Il ne connaît que cela. La découverte de Ellis Island, de la présence de paranormaux, de l’Agence Pendergast… est une révélation « dingue ». Le choix qu’on lui propose est un choix moral : vivre au sein du gang en volant ou s’engager à vie à l’Agence en chassant les méchants. Ce sont ses qualités humaines qui l’amènent à accepter la proposition. En effet Sean éprouve un sentiment de culpabilité intense lorsqu’il vole l’Agence, il n’arrive pas à se désolidariser du groupe et il ose revenir sur ses pas pour aider les membres de son équipe. Sean n’est pas parfait, mais il a l’étoffe d’un héros parce qu’il est solidaire, courageux, généreux et… un peu chanceux tout de même !

L’approche fantastique du récit est assez foisonnante. Dans la famille des paranormaux on peut trouver des sorcières, des lutins, des fées, des trolls, des gnomes, des farfadets, des vampires… Le bloc de détention est certainement le lieu de tous les possibles en matière de personnages bizarres. Entre la créature à tentacules, le loup-garou et Vlad Tepes (le comte Dracula), on comprend facilement qu’il peut y avoir danger. Il nous semble que la multitude de personnages paranormaux ne gênera pas la compréhension du lecteur qui, à cet âge, a déjà une connaissance du genre. Il serait certainement préférable d’avoir quelques connaissances sur Dracula mais ce n’est pas une obligation.

La difficulté, nous semble-t-il, est de ne pas associer la chasse aux paranormaux à une politique d’exclusion et de tri massif dans un contexte d’immigration. Ellis Island, l’île ou se situe l’Agence Pendergarst, est historiquement le lieu d’accueil des migrants (de 3ème classe) de 1892 à 1924. Le roman reprend des éléments historiques reconnus : l’aspect hall de gare de l’accueil, le contrôle médical, les vérifications légales et administratives… L’auteur a fait le choix, à juste titre, de modifier certaines données comme le pourcentage de gens refoulés (2% au lieu de 20%). Il est également précisé que la plupart des paranormaux cherchent à vivre en paix. Il existe même de gentils vampires. De toute évidence la motivation de l’agence Pendergast est de protéger le pays. Il existe des méchants, des anti-humains, qu’il faut chasser. Comme les agents du MIB dans la série des Men in black. M Pendergast et ses acolytes tentent de sauver le monde.

Le roman est ancré dans un contexte historique, géographique et social que les lecteurs ne connaîtront peut-être pas. Pour mieux visualiser les actions il pourrait être intéressant de localiser New York, ses îles, ses bas quartiers, sa statue de la liberté. On pourra également s’interroger sur quelques aspects de l’Histoire des USA (la conquête de l’Ouest, la fin de l’esclavage(1865), l’invention du téléphone (1876)…). L’immigration sera certainement un sujet de connaissances à parfaire : d’où venaient les migrants ? Quelles étaient leurs motivations ? L’appellation « Sean Donovan » n’est pas anodin et témoigne bien de l’importance de la communauté irlandaise. Au niveau social il semble indispensable d’avoir quelques connaissances sur la diversité de la population américaine. La question du rapport entre blancs et indiens est largement posée dans les interactions entre Sean et Joe. La dénomination « Joe L’indien » peut faire référence aux Aventures de Tom Sawyer de Mark Twain que les enfants connaissent peut-être sous la forme du dessin animé. Il sera possible de faire un parallèle sur les aprioris en France à la même époque avec l’album L’indien de la tour Eiffel de Bernard et Roca. Le rapport à Célia, la jeune fille métisse, est décliné plus simplement dans le livre dans la mesure où Sean éprouve d’emblée une attirance pour elle.

La fin du récit est un peu rapide, et c’est tant mieux. En effet, la dernière bataille pour combattre le méchant vampire n’est pas l’élément le plus intéressant. Ce qui nous a davantage plu dans ce livre est de lire la rencontre entre tous les personnages, tous très attachants. Ils sont tous différents, ont vécu des expériences diverses. Ils présentent des personnalités bien marquées et défendent des valeurs humaines importantes (le courage, la justice, la solidarité…). On sent tout de suite une belle complicité entre eux, faites d’humour et d’instinct, qui les rend d’emblée sympathiques. Il semble que la lecture du tome 1 de la série, si on l’a appréciée, engage facilement à la lecture des autres tomes.

Pour accompagner la lecture

Il est bien sûr possible d’envisager de continuer la série :

L'Agence Pendergast - Le Monstre des égouts | Didier Jeunesse L'Agence Pendergast - Les Griffes de la forêt | Didier Jeunesse L'Agence Pendergast - La Sirène du Mississippi | Didier Jeunesse

 

Nous avons également évoqué L’indien de la tour Eiffel

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Article mis en ligne le 19.11.2020